Un texte « david-hamiltonien » sur Vanessa (Paris, 1986)

Bibliophilie.

Voici un texte littéraire et, d’une certaine façon, david-hamiltonien, datant de 1983 (j’avais vingt-deux ans quand je l’ai écrit), publié en 1986, dont le personnage féminin s’appelait Vanessa (*).

(*) Non, pas Vanessa Springora: il y a d’autres Vanessa que Vanessa Springora…

*

Le texte suivant est extrait de « La Nouvelle Revue de Paris« , n° 6, juin 1986 [192 p.] / n° spécial «Jacques Perret », avec des textes de Jacques Perret, Georges Laffly, Jean Cocteau, Jean de Malestroit, Olivier Mathieu, Antonel Perli, Banine, Guy Dupré, René Quinton, Michel Bulteau, Baron Bulto, Jacqueline Kelen, Marcel Schneider, Irène Lagut, Dante-Gabriel Rossetti, Pierre Boutang, Platov, Joseph de Saint-Elie, Philippe Barthelet, Christian Jacq, Jean-Paul Bertrand, Grace Dolancourt, Hubert Juin, Frédéric Musso.

Rappelons à l’intention des bibliophiles que « La Nouvelle Revue de Paris » a paru (1985-1989) à Monaco, aux éditions du Rocher. Le président d’honneur  en était Jean Mistler, le directeur Michel Bulteau et la rédaction dirigée par MM. Jean-Paul Bertrand, Michel Bulteau, Christian Jacq.

De Jean D’Ormesson à Jean Cau, d’Otto Weininger à Lou Reed, de Jacques de Ricaumont à Ezra Pound, de Francis Scott Fitzgerald à Michel Déon, de Michel Houellebecq à Olivier Mathieu…

Liste, probablement exhaustive, des collaborateurs (*): Adeline, Daniel Aranjo, Claude Arnaud, Wilko B., Banine, Philippe Barthelet, Christian de Bartillat, Sophie Basch, Jacques Benoist-Méchin, Frédéric Berthet, Jean-Paul Bertrand, Jean-Louis Bory, Anne-Marie Bouisson, William Burroughs, Pierre Boutang, Marcel Brion, François Broche, R.P. Bruckberger, Jean Brun, Samuel Brussell, Michel Bulteau, Baron Bulto, Manuel Burrus, Truman Capote, Jean Cau, Jean Chalon, Jacques Chancel, Malcolm de Chazal, Yves Chiron, Florent Chopin, Marianne Clouzot, Jean Cocteau, Michel Collomb, Jean-Louis Curtis, Marie-Laure David, Victor-Henry Debidour, Philippe Delerm, Jean-Pierre Deloux, Pierre Demarne, Michel Déon, Diane Deriaz, Michel Desbruères, Eric Deschodt, Luc Dietrich, Heimito von Doderer, Grace Dolancourt, Geneviève Dormann, Paul Drouot, Charles Du Bos, Grégoire Dubreuil, Georges Dumézil, Guy Dupré, Jean Dutourd, Hugo Dyserinck, Pierre Emmanuel, John Fante, Solange Fasquelle, Jean-Jacques Faussot, Jacques Ferry, Francis Scott Fitzgerald, Jean-Louis Foncine, André Fraigneau, Olivier Frébourg, Wolfgang Friedrichs, William Gaddis, Matthieu Galey, Pierre Gaxotte, Michel Guimbal, Ginette Guitard-Auviste, Jean Guitton, Kléber Haedens, Christian Harrel-Courtès, Peter Härtling, Hermann Hesse, René Hilsum, Friedrich Hölderlin, Vintila Horia, Michel Houellebecq, Christian Jacq, Edmond Jaloux, Hubert Juin, Alain Jouffroy, Ernst Jünger, Jacqueline Kelen, Arnold de Keyserling, Manfred de Keyserling, Alexis Klimov, Boris Kochno, Olivier La Ramée, Jacques de Lacretelle, Valery Larbaud, Martine Leca, Georges Laffly, Irène Lagut, Olivier Larronde, Bernard Leconte, Eric Leguèbe, Jérôme Leroy, Henry Jean-Marie Levet, Arnould de Liedekerke, Jean Lorrain, H.P. Lovecraft, Detlev Lüders, Jean de Malestroit, Jean José Marchand, Abbé Bruno-Jean Martin, Jean-Charles Masson, Olivier Mathieu, Michael McClure, Matthieu Messager, Jean Mistler, Pierre Moinot, Jean Moal, Michel Mohrt, Paul Morand, Bernard Morlino, Michel Mourlet, Elliott Murphy, Frédéric Musso, Gérald Neveu, Dominique Noguez, François Nourissier, Louis Nucera, Jean d’Ormesson, Wilfred Owen, Jean-Marc Parisis, Jean Parvulesco, Ricardo Paseyro, Claude Pélieu, Antonel Perli, Jacques Perret, Claude Planet, Platov, Bernard Plessy, Edgar Poe, Ezra Pound, Henri Pourrat, Pierre Pupier, René Quinton, Bruno Racine, Raymond Radiguet, Lucien Rebatet, Lou Reed, Jacques de Ricaumont, Jean Richier, Jacques Rivière, Stanislas Rodanski, Dante-Gabriel Rossetti, Georges Saint-Clair, Joseph de Saint-Elie, Philippe de Saint Robert, Ghislain Sartoris, Corona Schmiele, Marcel Schneider, Delmore Schwartz, Philippe Sénart, François Sentein, Siouxie Sioux, Edith Sitwell, Willy de Spens, Philippe Soupault, Jules Supervielle, François Taillandier, Gustave Thibon, Erika Tunner, Jean-René Van der Plaetsen, Vauvenargues, Louis Veuillot, Vincent Villedieu, Alain Virmaux, Odette Virmaux, Otto Weininger, Tom Wolfe…

(*) Non, on n’y trouvait pas Gabriel Matzneff!

*

Voir entre autres mon article sur le grand Emmanuel Berl dans « La Nouvelle Revue de Paris« , n° 5, mars 1986 [214 p.] / n° spécial «Hermann de Keyserling » avec des textes de Christian de Bartillat, Charles Du Bos, Anne-Marie Bouisson, Michel Bulteau, Olivier Mathieu, Jean Dutourd, Hugo Dyserinck, Pierre Gaxotte, Vintila Horia, Manfred et Arnold de Keyserling, Alexis Klimov, etc.

Et encore mon article sur Raymond Abellio dans « La Nouvelle Revue de Paris« , n° 8, décembre 1986 [192 p.] / n° spécial «Jean Dutourd » avec des textes de Jean Dutourd, Michel Bulteau, Marcel Brion, R.P. Bruckberger, Michel Déon, Paul Drouot, Bernard Leconte, Olivier Mathieu, Paul Morand, Lucien Rebatet, Jacques Rivière, François Taillandier, etc.

 

Publié dans David Hamilton | Tagué , ,

Roland Jaccard, Gabriel Matzneff, David Hamilton et le plaisir d’être un grognard du dernier carré

On lit ici, sous la plume de Nicolas Martin ( https://largeur.com/?p=10281   ) :

… « Gabriel Matzneff pour justifier aujourd’hui ce soutien de naguère à celui qui passe désormais, sauf aux yeux de derniers grognards comme le psychanalyste et écrivain Roland Jaccard, pour l’affreux des affreux ».

Oui, il est très doux de grognarder.

« C’étaient tous de vieux soldats et ils se mirent tout de suite à grognarder avec tant d’aisance qu’on se sentit entièrement rassuré » (Jean Giono, Un roi sans divertissement, qui ne put être publié qu’en 1947).

Publié dans David Hamilton

Et voilà Gabriel Matzneff et David Hamilton hâtivement amalgamés

Notre blog ayant été le premier à annoncer l’Affaire Matzneff, nous ne sommes nullement surpris de voir que depuis quelques jours, on commence à établir des parallèles douteux entre Gabriel Matzneff (écrivain actuellement en vie) et David Hamilton (photographe mort depuis 2016).

Il s’agit souvent – chez les adversaires des deux artistes – de discours emphatiques et verbeux, de propositions sans queue ni tête, de logorrhée. Syntaxes bancales, métaphores approximatives, analogies absurdes, lieux communs et clichés, fautes d’orthographe, titres purement et simplement imaginaires d’albums attribués à David Hamilton…

Exemples tout récents, parmi d’autres.

1. Un historien du nom de Michel Porret écrit:

« Or, vers 1970, après André Gide et Roger Peyrefitte, la pédophilie visuelle du photographe David Hamilton (suicidé en 2015?) et celle écrite des «écrivains d’avant-garde» (Tony Duvert, Gabriel Matzneff) emplissent les librairies. Ancien libraire, puis-je oublier l’engouement pour les Jeunes filles en fleur de Hamilton, cadeau livresque passe-partout ».

https://www.letemps.ch/opinions/gabriel-matzneff-david-hamilton-autres-carnage-pedophilique

C’est raté:

  • David Hamilton est mort en 2016, pas en 2015;
  • aucun livre de David Hamilton ne s’est jamais appelé Les jeunes filles en fleur;
  • d’ailleurs, un ancien libraire devrait savoir qu’on écrit jeunes filles en fleurs (Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs).

*

2. On lit ici: https://www.gauchebdo.ch/2020/01/16/le-consentement/

« On peut associer l’écrivain au photographe David Hamilton et son «flou artistique», reconnaissable dès la fin des années 60, qui entourait les très jeunes filles (moins de 16 ans) qu’il faisait poser, avec l’assentiment des mères, d’ailleurs. Les livres des deux individus s’étalaient dans les vitrines des librairies ».

C’est raté:

  • David Hamilton est très loin d’avoir employé son « flou artistique » à toutes les époques de sa carrière, pour le savoir il suffit d’avoir lu et consulté ses albums. Et notamment, il ne l’employait nullement et on ne pouvait donc pas le reconnaître « à la fin des années 60 ».

*

3. On lit ici: https://www.ladepeche.fr/2020/01/05/matzneff-et-lage-pivot,8642003.php

« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme »… Ainsi débute la déposition de Humbert Humbert, mort en prison d’un accident vasculaire, héros criminel du roman de Vladimir Nabokov dont le titre – « Lolita » – désigne aujourd’hui les petites filles très maquillées, ces adorables babys girls dont le rouge à lèvres est trop grand pour leurs lèvres, mais que leurs mères tiennent à faire monter sur le podium (Tu seras mini Miss, ma fille, plus tard, je te présenterai à David Hamilton, un gentil photographe) ».

Ici, on est tout simplement confondu, estomaqué  par ce que l’on vient de lire puisque l’auteur de ces lignes réussit à mettre dans le même sac Humbert Humbert (personnage fictif), Vladimir Nabokov et David Hamilton (tous les deux morts) et… les podiums des mini Miss.

Notons que « Roman de Vladimir Nabokov dont le titre – « Lolita » – désigne aujourd’hui les petites filles très maquillées » fait sourire. Le titre du roman de Nabokov, en effet, désigne le roman de Nabokov. Tout au plus, c’est le mot « lolita » qui est entré – par antonomase – dans le langage commun pour désigner une jeune fille aguichante.

*

4. En Suisse, un certain Jean Romain écrit: https://www.tdg.ch/reflexions/pedophilie-pensee-68-action-reelle/story/26251068

« Cet hyperlatif est ce qui distingue ces années de celles qui les ont précédées, où on a cultivé le secret. Des Daniel Cohn-Bendit, des David Hamilton, des Gabriel Matzneff ont franchi allègrement les portes de l’hyperlatif, attitude que bien des intellectuels et des médias parisiens, fascinés, ont approuvée ».

Euh… « Des Daniel Cohn-Bendit, des David Hamilton, des Gabriel Matzneff ont franchi allègrement les portes de l’hyperlatif? »

Je vais essayer de comprendre ce que signifie « franchir allègrement les portes de l’hyperlatif ».

En attendant, je signale aux élèves de Monsieur l’enseignant que l’orthographe de leur maître est douteuse: en français, on écrit « allégrement » et pas « allègrement »…

Publié dans David Hamilton

Gabriel Matzneff retiré avant le dessert: du coït interrompu à la censure permanente

« Affaire Matzneff ».

Déjà, plusieurs bibliothèques ont décidé (en l’absence, c’est à noter, de toute décision de justice) de « retirer » les livres de Gabriel Matzneff.

Exemple: la Grande Bibliothèque de Montréal a choisi de retirer le journal de Gabriel Matzneff de sa Collection universelle, a-t-elle annoncé par voie de communiqué

Même décision de la part de tous ses éditeurs: celle de « retirer » plusieurs de ses livres, essais, journaux intimes.

Il va être de plus en plus difficile de lire l’oeuvre de cet écrivain. Qu’au demeurant, dans un monde où plus personne ne lit… personne ne lisait depuis longtemps.  Quant aux archives de Gabriel Matzneff, conservées dans 124 boîtes à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (Imec) de Caen: inaccessibles.

On parle de lui retirer le Renaudot essai. Et ses décorations. Et son logement. Et ses allocations. Diantre, que va-t-il lui rester?

Vous connaissez l’expression argotique « se retirer de table avant le dessert »?

Non, je ne parle pas de coït interrompu.

 

Publié dans David Hamilton

Les « nus d’auteur » de David Hamilton en 1987 (revue Starter)

Bibliographie

(revue italienne « Starter / nudo d’autore »)

La revue italienne « Starter » (« donne e motori« ) a publié un grand nombre de suppléments (le format était d’environ 28 x 22 cm; 32 pages) consacrés aux plus grands photographes de l’époque. Et au premier d’entre eux, bien sûr, David Hamilton.

Détail de la couverture (« Starter nudo d’autore » / photo David Hamilton).

Couverture complète. Revue italienne Starter (nudo d’autore 1987). Photo David Hamilton

Revue italienne « Starter » annonçant le premier supplément David Hamilton: « Nudo d’autore, nel primo inserto David Hamilton« ) Photographie David Hamilton.

Tous ces suppléments (connus des collectionneurs, en général, sous l’appellation « Starter nudo d’autore« ) furent rassemblés en volumes.

Les deux couvertures des volumes 1 et 2. En haut à gauche, photographie David Hamilton.

Couverture du volume 1 de « Starter nudo d’autore » / photo David Hamilton

Les volumes (le premier illustré par une photo de David Hamilton) présentaient, sauf erreur ou oubli de notre part:

Volume 1

David Hamilton (Revue « Starter » N° 7, Nudo d’autore / Avril 1987)
Paolo Curto
Sergio Duarte
Uwe Ommer
Gio’ Barto
Michael Moreau
Jan Cobb
Patrick Bordes
Mimmo Cattarinich
Roberto Rocchi
Paolo Tallarigo

Volume 2

Chris Thomson
Gianfranco Salis
James Baes (grand photographe de « Konkret »)
Roberto Rocco
Franco Fontana
Jean-Pierre Bourgeois
Byron Newman
Hideki Fujii
Monty Shadow
Bara Ribolla
Emilio Lari
Larry Dale Gordon

Publié dans David Hamilton

Aristophane, Dicéopolis et les sycophantes d’aujourd’hui: QUI veut pousser Gabriel Matzneff au suicide?

Hier, on lisait dans Aristophane, au sujet des sycophantes:

« vase à brasser les infamies,
mortier pour touiller les procès
poubelle à éplucher les comptes,
bassine à brouiller les affaires« …

(Les Acharniens, vers 936-939. Traduction de Victor-Henry Debidour pour Gallimard, 1965).

*

On lit dans « Femmes d’aujourd’hui« :

https://www.femmeactuelle.fr/actu/news-actu/gabriel-matzneff-lun-des-ecrivains-les-plus-decries-du-moment-serait-en-italie-2089430

L’octogénaire aurait quitté le pays. C’est en tout cas ce qu’a révélé hier François Busnel. « Gabriel Matzneff serait, ce soir, nous dit-on en Italie, d’après ses éditeurs « . Il lui faudra bien rentrer en France, un jour ou l’autre, pour répondre à la justice.

Que dire? Des journalistes de télévision ou de la presse écrite « révèlent » (?) qu’un homme de 83 ans a « quitté le pays ». La chose leur aurait été dite par les éditeurs de Gabriel Matzneff.

Quelles seront les prochaines étapes? Quel journaliste, quel journal, quelle télévision, quelle radio seront les premiers à « révéler » où se trouverait Gabriel Matzneff? A Palerme? A Turin? A Rome?

Quel journaliste, quel journal, quelle télévision, quelle radio seront les premiers à « révéler » son adresse personnelle en Italie? A publier son numéro de téléphone? A le photographier au télé-objectif?

On admire la formule: « l’un des écrivains les plus décriés du moment« . Ah! Ce n’est pas le seul? Il y en a d’autres? A quand des listes de proscription?

Qui veut-on lancer à la recherche de Gabriel Matzneff? A sa poursuite?

Veut-on vraiment pousser un homme de 83 ans au suicide?

*

A noter d’ailleurs que Femmes actuelles aurait pu tout simplement lire le blog de Roland Jaccard :

« à l’heure où Gabriel Matzneff, marqué du sceau de l’infamie, fuyait la France pour l’Italie » (blog de Roland Jaccard, 29 décembre 2019)

« Depuis, Gabriel s’est réfugié en Italie, je reçois des menaces de mort« …

(blog de Roland Jaccard, 12 janvier 2020)

https://leblogderolandjaccard.com/2020/01/12/reflexions-sur-laffaire-matzneff/

 

Publié dans David Hamilton

Les jeunes filles bien élevées de David Hamilton

Bibliographie: PHOTO n.64 Ottobre 1980

PHOTO n° 64 Octobre 1980 (édition italienne)

Cette revue « PHOTO »(édition italienne, 132 pages, format environ 27 x 21 cm) est intéressante pour les admirateurs de David Hamilton. En voici d’abord la couverture (voir PHOTO n° 155, édition française, août 1980)

PHOTO, édition italienne, « David Hamilton, le istantanee »

On y trouvait une dizaine de pages (pp. 58-68) sur David Hamilton.

Page 58, l’article s’appelait « Hamilton: nove garbate riflessioni all’ombra delle fanciulle in ozio« .

Ours du numéro

Page 67, où l’on trouvait aussi une photographie de David Hamilton (en noir et blanc) en compagnie d’une jeune fille, la conclusion de l’article de l’écrivain italien Giovanni Mariotti (né en 1936, toujours en vie en 2019) :

Revue PHOTO, édition italienne, conclusion de l’article (page 67)

En français: « Dans les grandes photographies élaborées, comme dans les instantanés des pages que voici (que Hamilton définit: des croquis), les jeunes filles de Hamilton répètent de mêmes gestes, démontrant ainsi qu’une lumière moins parfaite ou des poses peu sophistiquées ne suffisent pas à diminuer la distance qui existe entre elles et nous. Même improvisé, l’univers de Hamilton se révèle toujours parfaitement contrôlé, gouverné, pédagogisé. Un monde dont est exclu tout ce qui rendait Lolita excitante aux yeux de Humbert Humbert: la gourmandise, par exemple, l’obstination, la mauvaise éducation. » (Giovanni Mariotti)

L’une des photographies (détail) illustrant l’article

Publié dans David Hamilton

« Tendres cousines » de David Hamilton, d’après Pascal Lainé

Bibliophilie

« Lyon Poche » n° 454 (novembre 1980)

« Tendres cousines » d’après Pascal Lainé.

Lyon Poche N° 454

 

 

Publié dans David Hamilton

Balzac, encore un qui devait quelque chose à la différence d’âge entre un homme d’âge mûr et une jeune fille

Honoré de Balzac était né de Bernard-François Balssa (1746-1829) et d’Anne-Charlotte-Laure Sallambier (1779-1854) , issue d’une famille de passementiers du Marais.

Bernard-François avait trente-deux ans de plus que sa femme, épousée en 1797: elle avait alors 18 ans.

La mère d’Honoré de Balzac, Laure Sallambier

 

Publié dans David Hamilton

Nostalgie des temps de « Jasmin »

Voici, choisies par mes soins parmi des centaines d’autres, une dizaine de photographies de la revue « culte » allemande  JASMIN, toutes couvertures qui datent des années 1968 à 1973.

 

*

Lunes à foison.

La lune au ciel d’une nuit d’encre,

Un nuage qui tend sa voile,

Les grillons chantant aux étoiles

Comme un cœur hait de jeter l’ancre,

Ce fut mon décor pour vingt ans

D’exil, goût de grandes vacances,

O mes saisons au fur du Temps,

Vieillesse vient après l’enfance.

Fruits bleus et marbres ogivaux,

Yeux de soleil, satin de lune

Chatouillant en froufrous les peaux

Des couchants blonds, des aubes brunes,

J’ai aimé, signes de désastres,

Ainsi toisons d’or à foison,

Les beaux ailleurs rugissants d’astres

D’horizon en autre horizon,

De rire en voix, de geste en rite,

Parfums poivrés ou vanillés,

Mais que le temps s’envole vite,

Baisers chuintés, clins d’yeux cillés.

Libres ne sont Soleil ou Lune

Qu’aux cœurs qui les renfermeront.

Rêvons, pleurons la belle Aucune,

Frissons, poisons d’or à toison!

(Poème extrait de mon livre « Les jeunes filles ont l’âge de mon exil », première édition 2010, deuxième édition 2016, troisième édition 2018)

*

Destins brisés.

Ici ou là, des silhouettes

Qui furent de celle ou de cette

Et qui bientôt s’effaceront:

C’est la ville aux destins brisés.

C’est des mots au cœur silencieux,

Des mots vingt ans trop tard, trop tôt.

Silence aux mots, mots au silence,

C’est les yeux surpris des images,

Celles des vieilles reines mages.

C’est la promesse d’un voyage

Pour quoi je n’aurai plus le temps.

C’est la nuit aux chansons d’antan.

C’est un poème, un dernier livre,

Rendez-vous qui ne veut se rendre,

C’est la mort qui vient, vieux Villon,

Sur le monde aux destins brisés.

(Poème extrait de mon livre « Les jeunes filles ont l’âge de mon exil », première édition 2010, deuxième édition 2016, troisième édition 2018)

Publié dans David Hamilton

« Laßt Nymphen um mich sein » (revue « High Society », décembre 1988)

Bibliographie david-hamiltonienne

Couverture de la revue allemande « High Society », numéro 12 de décembre 1988.

 

Revue allemande « High Society », numéro de décembre 1988. En page 3, dans l’ours, est annoncé (page 24) un article sur David Hamilton, intitulé « Laßt Nymphen um mich sein » (entouré ici dans un cercle rouge, par nos soins). En vérité, il s’agissait de photos anciennes de David Hamilton, extraites  de l’album « La Danse »

 

 

Publié dans David Hamilton

Gabriel Matzneff, l’Affaire de Versailles et la fameuse « pétition » porteuse de scandale

Beaucoup de journaux, actuellement, sont revenus sur une pétition de 1977. Par exemple Valeurs actuelles, sous le titre La défense surréaliste de Kouchner, signataire d’une pétition pro-pédophile en 1977: https://www.valeursactuelles.com/societe/la-defense-surrealiste-de-kouchner-signataire-dune-petition-pro-pedophile-en-1977-114923

Il m’importe peu de Bernard Kouchner. Lequel aurait dit: « Sa pétition ? Mais la pétition de Matzneff, je ne l’ai même pas lue ! Daniel Cohn-Bendit et moi l’avons signée parce que Jack Lang nous l’avait demandé ». Ce qui est effectivement une drôle de défense. Comment peut-on imaginer quelqu’un signant une pétition sans l’avoir lue?

Mais la question n’est pas là. La question est: a-t-on lu cette pétition? Ne serait-il pas bon de lire les textes, avant de les condamner?

Voici ce texte. Il se trouve un peu partout sur Internet. Nous le citons ici en tant que document.

Les 27, 28 et 29 janvier, devant la cour d’assises des Yvelines, vont comparaître, pour attentat à la pudeur sans violence sur des mineurs de quinze ans, Bernard D., Jean-Claude G. et Jean B., qui, arrêtés à l’automne 1973, sont déjà restés plus de trois ans en détention provisoire. Seul Bernard D. a récemment bénéficié du principe de la liberté des inculpés.
Une si longue détention préventive pour instruire une simple affaire de « mœurs », où les enfants n’ont pas été victimes de la moindre violence, mais, au contraire, ont précisé aux juges d’instruction qu’ils étaient consentants (quoique la justice leur dénie actuellement tout droit au consentement), une si longue détention préventive nous paraît déjà scandaleuse.
Aujourd’hui, ils risquent d’être condamnés à une grave peine de réclusion criminelle soit pour avoir eu des relations sexuelles avec ces mineurs, garçons et filles, soit pour avoir favorisé et filmé leurs jeux sexuels.
Nous considérons qu’il y a une disproportion manifeste, d’une part, entre la qualification de « crime » qui justifie une telle sévérité, et la nature des faits reprochés ; d’autre part, entre le caractère désuet de la loi et la réalité quotidienne d’une société qui tend à reconnaître chez les enfants et les adolescents l’existence d’une vie sexuelle (si une fille de treize ans a droit à la pilule, c’est pour quoi faire ?).
La loi française se contredit lorsqu’elle reconnaît une capacité de discernement à un mineur de treize ou quatorze ans qu’elle peut juger et condamner, alors qu’elle lui refuse cette capacité quand il s’agit de sa vie affective et sexuelle.
Trois ans de prison pour des caresses et des baisers, cela suffit. Nous ne comprendrions pas que le 29 janvier D., G. et B. ne retrouvent pas la liberté.

S’agissait-il, s’agit-il vraiment d’une « pétition pro-pédophile »?

Tout le premier paragraphe était une simple présentation de l’affaire: « Les 27, 28 et 29 janvier, devant la cour d’assises des Yvelines, vont comparaître, pour attentat à la pudeur sans violence sur des mineurs de quinze ans, Bernard D., Jean-Claude G. et Jean B., qui, arrêtés à l’automne 1973, sont déjà restés plus de trois ans en détention provisoire. Seul Bernard D. a récemment bénéficié du principe de la liberté des inculpés« .

Quant au reste, chacun était bien sûr libre de ne pas être d’accord – sur un point ou l’autre – avec ce texte, qui avait été signé par 69 personnes (dont quelques inconnus mais aussi des intellectuels de grande valeur).

C’était principalement un texte qui estimait que trois ans de détention provisoire, c’était excessif, et qui espérait que les peines prononcées contre eux, compte tenu de trois ans de détention préventive, leur permettent de recouvrer la liberté.

Résumons. Trois hommes (Bernard Dejager, Jean-Claude Gallien et Jean Burckhardt, que je suppose aujourd’hui nonagénaires ou décédés) avaient été arrêtés –  le 20 octobre 1973 – et accusés d’avoir eu des rapports sexuels avec des filles et des garçons de 13 et 14 ans.  L’affaire devait être peu claire, en tout cas, si l’on songe que l’enquête avait duré plus de trois ans (trois ans et deux mois, pour être précis). Les faits présumés étaient censés avoir eu lieu au Camping Club de France de Meudon, où certains faisaient du naturisme.
Les trois hommes avaient donc comparu devant la cour d’assises de Versailles pour «attentats à la pudeur sans violence sur mineurs de 15 ans ». Pour ce qui, à l’époque, était qualifié comme un crime, ils risquaient de cinq à dix ans de prison.

Le 8 novembre 1976, dans Le Monde, Gabriel Matzneff avait publié une tribune libre de sa façon («L’amour est-il un crime ? ») mais surtout il avait été à l’origine, deux mois et demi plus tard, d’une pétition qui insistait principalement pour ne pas dire exclusivement sur le fait que les trois inculpés étaient maintenus en détention préventive depuis trois ans et deux mois. Une durée qui, en effet, pouvait sembler excessive.

La pétition avait été signée par diverses personnalités. Certes, le texte affirmait que les enfants n’avaient subi « aucune violence » et qu’ils étaient « consentants », ajoutant en outre polémiquement : « si une fille de treize ans a droit à la pilule, c’est pour quoi faire ? » mais il convient de rappeler que telle pouvait être l’opinion du ou des rédacteurs ou des signataires de la pétition. Une pétition publiée, au demeurant, avant le procès et donc à un moment où la justice, elle aussi, accordait aux imputés la présomption d’innocence.

La pétition, en substance et pour qui sait lire, reprochait  aux autorités un acharnement disproportionné à l’égard des trois individus : « Trois ans de prison pour des caresses et des baisers, cela suffit. »

Les pétitionnaires, dont beaucoup ne m’étaient pas sympathiques en ce temps-là, mais qui étaient indéniablement des penseurs et des artistes très connus, hésitaient à reconnaître la qualification juridique de « crime », par rapport aux faits reprochés.  Les choses n’allaient pas s’arrêter là: le président de la Cour d’assises avait opté pour ce que l’on appelle la publicité de l’audience, alors que l’on aurait pu s’attendre à une affaire jugée à huis-clos.

A Versailles, les 27, 28 et 29 janvier 1977, les accusés furent condamnés à cinq ans de prison, dont une partie avec sursis et, leur peine ayant été couverte par la détention, ils avaient été libérés à l’audience. Ils n’avaient pas interjeté appel.

Faut-il ajouter que la pétition du 26 janvier, celle paraît-il rédigée par Gabriel Matzneff, était passée quasiment inaperçue dans l’opinion publique?

Gabriel Matzneff est revenu souvent sur cette époque (cf. par exemple C’est la gloire, Pierre-François ! La Table Ronde, 2002). Lire aussi son texte: Couvrez cette pétition que je ne saurais voir (2013).

Le moins qu’on puisse dire est que d’autres signataires de la pétition (comme par exemple Bernard Kouchner) semblent, quant à eux, avoir perdu la mémoire…

 

POUR S’INFORMER

Jean Bérard, « De la libération des enfants à la violence des pédophiles. La sexualité des mineurs dans les discours politiques des années 1970 », Genre, sexualité & société, no 11,‎ 2014: https://journals.openedition.org/gss/3134

Un appel pour la révision du code pénal à propos des relations mineurs-adultes (Le Monde) : https://www.lemonde.fr/archives/article/1977/05/23/un-appel-pour-la-revision-du-code-penal-a-propos-des-relations-mineurs-adultes_2873736_1819218.html

François Dolto : http://www.dolto.fr/fd-code-penal-crp.html

Publié dans David Hamilton

Roland Jaccard, en vrai libertaire, défend Gabriel Matzneff.

Un maire (LR) élu à Pont-Sainte-Maxence, dans l’Oise, a décidé – de sa propre initiative – de retirer de la bibliothèque municipale de la ville les livres de Gabriel Matzneff.

Si quelqu’un y réfléchit, il y a ici de l’incroyable. Qu’entends-je par là? Gabriel Matzneff est visé par une enquête préliminaire et on verra donc si elle aboutit, et à quoi. Mais cette enquête vise un homme – qui jouit de la présomption d’innocence inscrite dans la loi française – et ses éventuels agissements. Pas des livres.

Si la justice décide d’interdire certains des livres de Gabriel Matzneff, elle le fera. Mais en quoi M. le maire de Pont-Sainte-Maxence est-il habilité à décider des ouvrages présents dans une bibliothèque municipale, et cela en l’absence de toute décision de justice à ce sujet?

« Ce qu’il écrit », aurait affirmé M. le maire,  « est parfaitement nauséabond et je ne veux pas que ma population lise les écrits de quelqu’un qui relève plus d’un tribunal que d’une bibliothèque. »

Grands Dieux, j’ignore quelle est la connaissance qu’a M. Arnaud Dumontier de la littérature en général et de l’oeuvre de Gabriel Matzneff en particulier. Mais si l’information donnée par le Courrier Picard est exacte, voilà une demande qui me semble représenter un dangereux précédent.

Si un maire peut demander, et obtenir, aujourd’hui, que soient retirés des rayonnages d’une bibliothèque les ouvrages de Gabriel Matzneff, à qui le tour demain? Que va-t-on dire aux maires RN (ex-FN) quand, demain, ils voudront interdire des livres d’auteurs par eux jugés « communistes »? Que va-t-on dire à des maires communistes quand, demain, ils voudront interdire des livres d’auteurs de droite?

J’estime absurde de permettre à des maires, sous quelque prétexte que ce soit, d’interdire un livre. Les gens ne sont-ils plus assez grands pour décider de ce qu’ils veulent lire, ou pas? Qu’il s’agisse de la Bible, du Coran, de Mein Kampf, de Gabriel Matzneff, de Roger Garaudy ou de la comtesse de Ségur.

Arnaud Dumontier cité par la presse, encore: « C’est dans le code général des collectivités territoriales : c’est de la responsabilité d’un maire que de protéger sa population et d’empêcher que de la publicité soit faite autour de tels écrits et de telles personnes. J’assume complètement le terme censure à l’encontre d’un pédophile. »

Est-on vraiment certain qu’un maire puisse, en l’absence de toute décision de justice ayant jamais condamné Gabriel Matzneff pour « pédophilie », décréter la mise à l’Index d’un ou de plusieurs des ouvrages d’un écrivain? Y a-t-il à la bibliothèque de Pont-Sainte-Maxence des livres de Sade? Le Décaméron de Boccace? Le con d’Irène d’Aragon? Ou, tiens, y a-t-il des livres de Roland Jaccard?

Roland Jaccard qui – notre blog est le premier en France, je pense, à le signaler ici – vient de prendre la défense dans un journal suisse (Le Matin Dimanche, aujourd’hui 12 janvier 2020, page 15) de Gabriel Matzneff.

Texte intégral: https://leblogderolandjaccard.com/2020/01/12/reflexions-sur-laffaire-matzneff/

Le Matin Dimanche, 12 janvier 2020, Roland Jaccard défend Gabriel Matzneff

 « Les maisons d’édition qui retirent les livres de Matzneff de leurs catalogues et le ministre de la Culture sont sur la même longueur d’onde que moi. Je préfère qu’on dise que j’ai censuré un pédophile plutôt qu’on dise que je n’ai pas protégé ma population de tels écrits », dit M. le maire. Qui ajoute: « Ce n’est pas vrai qu’on puisse tout dire et tout penser au nom de la liberté d’expression et au nom de l’art. »

Diantre, je crois rêver. Si les propos de M. le maire sont correctement retranscrits, on ne peut pas tout dire au nom de la liberté d’expression et, chose encore plus cocasse, on ne peut même plus tout « penser ».

Monsieur le maire de Sainte-Maxence, non content de faire retirer un livre de la bibliothèque municipale, veut même contester la liberté de penser!

De toute évidence, dans les prochains jours et les prochaines semaines, des libraires, des sites de vente par correspondance, des maires, des bibliothèques vont annoncer que les livres de Gabriel Matzneff sont censurés et retirés des rayons.

Tout cela parce que Matzneff est visé par une « enquête préliminaire » pour « viols sur mineurs de moins de 15 ans » après la parution d’un livre (Le Consentement de Vanessa Springora).

Ce sera à la justice de décider s’il y a, ou pas, prescription. Et à la justice de décider si des ouvrages peuvent et doivent – ou pas – être interdits.

Un de mes amis me faisait noter hier que si « quand c’est non, c’est non » est un slogan féministe bien connu et parfaitement légitime, en revanche dans Le Consentement Vanessa Springora dit avoir été consentante.  Il serait quand même inquiétant d’aller vers une société où même quand ce serait oui, ce serait quand même non.

Publié dans David Hamilton

Roland Jaccard, Amiel & Co

« C’est David Hamilton qu’on assassine », préface de Roland Jaccard.

Roland Jaccard est en pleine forme. L’un des rares écrivains (avec moi-même) à défendre la mémoire de David Hamilton.

AMIEL, portrait

On retrouve Roland Jaccard, tout d’abord, au sommaire de la revue « Les Moments littéraires« , n° 43 : « Amiel & Co. Diaristes suisses ».

Avec Henri-Frédéric Amiel, Anne Brécart, Corinne Desarzens, Jean-François Duval, Alexandre Friederich, René Groebli, Roland Jaccard, Jean-Louis Kuffer, Douna Loup, Jérôme Meizoz, Jacques Mercanton, C. F. Ramuz, Noëlle Revaz, Jean-Pierre Rochat, Gustave Roud, Daniel de Roulet, Catherine Safonoff, Monique Saint-Hélier, Marina Salzmann, François Vassali, Alexandre Voisard, Jean-Bernard Vuillème, Luc Weibel. ( https://www.fabula.org/actualites/les-moments-litteraires-n-43-amiel-co-diaristes-suisses_94610.php   )

 

*

Roland Jaccard

A relire, ici, J. Kenyatta cité par Roland Jaccard dans le Dictionnaire du parfait cynique:

https://www.moveonmag.com/Quelques-citations-pour-commencer-l-annee_a1812.html

*

Sur Gabriel Matzneff et Vanessa Springora:

https://www.24heures.ch/culture/livres/publieraiton-gabriel-matzneff-aujourd-hui-suisse/story/17132805

*

Roland Jaccard, cet éternel jeune homme

Un écrivain se mesure aussi, parfois, aux polémiques qu’il suscite. Le blog de Roland Jaccard est encore très lu, de toute évidence. Boris Senff s’en prend à Gabriel Matzneff et, par ricochet, à Roland Jaccard.

Car selon Monsieur Senff, Matzneff ne pourrait  « que faire bâiller, si ce n’est indisposer le lecteur du XXIe siècle. Une production pourtant souvent encensée au XXe – «24 heures» n’a pas fait exception dans les années 70, sous la plume d’un Roland Jaccard qui persiste et signe aujourd’hui sur son blog« .

( https://www.24heures.ch/signatures/reflexions/matzneff-pedophilie-peine-nom/story/28451495   )

Un ancien article de Roland Jaccard sur Gabriel Matzneff

Rappel, à lire cette recension que Roland Jaccard a donnée de mon dernier roman en date, Dans le ciel: https://leblogderolandjaccard.com/2019/10/21/olivier-mathieu-un-gladiateur-face-a-la-mort/

Pendant le tournage de « Laura les ombres de l’été », film de David Hamilton sorti dans les salles en novembre 1979 à Paris.

Et sur ce blog suisse

https://bonpourlatete.com/chroniques/olivier-mathieu-se-souvient-de-david-hamilton

et

https://bonpourlatete.com/chroniques/olivier-mathieu-dit-merci-a-toutes-les-filles

 

 

 

Publié dans David Hamilton

Le nouveau décalogue du premier des jaccardiens, Roland Jaccard : on lui donnerait le Diable sans confession!

 

Parution imminente, dès après-demain 14 janvier selon le site de l’éditeur Pierre Guillaume de Roux, de « Confession d’un gentil garçon« , le dernier livre en date de l’ami Roland Jaccard. Dont il vient de parler à la télévision (« Interdit d’interdire », n° 109).

Pseudo-cynique ou crypto-nihiliste, une nouvelle variation aphoristique sur les thèmes qui lui sont chers, une déclinaison concise et essentielle de son journal intime sans fin. Peu de mots mais 128 pages de sentences brillantes, significatives, mémorables.  Magnifiquement dans le style de la petite musique jaccardienne.

Roland me fait toujours un peu penser à ces confessions que certaines personnes, autrefois voire même encore aujourd’hui, cherchaient à rendre sacrilèges afin de mieux choquer le curé, mais tout en manifestant avec une sincérité de comédien accompli la contrition qu’elles imploraient pour des fautes peut-être imaginaires.

L’une des propositions que la quatrième de couverture met en exergue est:

« Quand les gens vous prennent pour un monstre, il n’y a qu’une chose à faire : aller au-delà de leurs attentes. »

Dire du mal de soi, en effet, quoi de mieux pour dissuader (peut-être) autrui de le faire?

En pleine affaire Gabriel Matzneff, une phrase d’une brûlante actualité…

Olivier Mathieu

N° ISBN 2-36371-322-3
128 pages  (16, 50 €)

« Chacun de nous porte un monstre en lui qu’il dissimule avec plus ou moins d´habileté. Seul le diable sait ce que nous pensons vraiment. J´ai tenté d’usurper sa place et de donner aux lecteurs quelques fragments de ce qui m´a parfois valu une réputation sulfureuse dont je n’ai jamais eu honte, bien au contraire, ayant la certitude que sans elle nos écrits – et la littérature en général – ne présenteraient aucun intérêt. La fleur de lotus ne pousse que dans la boue, dit un proverbe vietnamien. Autoportrait d’un gentil garçon ».

Quatrième de couverture

Publié dans David Hamilton

Quelques paragraphes de: « Une dernière leçon de mon école »

Quelques paragraphes de mon livre

« Une dernière leçon de mon école« .

 

Quelques extraits, piochés quasiment au hasard, de mon livre

« Une dernière leçon de mon école ».

Photo de couverture: Max Stolzenberg, ami de David Hamilton.

*

Je me suis très souvent exclamé: “Encore un amour!” Ce fut mon héroïsme. Ou ma lâcheté, peut-être. Ma façon en tout cas de me rendre à moi-même supportable l’évidence qu’il me fallait constater, chaque jour; bien que sans illusions sur la vie, je ne m’étais toujours pas suicidé. Ce en quoi j’aurai eu à la fois absolument raison et complètement tort, à la fin. Roland Jaccard en tombera d’accord avec moi.
Venise était la ville digne que je m’y suicide (je voulais mourir entouré de beauté) et celle où, y arrivant dans l’intention d’en faire le décor de mes adieux au monde, le suicidaire que j’étais changeait d’avis. Tant de beauté m’engageait à poursuivre mes guerres donquichottesques et donjuanesques.

Photographie reativement rare de David Hamilton, à Venise, probablement entre 1970 et 1973.

*

Il n’y a presque jamais eu d’éternité suspendue, entre le passé disparu sans retour et l’inaccessible avenir. Pourtant, chaque mercredi du mois de mars 1978, avant les boums de la MJC des Grandes Terres, je faisais tourner sur mon électrophone Thorens d’anciens 33 tours. Je suis peut-être encore là-bas, dans ma chambre du 7 square des Aubades, épiant à travers les fentes de mes volets l’arrivée de Véronique et Corinne.
Ah! Qui nous rendra les longs regards et les sourires timides d’une écolière de quatorze ans à la voix fluette sous le ciel des banlieues parigotes, mâchonnant peut-être sans malice un crayon, bâclant ses devoirs à la table d’un café, cachée derrière la cascade de ses cheveux qui se répandent sur son cahier? “Qu’est-ce que tu étudies?” lui demandais-je. Elle levait vers moi ses grands yeux brillants et purs et répondait: “Les sentiments”. Printemps de david-hamiltonienne lumière…
J’écris pour moi seul; le souvenir que j’ai de la luminosité de ce mois de mars marlychois, de l’odeur des pelouses gonflées par la pluie, de mes états d’âme, voilà quelque chose de beaucoup plus important, à mes yeux, que les ignominies qui ont passionné les masses du vingtième siècle.

Photographie de David Hamilton (Barbados, 1975). Photographie parue en album.

*

Dans la rue, la bonhomie de ma démarche ne me protège de rien. Vu qu’à bientôt soixante ans je n’ai pas l’échine courbée (mes contemporains, à vingt, prosternés devant les écrans de leurs téléphones, sont bossus), je suscite la défiance. Cela doit se voir, que je pense. Les homoncules ignorent la signification du mot penser. Ils ont cependant conservé suffisamment d’instinct pour renifler que je possède, contrairement à eux, un cerveau. Dès lors, ils me dévisagent avec haine. Quoi que je fasse, où que j’aille, on dirait que je dégage à la ronde une odeur. Celle du profond mépris que je porte aux catoblépas.
Moi qui ai habité dans la ville de Florence pendant longtemps, j’étais guelfe au gibelin et gibelin au guelfe; gibelin blanc au gibelin noir; et noir au blanc. Je suis le seul à connaître ma cohérence. Et ma fidélité à l’enfance. Je n’ai jamais pensé en troupeau. Mon destin ayant été casanovien en femmes, aventures politiques et errances géographiques, on voudra bien me pardonner si j’ai parfois eu recours, aussi, à des trucs que n’eût point désavoués Michel Mouton.
J’ai éprouvé pendant toute ma vie les grands périls qu’il y avait non seulement à penser, mais à clamer ce que je pensais. J’en ai payé les conséquences. Au prix fort. Il a fallu des dizaines d’années pour que de vrais artistes louent mon oeuvre littéraire. Le plus original et le plus courageux, le plus talentueux d’entre eux a été Roland Jaccard. Récemment, Roland m’a consacré plusieurs articles. L’auteur de L’exil intérieur a préfacé un de mes livres. Etrange rencontre, la nôtre. Belle correspondance épistolaire. Une amitié inattendue. Quoi nous réunissait? L’amour des jeunes filles hamiltoniennes et le ping pong, le jeu d’échecs, le goût du suicide, la misanthropie ».

Roland Jaccard

*

Dans un monde où les tabous se multipliaient, où les grands esprits étaient de plus en plus rares, où une impitoyable répression menaçait les ultimes hommes libres, ce fut par exemple à travers les photographies d’un Gunter Sachs que ce qu’il y avait de meilleur en Europe a encore pu s’exprimer: la culture du soleil, la beauté, la joie de vivre, l’amour de la jeune fille, le culte du corps.

Magnifique portrait de ce personnage inspiré et tragique que fut Gunter Sachs

*

Ma vie, des années de cavale, d’enfermement dans la solitude de chambres misérables. Combien de deuils aussi! Et qu’elle fut amère et cuisante, la douleur des concubinages! Quel interminable ennui! Mais j’eus aussi des minutes ciselées, hors du temps ordinaire, sur les cimes. Ma vie!
Des prénoms en ont chassé d’autres, de saison en saison. Quelques-uns ont mis des années à s’effacer de ma mémoire. Mes histoires ont parfois duré trois jours. Mais quels jours, dans les décors magiques et merveilleux de Florence!
Scénario pour une dernière page. Ce furent des nymphes, dont la plus vieille n’avait jamais plus de vingt ans et qui, le long de l’Arno, marchaient à mes côtés, parfumées de vanille, les pieds nus sur les trottoirs brûlants de soleil, au crépuscule. Ce furent des muses aux genoux éraflés, tandis que le vent tiède du mois de mai déchirait le voile de nuages légers rassemblés autour de la superlune d’une nuit étrusque d’il y a deux mille sept cents ans. Ce furent des artistes qui fréquentaient l’Accademia di Belle Arti, via Ricasoli 66, dont les lèvres étaient des fruits juteux. Elles déliraient dans toutes les langues d’Europe quand elles jouissaient. Solaires ainsi que Nastassja au début du film d’Alberto Lattuada Così come sei lorsque, assise dans un parc florentin, la fille de l’immense Klaus Kinski relève la tête et, à travers ses cheveux, dévisage Marcello Mastroianni.
Ce furent des filles aux sourires contagieux qui réenchantaient le monde, faisaient battre le coeur et par la grâce desquelles le ciel, une seconde – une seule! – redevenait immense. Avec trois ou quatre filles dont je sais les prénoms, il fut doux de le contempler, ce ciel bleu qui se reflétait dans leurs yeux. Telles furent les voyageuses de mes étés. Quelle importance a eu le reste? Temps gâché. Temps perdu! Nous sommes tous mortels, nous mourrons tous. Mes jeunes filles vieilliront comme les jeunes beautés d’un chef-d’oeuvre de Lattuada, Gli Italiani si voltano.
Beaucoup des femmes qui ont traversé ma vie ne se souviendront de rien. Ou elles se souviendront d’autre chose que moi. C’est moi qui les ai inventées. Que de lolitas en qui j’ai cru ou voulu voir de grandes amours, et pour qui je n’étais rien! Le drame ne fut pas que mes histoires aient duré si peu. Ce fut que mes amantes ne partagent jamais véritablement ma conscience du temps et du tragique, sinon d’une façon fortuite, éphémère et superficielle.
Il restera, à l’aube de printemps, dans le rione de Montughi, la lueur d’aurore qui m’éveillait. Les fenêtres de ma pauvre chambre ouvraient sur le parc de Villa Fabbriccotti, à peu de distance aussi du beau jardin Villa La Pietra de via Bolognese. Au mois de mars 2001, Lucia y a pris une photo de moi avec mon chien. J’étais chaussé de godasses bâillantes dont de pauvres bouts de ficelle tenaient lieu de lacets. C’est seulement à la littérature que je confie ma mémoire afin que mes amours ne trépassent pas, lorsque moi je serai crevé. Ma victoire aura été de transformer avec la plus grande légèreté possible mes histoires d’amour, de les vivre et de les écrire. J’ai historié et historicisé ma vie.
Les filles des années 1970 – celles de Liebe nach dem Stundenplan de Rosalind Erskine, celles de Leidenschaftliche Blümchen – étaient-elles plus belles, libérées, intelligentes que celles d’aujourd’hui? Si les femmes ont toujours été créées par les poètes, ce ne sont pas elles qui manquent. Ce qui fait défaut en Europe, par ces temps sans mâles et sans poètes, ce sont des artistes capables d’inventer, de chanter, d’aimer des Femmes éternelles.
J’aurai imaginé, écrit, vécu mes aventures. Comblé d’avoir passé mes ultimes années en décrivant des histoires d’amour où, comme dans Jouissive à Venise, de nombreuses années me séparaient de mes amantes mais où, tandis que mon temps s’enfuyait inexorablement, dispersant peines et joies, l’amour fou demeurait aussi fascinant qu’insaisissable. Chaque fois que j’ai consacré mon temps à autre chose qu’à écrire, jouer à la chasse à l’homme dans le rôle du gibier de potence, ou faire l’amour, j’ai eu le sentiment de mentir à moi-même.

Polanski avec Natassja Kinski et Dawn Dunlap, Paris, 1979

*

La mort pourra seule révéler, ou taire, qui auront été la dernière fille et la dernière ville. Ce n’est pas l’instant (carpe diem) qu’il convient de cueillir. C’est l’éternité. La vie? Un instant suprême dans l’enfance. Un deuxième dans la jeunesse. Un troisième dans l’âge mûr. Ici, là-bas…? Dans aucun ici, dès ma jeunesse, je n’ai trouvé de bonheur. L’âge venu, je n’en cherche plus dans nul là-bas.
Ce qui m’aura miné, ce qui m’aura scientifiquement détruit, ce qui m’aura trucidé à petit feu, ça aura été l’immense bêtise des masses humaines, l’incompétence des fausses élites, le mauvais goût généralisé, le matérialisme, les paroles inutiles, les vexations de tous les cloportes qui avaient pris en haine ma solitude magnifique et terrible.
Tous mes efforts auront tendu à essayer d’aller en Italie. Le Bel paese fut la destination que j’ai élue à plus de mille de mes voyages. Un somptueux souvenir? Sur une Vespa, mes étés passés à sillonner les collines de Fiesole. L’ivresse de fendre le vent. L’impression de nager dans une mer chaude. Peut-être ma plus grande liberté, après les Aprems de mon enfance.
Un jour, tout cela fut. Le rêve que j’aurai fait lors de mon premier voyage en Italie, à l’été de 1969, ne sera jamais abîmé, même quand je serai dessous la terre. Vivre libre et, s’il se peut, mourir libre. En amour, en argent, en temps, en littérature, ne pas être un usurier. Etre moi-même, chose la plus difficile au monde.
Le plus beau souvenir de mon enfance? Les nuages, dans le ciel, au-dessus des Grandes Terres. Le plus beau souvenir de ma jeunesse? La falaise de Tracy, les embruns sur la digue d’Arromanches. Le grand regret de toute ma vie? Ne pas avoir vécu à Venise.

Album (texte en allemand) « Getraümte Welt » de David Hamilton, éditions SWAN, 1980. VENISE.

*

Scénario de la première page. Le 8 mars 1978, je pose mes mains sur les hanches de Véronique. Premier slow. Et puis, peu avant ou peu après, par une autre aprem printanière, sous les grands marronniers qui ombrageaient les Jeux des Grandes Terres. Une fille dont j’ai oublié le prénom, portant perruque, me révèle qu’elle a une leucémie incurable. Je lui promets, ce jour-là, que je parlerai d’elle dans un livre. Elle me dit: Je te crois, merci.
Passe un demi-siècle. Passe ma vie. Ma vie!

*

Un autre souvenir. Au temps où j’habitais en Italie, dans un train entre Milan et Florence. Je m’assieds, une fille de quatorze ans prend place face à moi et, comme si nous nous connaissions de toute éternité: “Tu es écrivain?” Surpris et amusé, je réponds que oui. Elle rit, elle sourit, elle est joyeuse. Elle me demande si elle peut m’enlacer. Je réponds que oui, bien sûr. Elle se niche entre mes bras. Elle descend à Bologne, après avoir tracé quelques lignes sur une page de l’un de mes carnets. Je lui promets, ce jour-là, que je parlerai d’elle dans un livre. Elle me dit: Je te crois, merci.

*

Scénarios d’une première-dernière page. Cette fille, hier, je la fixais et dans ses yeux immenses je voyais les nuages qui virevoltaient dans le ciel, affolés par l’orage. Je lui déclamais l’un des plus grands poèmes de la littérature française. Nous nous embrassions savoureusement. Un quart d’heure plus tard, notre rupture, dans une scène de haine mortelle.
Je criais un prénom, dans la nuit, d’une fille jamais vue auparavant. Un regard, un coup de foudre, un rire. Nous nous enlacions, nous nous prenions la main, nous nous embrassions. Ce jour-là, pleine Renaissance. Une semaine plus tard, au soir d’un rendez-vous au bord du fleuve, c’est en pleine Antiquité que la lune heureuse illuminait tout le ciel, nos yeux et mon coeur. La fée, l’ondine, la nymphe hésitait. Disparaissait avant le chant du coq. Dernier baiser, sur une place de Florence. Adieux poignants. Le temps du déclic d’un appareil photographique lui suffirait pour m’avoir oublié.
J’essayais d’embrasser pour la dixième fois une fille qui jusque-là, chaque fois, avait détourné la tête. Cette fois, j’étais fort étonné de sentir ses mains sur ma nuque, sa langue dans ma bouche, sa langue autour de mon sexe.
Aujourd’hui, si elles m’apercevaient dans la rue, ces filles m’éviteraient, me jetteraient des regards de haine et presseraient le pas. Ou elle feraient pire. Autrefois nous avons dit “je t’aime” et aujourd’hui elles seraient polies.
Je me demande à quoi pourrait ressembler cet Olivier Mathieu dont elles prononceront le nom, après ma mort, croyant parler de moi. Ce qui compte est la mémoire de l’écrivain, sa version des choses. C’est là ce que l’on appelle un livre.
La dernière fois est derrière moi. Coucher avec mes premières amours, c’eût été un crime contre la littérature. Ah! Les filles de ma jeunesse! Le film de ma vie, en blond et châtain! En or et argent! En turquoise et pastel! En noisette et bleu! En rouge! En blanc! En peau de muse david-hamiltonienne!
L’exil, cela veut dire dormir tout habillé, toutes les nuits, tantôt parce que l’on ne possède pas de vêtements de rechange, tantôt parce que l’on craint d’être dérangé à l’aube par les gens d’armes et de devoir s’esquiver au plus vite par les toits. Enfant pauvre né sans domicile fixe, décidé d’emblée à ne jamais travailler, écrivain maudit, réprouvé, le plus grand des écrivains gâchés de mon époque, je peux me vanter d’avoir réussi ma vie. Un aveu: je préfère avoir perdu deux ou trois filles, si ce fut pour écrire quelques livres de plus.

*

Le sexe n’est absolument pas intéressant. Ce qui m’intéressait, moi, c’était la première fois que le soutien-gorge d’une infante glissait sur ses épaules. Ce n’était jamais la fille qui était nouvelle, c’était moi qui me renouvelais. Je me multipliais. C’était comme un défi, une peur, une émotion d’enfance. Mon coeur battait. Illusion d’un retour à quelque fusion originelle. Un rêve éveillé. Plus tard, toujours, je me retrouvais seul et unique.
J’aimais le passage de la frontière, l’hommage à la frontière. Eriger des murs, dynamiter tous les ponts. Le dernier instant ne pouvait qu’être sans paroles ou accompagné par une musique céleste et impénétrable comme l’est, pour la plupart des hommes modernes, l’oeillade d’une très jeune fille orientale. Un regard animal et noir, qui regarde moins qu’il ne dit qu’il observe, qui attend et s’achève dans l’esquisse imperceptiblement souriante d’un étonnement ostenté. Il y eut dans ces instants quelque chose de religieux, de recueilli. Ma vie était faite pour y aboutir. Je dis que c’est lorsque ses pas atteignent au seuil de la mort, et dans l’orgasme aussi, que le poète arrache pleinement le masque que les médiocres exhibent, quant à eux, pendant toute leur vie. C’est alors que le véritable visage des supérieurs apparaît; il est de toute beauté. Règne ici toute la solennité d’un paganisme primordial. Homme qui meurt, enfant, sage qui exulte, Olivier Mathieu ne dissimulait jamais. Cet instant-là est union du mercure et du soufre, chaleur, secret des secrets, esprit répandu dans la chair, quinte essence, lumière, couleur, saveur, feu grégeois du soleil et de la lune, Temps dépouillé de l’inutile. Tout l’accessoire est banni. Seules perdurent les sensations sublimées que vous sûtes m’offrir, ô jeunes filles soyeuses!
Exilés! Fugitifs! Mes frères! Pour qui aurai-je parlé, si ce n’est pour vous? De retour, comme toujours, le dernier printemps. Cette dernière leçon de mon école vous enseignera-t-elle à vivre?

Album « SILK WIND » de David Hamilton paru au Japon en 1982. Couverture

*

Nuages de l’aube et vous, nuages du crépuscule! Jamais le ciel n’a été vide au-dessus de ma tête, tant il était peuplé par les visages des jeunes filles de ma jeunesse. C’est en quittant Venise que grandissait mon plus fort désir d’elle. La même chose avec maintes donzelles. En ira-t-il de même avec l’existence? Je n’aimerais pas crever dans un lit. Comment mourrai-je? A la façon de Humbert Humbert? De Sid Vicious? De René Crevel? De Félix Faure et d’Alain Daniélou? Disparaîtrai-je assassiné comme David Hamilton?
J’ai aimé les filles aux chignons caressés par le soleil couchant et dont les queues de cheval, retombant en crinière, ressemblaient sur leurs nuques à de doux fouets parfumés. J’ai aimé les voyageuses des gares et des aéroports – ce furent les plus belles de mes passantes – et contempler le ciel, des deux côtés des nuages. J’ai aimé l’éclosion printanière, chaque année, des jeunes brunettes florentines échappées des tableaux de Luini ou du Verrocchio. Un parc, au soleil. La musique de la fontaine. Des voix pointues, des rires joyeux. Vent. Ciel bleu. Nuages blancs. Joues maquillées des fillettes. Jupettes au vent. Le bruit sourd d’un ballon de cuir. Celui des roues tournoyantes des bicyclettes. Il y avait encore un rien d’enfance dans les enfants italiens; de jeunesse et de féminité, dans les jeunes filles italiennes. En France, tout était rance.
Mes livres puissent-ils avoir suffisamment crié merci aux plus gentilles, émouvantes et généreuses, aux plus libres et aux plus nobles de toutes les femmes: les putains tant honnies par le bourge! C’est avec elles que je fus vrai. Et dire que moi, docteur ès péripatéticiennes et nymphettes david-hamiltoniennes, il me faudra mourir!
Au moment même où j’entrais dans quelque ville que ce soit, une jeune fille la quittait. Quand je m’en allais, je savais que je manquerais, d’un seul coin de rue, une autre jeune fille qui y arrivait. Tout printemps sera toujours le dernier. Une silhouette, sous la façade de Ca’ Gozzi. Le vent tiède caressera ma joue. Ce ne sera plus d’une seule ville que je m’éloignerai, ou d’une seule fille. Mais du Temps tout entier.
Que l’enfance fut belle!
Vous, ô Lolitas, réservez-moi le dernier slow!
Dernière leçon de mon école.

Photo David Hamilton, début des années 1970.

*

Extraits de mon livre (encore disponible) « Une dernière leçon de mon école ».

 

 

Publié dans David Hamilton

Le Consentement, de la grande littérature: Papa Monsieur Courant d’air, Maman qui drague Gabriel, et puis Vanessa, et n’oublions pas le gigot haricot verts…

Le 8 janvier, pas de Vanessa Springora dans l’émission « La grande librairie » parce que, selon le Parisien, elle venait d’apprendre le décès de son père. Cet homme dont ni le nom ni le prénom ne sont jamais cités par la presse. Monsieur « Courant d’air », a-t-on envie de le surnommer, après avoir lu Le Consentement

*

« C’est une triste nouvelle qui a obligé Vanessa Springora à annuler sa venue dans La Grande Librairie. (…) Et ce, à cause de la disparition de son père ».

( https://www.telestar.fr/actu-tv/autres-emissions/affaire-matzneff-vanessa-springora-annule-sa-venue-dans-la-grande-librairie-apre-483797  )

Plusieurs journaux ou sites ont écrit ce qui suit: « Son père, dont elle n’était pourtant pas proche, est mort« . C’est une phrase plutôt ridicule. Ce « pourtant » est grotesque. Que signifie? Quel rapport entre la proximité d’une fille avec son père, et la mort de ce dernier? Si elle avait été proche de lui, cela aurait-il hâté ou retardé sa mort?  Cela lui aurait-il évité de devoir mourir?

*

On lisait dans le Parisien: « a dû annuler sa participation aujourd’hui même à la dernière minute après le décès de son père. (…) Dans ce récit autobiographique, son père, qui a divorcé de sa mère quand l’écrivaine avait 5 ans, est décrit comme « un courant d’air ». Surtout, Vanessa Springora raconte des scènes très précises de violence entre sa mère et lui, puis avec elle, lors de sa liaison avec Matzneff. Ainsi, l’adolescente se trouve hospitalisée pour des troubles articulaires. Alors qu’elle ne l’a pas vu depuis longtemps, il lui rend visite à l’hôpital. Quand il apprend qu’elle vit une histoire avec l’écrivain, le père insulte sa fille dans une scène de colère qui oblige une infirmière à intervenir, avant de disparaître de sa vie. »

Vanessa Springora étant née en 1972, on peut déduire des lignes qui précèdent que ses parents auraient divorcé en 1977. Et que, son père étant (selon elle) un « courant d’air », elle l’aurait revu juste au moment de sa liaison avec Gabriel Matzneff, avant de « disparaître de sa vie ». Pour  y réapparaître quand ? On l’ignore.

On remarquera, surtout, que si la presse s’interroge même quant au loyer de Gabriel Matzneff, en revanche personne n’a encore daigné ou osé révéler quel était le nom de famille de Vanessa à sa naissance, et pour quelle raison elle a signé son livre « Springora », du nom du deuxième mari de sa mère.

Mère (la famille maternelle serait originaire des « Sudètes tchèques », selon Livres Hebdo) dont notre blog est le seul à avoir indiqué le nom de famille, ainsi que la date – août 1987 – du (re)mariage avec Monsieur Springora.

Et, ici, une autre question devrait se poser, en principe.

Récapitulons la chronologie, selon ce qu’on lit et dans la presse, et dans Le Consentement.

1972, naissance de Vanessa Springora.

Selon Le Consentement, son père est en proie, chaque jour, à des « crises de jalousie »: « les crises de jalousie de mon père en sont le témoignage quotidien » (Vanessa Springora, Le Consentement). Pourquoi cet homme est-il jaloux? On l’ignore.

En tout cas, son père traite sa maman de très vilains gros mots: « j’entends mon père hurler, traiter ma mère de « salope » ou de « pute », sans en comprendre la raison« . (Vanessa Springora, Le consentement).

1977, divorce de ses parents.  A noter que la maman de Vanessa quitte son mari au moyen d’une sorte de stratagème: « Un jour, ma mère prend une décision irrévocable. Profitant du séjour en colonie de vacances qu’elle a secrètement planifié pour procéder à notre déménagement, elle quitte mon père, sans retour. C’est l’été qui précède mon entrée au cours préparatoire » (Vanessa Springora, Le Consentement)

Puis, vers 1985, la rencontre avec Gabriel Matzneff.

Et là, il faudrait noter ce qui suit. Selon plusieurs articles de presse, et selon Le Consentement, sa mère aurait commencé par draguer l’écrivain et « finit par s’accommoder de sa présence ».

 « À table, tous les trois, autour d’un gigot haricots verts, on dirait presque une gentille petite famille. » (Vanessa Springora, Le Consentement) (https://www.ledevoir.com/societe/570124/l-affaire-matzneff-le-livre    )

Pardon? Environ un an avant que Madame Nicole Revenu n’épouse M. Patrick Springora, elle draguait Matzneff?

Si l’on peut comprendre que l’auteur des jours de Vanessa ait été un « courant d’air » (il est assez rare, après un divorce, que le divorcé s’installe chez son ex-femme), au temps du gigot haricots verts où était Patrick Springora – qui allait devenir en août 1987 le beau-père de Vanessa? Pas encore entré dans la danse?

La presse ne se pose pas ces questions-là. Bizarre, vous avez dit bizarre?…

Publié dans David Hamilton

Où il est question du gâteau au chocolat de Jacques de Ricaumont, et aussi d’un récent article de Gabriel Matzneff sur Véronique Bruez dans les « Lettres françaises »

Je demande pardon si je commence cet article en parlant de moi. La simple vérité est pourtant que, à la suite de la mort d’un enfant que j’aimais, un enfant de huit ans (cancer au cerveau) qui avait grandi pendant toute sa trop brève existence auprès de sa maman et de moi, je cours actuellement – à l’âge de cinquante-neuf ans, pour ne pas dire soixante – le risque de me retrouver de façon imminente sous les ponts. A ce malheureux enfant, j’ai consacré un roman, un beau roman je crois, Dans le ciel, qui a été recensé ici  (https://leblogderolandjaccard.com/2019/10/21/olivier-mathieu-un-gladiateur-face-a-la-mort/ ) par Roland Jaccard:

Beaucoup de gens (ou de supposés « amis ») me conseillent le recours à des organismes caritatifs (du genre d’Emmaus) ou à des institutions « d’aide sociale ». Très souvent, ils évitent de la sorte de m’aider personnellement, donc de mettre la main au portefeuille. En se réfugiant derrière lesdites institutions caritatives ou d’aide sociale. Depuis mon enfance, j’ai la phobie du domicile fixe. Même à supposer, chose parfaitement utopique et aléatoire, qu’une organisation caritative ou qu’un mystérieux service d’aide sociale me donnent (chose dont je doute très, très fort) un logement dans une HLM à Besançon, Tours ou Fontainebleau, bref où que ce soit en France, est-ce que j’en voudrais? Je n’ai pour ainsi dire jamais travaillé et il ne devrait échapper à personne (et encore moins aux lecteurs de mes livres) que ce n’est pas à soixante ans que je vais y arriver. Quant aux « aides sociales » (à supposer que je fasse partie des catégories de ceux qui y ont droit), elles visent à « ré-insérer ». Si je comprends le français, et je crois le comprendre,  il s’agit de ré-insérer des gens tombés dans le chômage. Or, je ne peux pas quant à moi être ré-inséré dans quelque chose à quoi je n’ai jamais été inséré. Et dire que , dans les milieux que j’ai fréquentés hier ou ceux que je fréquente aujourd’hui, quand les gens lisent des livres au sujet de la fin tragique des écrivains ou artistes qui leur sont chers ou dont ils parlent souvent, ils trouvent ça tellement déplorable… « Comment, David Hamilton est mort pauvre? Mais c’est affreux« … C’est affreux mais ils n’ont rien fait pour lui, de son vivant. Et ils ne feront sans doute pas davantage quelque chose pour moi, du mien. Je ne peux donc rien faire d’autre, pour l’instant, que de continuer à chercher un hébergement (qui me permettrait sans doute d’écrire en quelques mois la suite de Dans le ciel, un roman dont j’ai l’idée, Le joueur d’échecs), un mécène, des dons, des aides financières.

*

Que l’on ne croie pas qu’en évoquant tout d’abord mon propre destin, je me sois tant que ça éloigné du sujet. J’en reviens à Gabriel Matzneff. Avec lequel j’ai un peu correspondu épistolairement (c’était approximativement vers 1979-1982) et à qui j’avais même alors envoyé Cent pages d’amour, le roman que ma grand-mère Marie de Vivier (1899-1980) m’a consacré en 1971. Pourtant, je n’ai jamais rencontré Matzneff, et pas même dans le salon de Jacques de Ricaumont que j’ai pourtant fréquenté avec assiduité, et qui était l’un des amis que nous avions en commun. J’avais publié à l’époque, dans la presse française, plusieurs articles consacrés aux romans de Jacques de Ricaumont. Oui, moi aussi j’ai connu le « fameux » gâteau au chocolat dont Matzneff a parlé dans certaines de ses chroniques journalistiques, mais surtout dans son  livre Boulevard Saint-Germain… (Lire: https://www.liberation.fr/checknews/2020/01/10/gabriel-matzneff-est-il-ami-avec-jean-marie-le-pen_1772060 )

Gabriel Matzneff vendait – à en croire la presse de ces derniers jours – un nombre ridiculement bas de ses livres. La difficulté extrême de vendre des livres, de nos jours, et de trouver des lecteurs est un problème que je connais fort bien, moi aussi.  Or, les livres de Gabriel Matzneff ont été retirés de bibliothèques (au Canada) et même de certains sites de vente comme Amazon, jetés au pilon par ses éditeurs, refusés par un libraire de Reims (il va probablement y en avoir d’autres). Ses archives de Caen, elles aussi, pourraient être livrées à la police.​ Ce qui veut dire que demain encore plus qu’hier, pour X ou Y raison « politique » ou « morale », tous les livres de qui que ce soit pourraient être retirés des archives et des bibliothèques, des sites de vente par correspondance ou des librairies! Damnatio memoriae complète. Qui en sera victime demain? La chose qui stupéfie, dans le cas de Matzneff, est que toutes ces décisions interviennent en l’absence de toute décision de justice. Des libraires, des éditeurs, des bibliothèques retirent ou interdisent des livres de leur propre initiative, avant même que la justice n’ait décidé – par exemple – l’interdiction de tel ou tel ouvrage! C’est cela qui me semble le plus sidérant.

Ces jours-ci, une page se tourne – ou semble se tourner – dans la littérature, voire peut-être dans la société. Il suffit de considérer, par exemple sur Twitter, ou encore dans la presse à la fois la plus confidentielle et la plus réactionnaire qui soit, les attaques contre Roland Jaccard. Et si l’on n’en était encore – hélas – qu’au tout début de ces campagnes dirigées contre des écrivains?

A propos, le numéro de juillet/août 2019 des « Lettres françaises » vient d’être mis en ligne. Avec un fort bel article de Gabriel Matzneff à la gloire de Véronique Bruez et de Naples. C’est aussi un article où Gabriel Matzneff parle de « Vanessa »:

« Je pense en particulier à Francesca et à Vanessa : dans deux de mes romans, j’ai incorporé des fragments de leurs lettres dont la beauté pouvait à bon droit me faire espérer qu’un jour elles deviendraient des écrivains. Il n’en fut rien« .

(Gabriel Matzneff, Les Lettres françaises, juillet-août 2019, pp. 3 et 4)

Si l’on considère les « excuses » de Bernard Pivot, et d’autres journalistes qui implorent publiquement pardon d’avoir invité Gabriel Matzneff dans leurs émissions de téloche, si l’on considère le mea culpa de Beigbeder qui se sent « morveux » (mais désire paraît-il rester ami de Matzneff tout en étant « du côté de Vanessa Springora »), on peut se poser la question: combien de temps un tel article (celui des Lettres françaises) va-t-il demeurer « en ligne »?

http://www.les-lettres-francaises.fr/wp-content/uploads/2020/01/LF-173-BD.pdf

*

Les temps sont durs ( https://wp.me/p89w8Z-543  ) pour les écrivains qui croient encore, ou veulent encore croire dans la beauté ou, tout simplement, dans la littérature.

Publié dans David Hamilton

David Hamilton et la perception de la jeune fille

Bibliographie.

Journal allemand « Konkret » n° 22 (12 octobre 1972).

« L’érotisme a fait naître chez lui, pour ainsi dire, un sixième sens : la perception de la femme, et de la femme invisible, par les atomes amoureux qu’elle dégage ».

De Goncourt, Journal, 1895.

Journal allemand « Konkret » n° 22 (12 octobre 1972). Couverture.

Journal allemand « Konkret » n° 22 (12 octobre 1972). Photo David Hamilton

Affiche centrale. Photo David Hamilton. Journal allemand « Konkret » n° 22 (12 octobre 1972).

Publié dans David Hamilton

Pour en finir avec la fabrique du consentement au sujet de la pédophilie

LA FABRICATION DU CONSENTEMENT de Noam Chomsky. Un livre qui démonte la propagande médiatique.

Tout esprit clairvoyant, tout cerveau en état de fonctionnement ne peut manquer de comprendre que les « affaires » David Hamilton (celle dont ce blog s’occupe en priorité depuis le 26 novembre 2016), mais aussi, à un titre ou à un autre, les affaires Weinstein, Epstein, Polanski ou Matzneff, et pourquoi pas Claude François, témoignent en un certain sens d’une offensive généralisée contre l’amour vis-à-vis des jeunes filles.

Numéro 37 (février 1970). Une lecture toujours d’actualité…

Entendons-nous bien: toutes ces « affaires » ne sont nullement identiques ou semblables. En tout cas David Hamilton, lui, n’a jamais été condamné à quoi que ce soit. Il a  rejeté les accusations portées contre lui en octobre 2016. Il n’a jamais passé d’aveux. Il n’a pas fait un seul jour de prison. Et il a été retrouvé mort (Paris, 25 novembre 2016) dans des circonstances au sujet desquelles demeurent, c’est le moins que l’on puisse dire, de vastes zones d’ombre.

Numéro 264, avril 1998. A relire…

Cela dit, dans les affaires Hamilton, Weinstein, Epstein, Polanski ou Matzneff, et dans quelques autres, il y a un dénominateur commun.  Les manipulateurs de l’opinion publique (selon des méthodes décrites depuis longtemps par Guy Debord ou par Noam Chomsky et Edward S. Herman, pour ne citer qu’eux) cherchent apparemment à persuader les masses que l’attirance pour une jeune femme, voire une jeune fille, serait forcément de la « pédophilie », un mot fourre-tout.

Un autodafé « amusant » (1910) puisque c’est un mannequin qui avait été brûlé par les manifestants.

Personne, en tout cas sur ce blog, n’a jamais dit, écrit ou pensé que faire du tourisme sexuel auprès de petits garçons en Asie soit à conseiller, à admirer ou à imiter. Tout au contraire. Personne, en tout cas sur ce blog, n’a jamais dit, écrit ou pensé qu’il soit possible ou souhaitable d’avoir des relations sexuelles avec des enfants en bas âge. Ce serait une « norme » imbécile. Toutes les normes à nos yeux, d’ailleurs, sont imbéciles.

Une carte postale ancienne, mettant en scène des figurants, en Corse, lors d’une chasse à l’homme. On espère qu’en 2020, des scènes de lynchage effectif ne succèdent pas aux lynchages médiatiques.

En revanche, ceux qui – pour employer une image – assimilent Marc Dutroux à David Hamilton, ceux-là se trompent.

Un livre ancien, qui mériterait qu’on le relise… Editions Denoël.

Autant il est juste et nécessaire de refuser la pédophilie en tant que perversion avérée, autant je juge aberrant que la société risque, tôt ou tard, risque de considérer tout homme (j’entends par là tout individu de sexe masculin)  comme un monstre, comme un perverti, comme un criminel potentiel, dès lors qu’il porte de l’intérêt à des jeunes filles.

Un ouvrage à relire (ici, couverture de la seconde édition)

J’avoue que je connais peu d’hommes (sauf, peut-être, cas de gérontophilie) pour préférer une vieille femme à une jeune. Seules les femmes jeunes, au demeurant, peuvent enfanter. Ce n’est pas qu’une question de « chair fraîche », mais d’esprit frais. Même si l’on ne doit pas toujours généraliser, il y a souvent davantage d’innocence chez les jeunes filles que chez des dames plusieurs fois divorcées, vieillies, aigries par l’existence.

Une carte postale des années 1970 (?) environ, qui n’avait certes pas tous les torts.

J’ai énuméré, dans d’autres articles de ce blog, des raisons notamment historiques, en rappelant par exemple les nombreuses épouses et concubines de Charlemagne. Epouses et concubines dont l’âge, si l’Empereur « à la barbe chenue » avait vécu en 2019, l’auraient conduit directement en prison.  Et pourtant, dans des sociétés et à des époques où l’on ne vivait pas vieux, le mariage des filles dès la puberté (ou légèrement après la puberté) était une nécessité.

Un roman de 1941 (Albin Michel)

Le problème, quand on accuse de « pédophilie » des individus décédés (et, de ce fait, incapables de se défendre), comme Claude François, quand on accuse de « pédophilie » de très grands artistes (comme David Hamilton – décédé lui aussi ), c’est que l’on risque de se tromper de cible.  Les vrais pédophiles, les pédophiles dangereux risquent de sourire, quand ils constatent que l’on s’en prend à Claude François ou à David Hamilton. Ce dernier, dans de très nombreux entretiens parus dans la presse, l’avait noté, en parlant de Marc Dutroux: « Ce type a tout foutu en l’air ». Il est indéniable que l’affreuse affaire Dutroux, en effet, et sa médiatisation, ont en partie contribué à un dramatique changement d’époque.

Un classique de Milton

Ce qui est insensé, à mes yeux, est de risquer de criminaliser (et de criminaliser systématiquement) toute histoire d’amour entre un homme et une jeune femme.

Un autodafé (Musée du Prado, Madrid)

Les relations entre hommes et hommes (ou entre femmes et femmes) sont aujourd’hui tellement légitimées que les homosexuel(le)s ont obtenu le droit de pouvoir se marier entre eux. Pourtant, tandis que la plupart voire la totalité des barrières s’effondrent, y compris dans le domaine de la science où l’on assiste à des choses et même à des horreurs totalement anti-naturelles, l’unique des barrières qui perdure – et même se consolide – est l’éventuelle relation amoureuse entre un homme et une jeune fille. Pourquoi donc?

Je crains que l’on ne doive assister, dans quelques années,  à des affaires où des individus de sexe masculin, accusés d’abord par les tribunaux médiatiques, seront marqués par une présomption de culpabilité et devront prouver qu’ils n’ont point touché les fesses, trente, quarante ou cinquante ans plus tôt, d’une dame qui les en accusera. Bon courage…

Les prochaines étapes pourraient d’ailleurs être, en France et ailleurs, le retournement de la charge de la preuve, l’imprescriptibilité et la rétroactivité.

L’offensive planétaire  (en cours depuis plusieurs années, désormais) dirigée contre des artistes accusés d’être « pédophiles » risque, hélas, de consentir l’impunité à de vrais pédophiles. La lutte dite « contre la pédophilie », tant qu’elle sera tellement ou exclusivement médiatique, ne fera que renforcer la pédophilie. La vraie.

Ancienne carte postale représentant un autodafé (manifestation de vignerons, à Troyes, vers 1910).
On aimerait espérer qu’aucun écrivain, cent ans plus tard, aucun artiste, aucun intellectuel ne risque un tel sort. Hélas, les affaires David Hamilton (2016) et Gabriel Matzneff (2020) font craindre le pire.

 

 

 

Publié dans David Hamilton

Novlangue: Gabriel Matzneff vit dans un habitation, l’emprise est un mot masculin et Vanessa S. a dû vivre une relation traumatisante avec l’accord du participe passé

Il est consternant – mais presque drôle! –  de constater qu’en France, où tout le monde emploie désormais des mots grotesques en les mettant au féminin (« auteure », « écrivaine »), en revanche lorsqu’il existe un mot féminin (HLM = habitation à loyer modéré), les journalistes le mettent au masculin. Des dizaines de journaux parlent ainsi « du » (au masculin) HLM de Gabriel Matzneff…

*

« Emprise » serait-il devenu un mot masculin?

Etonnantes, de même, les fautes d’accord du participe passé dans les articles consacrés à Vanessa Springora.

Sur des dizaines de sites (vérifiez!), on lit en effet:

« le personnage central du livre « Le Consentement », dans lequel Vanessa Springora raconte l’emprise qu’il a exercé » (SIC!!!)

( https://www.francetvinfo.fr/culture/livres/affaire-gabriel-matzneff/l-article-a-lire-pour-comprendre-l-affaire-gabriel-matzneff-un-ecrivain-aux-pratiques-pedophiles-assumees_3762443.html )

« La directrice des éditions Julliard raconte dans un livre l’emprise que l’auteur, alors presque quinquagénaire, a exercé » (SIC!)

( https://www.bfmtv.com/culture/vanessa-springora-denonce-une-relation-abusive-sur-fond-de-pedophilie-avec-gabriel-matzneff-1830422.html )

*

« Vanessa Springora, écrivaine et éditrice, publie un récit terrifiant sur l’emprise, notamment sexuelle, qu’a exercé (SIC!) sur elle »

 ( http://portail.bouyguestelecom.fr/actu/A-14-ans-sous-l-emprise-de-l-ecrivain-Gabriel-Matzneff-le-consentement-de-Vanessa-Springora-provoque-une-deflagration-1211704/

*

L’écrivaine, femme de lettres et auteure aurait-elle vécu une relation traumatisante avec le participe passé, niveau BEPC ?

On lit dans Le Monde, encore aujourd’hui, ces propos de Vanessa Springora au sujet de Gabriel Matzneff:

« Jamais un homme ne m’a regardé (SIC!!!) de cette façon-là », note-t-elle.

 ( https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/01/10/avec-le-consentement-vanessa-springora-depeint-les-ressorts-de-l-emprise_6025374_3232.html )

*

« Springora refuse de se séparer de celui qui l’a changé (SIC!) en « déesse ».

( https://www.bfmtv.com/culture/elle-publiele-consentement-sursa-relation-a-14-ans-avec-gabriel-matzneff-qui-estvanessa-springora-1833330.html  )

*

Dérisoire.

Même les voisins de Gabriel Matzneff sont apparemment interrogés par des journalistes. On lit dans Valeurs actuelles:

« Dans l’immeuble, beaucoup décrient (SIC, A LA PLACE DE « décrivent », quel lapsus! ) un « homme normal », « une personne adorable » ou un « homme charmant », mais aussi quelqu’un de souvent absent parce qu’il voyage beaucoup. D’autres voisins – qui ont voulu rester anonymes – concèdent que l’affaire a quelque peu changé leur vision de l’écrivain. « Ça va être difficile de le revoir dans l’immeuble, de le croiser, de faire semblant. » » ( https://www.valeursactuelles.com/societe/le-loyer-derisoire-de-gabriel-matzneff-paris-114893  )

Ridicule.

Même article, pour ainsi dire, dans Capital, où le loyer qui semble « dérisoire » à Valeurs actuelle devient « ridicule » pour Capital.

Profondeurs de la pensée journalistique! C’est sans doute à de telles prodigieuses nuances que l’on voit la grandeur de la déontologie de la presse, et ce qu’est devenu le journalisme aujourd’hui…

( https://www.capital.fr/economie-politique/le-loyer-ridicule-que-verse-gabriel-matzneff-dans-le-quartier-latin-1359368  )

Rappel

Je me permets de signaler aux abonnés de ce blog que s’ils désirent lire mes propres livres, y compris ceux sur David Hamilton, et pour certains d’entre mes ouvrages sous forme de PDF, ils sont priés de m’écrire. Merci.

Lire, merci:

https://wp.me/p89w8Z-543

Publié dans David Hamilton

Cauchemar des chasses à l’homme médiatiques: l’écrivain G. habite un studio de rêve au 21

Le titre de cet article de blog est un clin d’oeil au film L’assassin habite au 21. Dans le roman de Stanislas-André Steeman, l’action se déroule à Londres. Pour son adaptation cinématographique (1942), Henri-Georges Clouzot a situé les faits à Paris.

*

Il y a réellement quelque chose qui ne va pas, en France. Est-il juste, est-il moral, est-il légal que toute la presse française publie de nouveau, aujourd’hui, l’adresse personnelle de l’écrivain Gabriel Matzneff, un homme de 83 ans, visé par une campagne de presse quasiment (je dis bien: quasiment) sans ampleur?

La presse se lamente: « Un HLM dans le quartier Latin où le mètre carré coûte 10 euros par mois. C’est la situation de rêve que vit actuellement Gabriel Matzneff. L’écrivain octogénaire, accusé de pédophilie, occupe depuis 1994 un logement social de 34 mètres carrés en plein cœur de Paris, dans le quartier Latin (5e arrondissement), selon Le Parisien-Aujourd’hui-en-France« .

La presse, notons-le, ignore que HLM est féminin et que l’on dit : une HLM. Cette même presse appelle « situation de rêve » un… studio de 34 mètres carrés.

Une lecture attentive – et même distraite – des gazettes vous apprendra en tout cas dans quelle ville vit Gabriel Matzneff (Paris), dans quel arrondissement (le 5e) et, mieux encore,  à quel étage. Avec description: «au premier étage avec vue sur rue et une petite cour silencieuse et pavée».

Ces renseignements servent à quoi? A qui? Aux chasseurs d’autographes?

Vous apprendrez en outre que ce lieu « de rêve » est géré par le bailleur social Elogie-Siemp. Et combien Gabriel Matzneff paierait:  348 euros par mois. 10 euros le m² sans les charges.

Or, continue la presse, « ce même studio de 34 m² pourrait être loué aujourd’hui jusqu’à 583 euros (hors charges) ».

Le Figaro précise: « Ce loyer de 10 euros le m² a de quoi irriter les locataires qui paient actuellement plus de 31 euros par m², la moyenne pratiquée dans le 5e arrondissement de Paris, selon le site d’estimation immobilière Meilleurs Agents. Un logement privé de 34 m² se loue ainsi autour de 1000 euros par mois (hors charges) ».

Tout cela pour finir par une perle: « Bien que son attribution soit légale, la mairie voudrait voir partir Gabriel Matzneff. Mais c’est loin d’être simple ».

Extraordinaire: la Mairie de Paris dit que cette attribution est légale. Et pourtant, elle voudrait se débarrasser de ce locataire octogénaire (qui n’a jamais été condamné à quoi que ce soit, et été blanchi dans l’Affaire du Coral).

D’ailleurs, qu’il ait été condamné ou pas et pour quelque motif que ce soit, pourrait-on donc jeter sur le trottoir, en France, quelque homme que ce soit ?  Ici, un homme de 83 ans?

Ou quelqu’un estime-t-il peut-être que « 34 mètres carrés de rêve », c’est trop, et qu’il vaudrait mieux le condamner à croupir dans une cellule (de combien, trois mètres carrés?), au pain et à l’eau?

Campagne de presse nationale et internationale, diffusion de l’adresse d’une personne, et insultes et menaces sur les réseaux sociaux. Cela pourrait déboucher sur un drame.

Espérons que les « 34 mètres carrés de rêve » ne finissent pas en cauchemar.

Cessons de plaisanter: en octobre et novembre 2016, la presse a largement indiqué l’adresse personnelle  de David Hamilton, rappelons-le.

***

A relire le tout premier article paru, sur Internet, au sujet de l’affaire de l’écrivain G. et de la non écrivain V. : https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2019/10/30/apres-laffaire-david-hamilton-le-lynchage-mediatique-de-lecrivain-g-est-il-imminent/

Et puis, rappel:

https://wp.me/p89w8Z-543

 

 

Publié dans David Hamilton

Vanessa Springora, bientôt prix Goncourt?

Le Consentement de Vanessa Springora, selon les dernières informations en date, arriverait en dixième position dans le « Top 20 GFK/Livres Hebdo ». Déjà réimprimé, l’ouvrage aurait aussi atteint un re-tirage de 65.000, voire de 85.000 exemplaires. A quand la première place?…

Le dernier album d’Astérix, La fille de Vercingétorix, occupe toujours (pour la onzième semaine de suite) la première place du classement des meilleures ventes. A la deuxième place, et tiré quant à lui à 200.000 exemplaires, on trouve Le miroir de nos peines (éditions Albin Michel) de Pierre Lemaitre, Goncourt 2013 pour Au-revoir là-haut.

Mais attention, Vanessa Springora arrive…

Deux mangas occupent les troisième et quatrième place de ce Top 20. L’un de ces mangas appartient même à une série que je n’apprécie pas, et auquel j’ai consacré quelques lignes, pour le dire, dans mon dernier roman en date: Dans le ciel

(voir: https://leblogderolandjaccard.com/2019/10/21/olivier-mathieu-un-gladiateur-face-a-la-mort/ )

Après tout ça, il est difficile de ne pas comprendre qu’en France, plus tu as un éditeur riche et plus tu as un gros tirage et plus tu as des chances d’obtenir le Goncourt (et donc de nouveaux tirages colossaux).

Les exemplaires éventuellement encore présents de livres de Gabriel Matzneff en librairie, notamment L’Amante de l’Arsenal (sorti en novembre 2019), vont être « rappelés », mis à l’Index et/ou au pilon. Il s’en était vendu seulement « quelques centaines d’exemplaires », aurait précisé (quasiment en s’en réjouissant) l’éditeur. Et même si, depuis quelques jours, des livres de Matzneff avaient (peut-être) vu leurs maigres ventes un peu augmenter, il serait bien hasardeux d’en conclure qu’ils aient été achetés à la faveur d’un soudain regain d’amour pour la littérature. Mais seulement par goût du scandale gossip et médiatique.

A combien d’exemplaires le livre Les moins de seize ans de Gabriel Matzneff a-t-il dû se vendre depuis dix ans? Je n’en sais rien. Je dirais mille, deux mille exemplaires. Bref, tout le monde en parle mais personne ne l’a lu.

Et en ce qui concerne le prochain Goncourt, je parie qu’il sera attribué à Vanessa Springora plutôt qu’à Gabriel Matzneff.

*

Petit rappel: https://wp.me/p89w8Z-543

Publié dans David Hamilton

Au sujet de la Mort du Père dans « Le Consentement » de Vanessa Springora

Vanessa Springora  a fait de son père l’un des personnages du livre Le Consentement, imprimé paraît-il à 65.000 exemplaires (alors que les livres de Matzneff se vendaient, depuis des dizaines d’années, à guère plus de mille exemplaires de moyenne). De la sorte, elle en fait un personnage public. Mort hier, semble-t-il,  8 janvier 2020, ce père est en outre évoqué par quasiment toute la presse française.

Pure People évoque un homme violent aussi bien physiquement que psychologiquement, et avec lequel sa fille avait « coupé les ponts »: « Dans cet ouvrage, Vanessa Springora relate également ses relations violentes avec son père, physiques comme psychologiques. La directrice des éditions Julliard et son père avaient coupé les ponts depuis plusieurs années ». (https://www.msn.com/fr-fr/divertissement/celebrites/vanessa-springora-en-deuil-elle-annule-sa-venue-dans-la-grande-librairie/ar-BBYMR2j   )

*

Femme Actuelle précise: « C’est encore une terrible épreuve que doit traverser Vanessa Springora, l’autrice du livre Le Consentement (éd. Grasset). En effet, selon un article du journal Le Parisien, la femme de lettres a dû annuler sa participation à l’émission La Grande Librairie en raison du décès soudain de son père. »

Drôle de phrase. La terrible épreuve, en principe, devrait être la mort de son père, pas l’annulation d’une émission de téloche.

Il aurait fallu (en bon français) écrire: « C’est encore une terrible épreuve que doit traverser Vanessa Springora, l’autrice du livre Le Consentement (éd. Grasset). En effet, selon un article du journal Le Parisien, la femme de lettres a perdu son père (ce pour quoi elle a dû annuler sa participation à l’émission La Grande Librairie). »

*

Beaucoup de journaux parlent d’une « terrible nouvelle », d’un « drame ».

Certainement, la mort est souvent un drame. Notamment les morts par suicide.

Vanessa Springora étant née en 1972, et si l’on veut supposer que son père ait eu (comme sa mère) vingt ans en 1972, il était presque septuagénaire. Nul n’étant éternel, on peut aussi penser que Vanessa Springora avait eu le temps d’imaginer qu’elle subirait un jour la perte de l’auteur de ses jours – avec lequel, au demeurant et selon la presse, elle avait « coupé les ponts ».

Nous répétons que la seule grande question, ici, est de comprendre de quoi est mort ce monsieur, probablement octogénaire, qui devait avoir un entourage et qui s’est en quelque sorte retrouvé dépeint, dans le livre de sa fille, d’une façon qui l’a peut-être surpris (ou alors, qui ne l’a pas du tout surpris) ou déçu. Voire horrifié.

Les journaux et les sites Internet se recopient, et leurs titres se ressemblent: « Vanessa Springora annule sa participation à « La Grande Librairie » de François Busnel à la suite du décès de son père » devient parfois « Vanessa Springora annule sa participation à « La Grande Librairie » de François Busnel après la mort de son père ».

Oui, on a compris.

Mais enfin, n’a-t-on pas le droit de savoir de quoi est mort cet homme, personnage d’un livre qui suscite autant d’articles de presse et d’émissions de téloche que Le Consentement?

Dans Le Consentement, en effet, que je viens de lire et que je relirai, on apprend que

  • Vanessa se plaisait à interrompre les « ébats » parentaux: « À plusieurs reprises, je me présente dans la chambre de mes parents, au beau milieu de la nuit, en pleurs, debout dans l’encadrement de la porte, me plaignant d’un mal de ventre ou de tête, avec sans doute le but inconscient d’interrompre leurs ébats, pour les trouver le drap relevé jusqu’au menton, l’air idiot et étrangement coupable. » (Vanessa Springora, Le Consentement).

On apprend en outre que cet homme aurait été atteint de « folie ». Son mariage aurait été une « guerre sans fin ». Il aurait été caractériel, dénué de la moindre tendresse et, en outre, « jaloux » (pourquoi jaloux? qui sait?):

  • « II n’y a aucun remède à la folie de cet homme qu’on dit caractériel. Leur mariage est une guerre sans fin, un carnage dont tout le monde a oublié l’origine. Le conflit sera bientôt réglé de façon unilatérale. Ce n’est plus qu’une question de semaines. Pourtant, ils ont bien dû s’aimer un jour, ces deux-là. Au bout d’un interminable couloir, occultée par la porte d’une chambre à coucher, leur sexualité a sur moi l’effet d’un angle mort où serait tapi un monstre : omniprésente (les crises de jalousie de mon père en sont le témoignage quotidien), mais parfaitement ésotérique (je n’ai aucun souvenir de la moindre étreinte, du moindre baiser, du plus infime geste de tendresse entre mes parents) ». (Vanessa Springora, Le Consentement)

On apprend que cet homme aurait été grossier, maniaque, qu’il traitait sa femme de « salope » ou de « pute » et qu’il avait des velléités d’assassin, plus précisément d’étrangleur:

Le soir, enfouie sous les couvertures, j’entends mon père hurler, traiter ma mère de «salope » ou de « pute », sans en comprendre la raison. À la moindre occasion, pour un détail, un regard, un simple mot « déplacé », sa jalousie explose. D’un instant à l’autre, les murs se mettent à trembler, la vaisselle vole, les portes claquent. D’une maniaquerie obsessionnelle, il ne tolère pas qu’on déplace un objet sans son accord. Un jour, il manque d’étrangler ma mère parce qu’elle a renversé un verre de vin sur une nappe blanche qu’il vient de lui offrir. Bientôt, la fréquence de ces scènes s’accélère. C’est une machine lancée dans une course folle, personne ne peut plus l’arrêter. (…) Le lendemain, mon père dort une fois encore sur le canapé du salon. » (Vanessa Springora, Le Consentement)

On apprend enfin que cet homme – le disparu – aurait été quitté par sa femme sans préavis:

  • « Un jour, ma mère prend une décision irrévocable. Profitant du séjour en colonie de vacances qu’elle a secrètement planifié pour procéder à notre déménagement, elle quitte mon père, sans retour. C’est l’été qui précède mon entrée au cours préparatoire » (Vanessa Springora, Le Consentement).

Reste à comprendre: suicide? Crise cardiaque? Autre chose? De quoi est-il mort? Quand le saura-t-on? Et : le saura-t-on?

Publié dans David Hamilton

Une jeune femme de lettres, ayant perdu son père, a annulé sa présence dans une émission de grosse épicerie pseudo-littéraire

Vanessa Springora est parfois définie comme une « jeune femme », ce qui me laisse songeur puisqu’elle a bientôt 48 ans et que Matzneff en avait 49 lors du début de leur liaison (de lui, on parle comme d’un « vieux »).

Vanessa Springora est parfois définie, aussi, comme une « femme de lettres », ce qui ne semble même pas de l’humour involontaire sous la plume de ses admirateurs, mais me laisse songeur aussi. Cependant, la question n’est pas là.

La question est qu’hier, avant « La Grande Librairie », une émission de grosse épicerie dite « littéraire », la jeune femme de lettres aurait (selon ce que je lis dans la presse) perdu son père.

Au-delà de cette triste nouvelle, car la mort est toujours une triste nouvelle, on ne sait pas vraiment qui est le monsieur décédé.

Il semble que Vanessa Springora ait été surprise par ce décès, qu’elle aurait appris cinq minutes avant le début de l’émission de téloche.

Si les mots ont encore un sens, son père est l’auteur de ses jours, c’est-à-dire l’homme qui lui a donné biologiquement naissance.

Mais vu la façon dont il est dépeint dans Le consentement, et vu que selon Vanessa Springora il avait « disparu de sa vie » depuis des décennies, comment veut-on concilier ce qui précède avec les mots qu’emploie la presse (« drame », « terrible nouvelle ») et avec l’annulation d’une émission?

Pour l’heure, on ne sait toujours pas de quoi précisément est morte cette personne.

Voilà donc un mort dont toute la presse parle, mais sans rien en dire puisque le grand public ignore toujours son nom, son prénom, et surtout les causes de cette disparition survenue – simple coïncidence? – juste au moment de la parution d’un livre où sa fille parle de lui comme d’un père indigne, absent, violent, misogyne et grossier.

La parution de La Consolation de Flavie Flament avait été suivie, environ un mois plus tard, par le suicide présumé de David Hamilton. On ne voudrait pas apprendre qu’en marge de la sortie du Consentement il y ait eu, ici aussi, un suicide.

Publié dans David Hamilton

Le papa de Vanessa aurait-il fait ce que la maman de Flavie n’a – heureusement – pas fait: « se foutre en l’air »?

Il y a quelques heures à peine, je publiais sur ce blog un article disant qu’il fallait du courage à Gabriel Matzneff pour ne pas se suicider.

On sait que nul davantage que Sigmund Freud n’a guère exprimé avec autant de conviction, dans sa théorie du « complexe d’Œdipe », le désir de « tuer le père ».

Ce soir, Vanessa Springora – auteur du Consentement, bouquin « psychanalytique » par maints aspects – devait  être interviewée pendant trois quarts d’heure, dans la « Grande Librairie », par François Busnel, avant de dialoguer avec d’autres invités tous plus ou moins d’accord avec elle : Jean-Pierre Rosenczveig, ancien président du tribunal pour enfants de Bobigny ; Marie-Rose Moro, chef de service de la Maison de Solène; et Pierre Verdrager, sociologue.

Cette émission prévue en direct (sur France 5), a été déprogrammée  en raison d’une « terrible et triste nouvelle de dernière minute » (pour citer François Busnel, peu après 21 heures). La terrible et triste nouvelle n’étant  pas l’annulation de cette énième émission mais la mort soudaine du père de l’accusatrice de Gabriel Matzneff.

Il faudrait rappeler que les parents de Vanessa Springora (elle serait née en 1972, peut-être le 16 mars) ont divorcé (selon certaines sources, à vérifier, quand l’enfant avait cinq ans). Sa mère s’appelait Nicole Revenu, comme notre blog l’a déjà indiqué.  Mais surtout il faudrait rappeler que la description faite de son père par Vanessa Springora dans Le consentement est extrêmement caricaturale (ce père est notamment décrit comme «un courant d’air», mais il y a pire quand on lit – si on y parvient – les scènes où sa propre fille le décrit sous un jour certes peu sympathique, lors de scènes de violence qui auraient eu lieu par exemple entre sa mère et lui). Lisez: https://dicocitations.lemonde.fr/citations/citation-166225.php

Selon Olivier Lecanu cité par la presse, sa soeur Flavie Flament (née Lecanu) l’aurait averti de la publication de son récit à elle (La Consolation) en lui disant qu’elle voulait s’attaquer à leur mère, « qu’elle souhaitait qu’elle se foute en l’air« . ( https://www.lci.fr/people/flavie-flament-son-frere-olivier-lecanu-remet-en-cause-ses-souvenirs-d-enfance-maltraitee-2009507.html  )

Le papa de Vanessa aurait-il fait ce que la maman de Flavie n’a – heureusement – pas fait?

Qui est mort, d’ailleurs? Son père, en d’autres termes son père génétique, celui que Vanessa Springora traite de « courant d’air »? Mais si ce monsieur était un « courant d’air », et si elle ne le le voyait plus depuis si longtemps, en quoi ressent-elle sa disparition comme une « terrible » nouvelle?

Ou alors, est-ce le second mari de sa mère qui est décédé?

Si c’est du premier qu’il s’agit, on ignore à cette heure, en tout cas officiellement, les motifs de la mort de ce monsieur. Mais s’agissant d’un décès semble-t-il inattendu, on est en droit de se demander, si toutefois il s’était agi d’un suicide,  si le père de Vanessa Springora aurait d’aventure laissé (s’il a supposé qu’une explication fût utile) une lettre expliquant un geste tragique.

Et si c’est du second qu’il s’agit, c’est sans doute d’une « terrible nouvelle » qu’il s’agit pour Vanessa Springora, mais alors  il ne s’agit pas de son père: mais du second mari de sa mère.

Vanessa Springora, il y a peu, a montré l’étendue rare de sa sensibilité, en déclarant à Elle au sujet de Matzneff:

« Déjà certaines personnes dans le milieu m’ont dit : « Vous n’avez pas peur d’avoir son suicide sur la conscience ? » J’ai répondu : « Est-ce que quelqu’un s’est soucié de savoir si depuis trente ans j’avais des pensées suicidaires ? » »

Espérons donc de tout coeur que personne n’ait eu des pensées suicidaires dans sa famille.

PS

François Busnel, après avoir annoncé la mort du père de Vanessa Springora, en a profité pour exprimer ses « regrets » (sic) d’avoir reçu Gabriel Matzneff dans « La Grande Librairie »… C’est très bien, Monsieur Busnel. Je prévoyais de telles excuses, il y a plusieurs jours déjà, dans un article de ce blog.

 

 

Publié dans David Hamilton

Histoires de pommes

Illustration de David Hamilton, datant des années 1970 ( la fin des années 1970?), mais utilisée pour une campagne publicitaire Nina Ricci, encore en 1991.

Poème extrait de mon livre « Les jeunes filles ont l’âge de mon exil » (première édition 2010, deuxième édition 2016, troisième édition 2018).

Roland Jaccard avait consacré une de ses vidéos, sur You Tube, à ce livre.

Pomoranges.

Parfums de pomme bleue au vent,

Simulacres du temps présent,

Fleuves de miel et nymphes douces,

Ainsi la mauvaise herbe pousse.

Fini l’été de déraison,

S’avance des fruits la saison

Dont Pomone se ceint la tête:

Car voici la fin de la fête.

Les émotions ne furent moltes,

Voici les temps de la récolte

En mon livre, sans lendemain.

Moi, sur les doigts de mes deux mains

Je compterai les pomoranges

Qui sont, chez Gozzi, méloranges.

J’ai mesuré dans mon grand erre,

Perdant la boussole et l’équerre,

Leurs ogives et leurs deltas,

Les tendres cœurs du didelta.

Fleuves de vin et pommes douces,

Pamploranges et pommemousses,

Je me suis déchiré aux ronces

D’horizons, d’échos sans réponses,

Le cœur ivre du seul élan

D’un inespéré geste lent.

Pommades à l’odeur des pommes

Qu’avec une flèche on dégomme,

Il aurait fallu tant de roses,

Il n’aurait pas fallu grand-chose,

Des choses qu’autrefois j’ai sues,

Toutes choses entraperçues,

Une couleur, un signe, un mot,

Que mort j’emporte en mon ballot.

Mais à la fin du labyrinthe

Où le cœur et le corps s’éreintent,

Et loin du kaléidoscope

Qui me fut pomologoscope,

Crevé l’été selon logique,

Pomme bleue est pomillogique.

Et je sème au vent mes poèmes

Outre l’exil, outre bohème.

Pomme d’or ou bien pomodore,

Bleue est la pomme que j’adore.

De mainte saison pomifère

Je suis en exil, la pomme erre.

Si mon exil eut vingt années,

Dedans mes yeux, du soleil nées

Moins de pommes bleues se surent,

Mainte pomme bleue était sure.

 

(Les jeunes filles ont l’âge de mon exil).

Publié dans David Hamilton

Après Joseph K., Gabriel M. ?

Selon la presse (quasiment tous les journaux, comme d’habitude, se recopient les uns les autres), non seulement Gabriel Matzneff n’a plus aucun éditeur, non seulement il ne collaborera plus au Point, mais il aurait été « cité à comparaître » devant le tribunal de Paris. Une citation à comparaître devrait lui être délivrée en mains propres (même si, à en croire ce qu’a écrit Roland Jaccard sur son blog, Matzneff ne se trouverait pas en France, à cette heure).

Pourtant, une date d’audience aurait d’ores et déjà été fixée. De telle sorte que Gabriel Matzneff comparaîtrait « le 12 février à 13h30 » devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour « apologie de crime » et « provocation à commettre des délits et des crimes ».

La citation directe serait une initiative de l’association « L’Ange Bleu », soucieuse – toujours selon la presse – que l’écrivain « s’explique devant la justice rapidement ».

« Les livres de Gabriel Matzneff et notamment celui intitulé Les moins de 16 ans sont un mode d’emploi pour les pédophiles », affirme Latifa Bennari, présidente de L’Ange Bleu. « J’ai rencontré tellement de pédophiles qui se sont sentis légitimés par les ouvrages de Matzneff ou ceux de Tony Duvert que j’ai voulu saisir la justice. »

Déjà, ici, pas mal de questions se posent. Pourquoi ne pas imaginer que des assassins, demain, ne déclarent s’être sentis « légitimés » parce que François Villon (par exemple) fut un assassin? Quelle pourrait être la responsabilité d’André Breton si un passant vous rencontre sur un trottoir et vous tire une balle dans la tête?

Que Gabriel Matzneff soit jugé, selon la loi, et à supposer que les délais de prescription le permettent, pourquoi pas? Qu’il soit condamné, à supposer qu’il soit reconnu coupable de quelque chose, pourquoi pas? Mais qu’est-ce que Tony Duvert (décédé en 2008) vient faire là-dedans? Qu’est-ce qui permet d’établir un lien entre un individu et un livre qu’il dit avoir lu?

En tout cas, la citation directe pourrait consentir à l’association « L’Ange bleu » de conduire directement Gabriel Matzneff devant ce tribunal. Une enquête, en revanche, pourrait s’avérer aussi longue qu’incertaine.

« Chacun de ses ouvrages fait l’apologie de ses pratiques pédophiles », poursuit Latifa Bennari (toujours citée par la presse). « Chaque livre est un aveu ! »

Chaque livre, un « aveu »? C’est ce procès à la littérature, c’est cette conception de la littérature qui nous choque. Si Gabriel Matzneff venait à être condamné non point pour des faits concrets et établis, mais pour des récits romanesques (voire même pour des récits de son journal intime), plus guère aucun écrivain n’aurait plus le droit d’écrire quoi que ce soit. Combien d’auteurs de journaux intimes n’ont-ils pas cherché à transcender leur expérience? Voire à l’inventer?  L’art du diariste est toujours une littérarisation de son existence. Un auteur de romans policiers pourrait-il être condamné pour avoir décrit une attaque à main armée? Un auteur de littérature érotique pourrait-il être condamné ou inquiété pour avoir écrit, peut-être à la première personne, de simples fantasmes?

La justice devrait considérer une évidence: les faits sont prescrits. Or, la « citation directe » de cette association espère trouver un fondement juridique dans l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 (qui prévoit un délai de prescription de trois mois). En 2014, déjà, une autre demande de citation directe (venant d’une autre association, appelée celle-là « Innocence en danger ») avait été rejetée. Tout s’était conclu par un classement sans suite.

« Les livres de Matzneff sont sortis il y a plus de trois mois », est obligée de reconnaître Mehana Mouhou, avocat de L’Ange Bleu. « Mais il a publié dans L’Express une lettre ouverte le 2 janvier dans laquelle il n’y a pas de déni, dans laquelle il présente sa relation avec Vanessa Springora comme un amour passionné. Cela suffit à caractériser les faits d’apologie de crime pédophile. »

II y a ici quelque chose d’assez extraordinaire. Un homme, Gabriel Matzneff, est attaqué par l’ensemble (pour ainsi dire) de la presse française et internationale (c’est le cas en Italie). Cet homme, dont j’ignore s’il est coupable de quelque chose mais dont je sais que la loi française lui garantit une présomption d’innocence, se défend au moyen d’un texte envoyé à un journal (L’Express). Mais c’est ce texte qui serait le prétexte à cette « citation directe ».

En d’autres termes, plus aucune personne se trouvant accusée par les « tribunaux médiatiques », ou par les meutes anonymes des « réseaux sociaux », ne pourrait se défendre de quoi que ce soit. Si quelqu’un garde le silence, l’opinion publique dira: « Vous voyez, il ne répond pas. Il se tait. Il est coupable. » Mais si ce même quelqu’un répond, il sera l’objet de « citations directes »… Kafkaïen, non?

Le 12 février 2020, la première audience – à supposer qu’elle ait lieu – devrait être consacrée à des questions de procédure. Un homme de 83 ans, seul, privé d’éditeurs, désormais lâché par la plupart de ses faux amis (souvent des écrivains, pour ne pas dire des écrivaillons, qui ont bâti leur petite carrière à l’ombre de Matzneff), serait attendu à un tribunal où l’on imagine déjà, dès l’aube, l’attente des journalistes, les reporters avec leur caméra sur l’épaule, les flashes des photographes, … et pourquoi pas des manifestants?

Tout cela se poursuivrait sans doute par un certain nombre d’autres audiences avant que ne soient abordées – si elles le sont jamais – les questions principales. En songeant que Gabriel Matzneff, qui a 83 ans, pourrait dit-on encourir une peine de cinq ans de prison (sans parler de 45.000 euros d’amende).

Je me demande combien de gens, dans la situation que doit affronter Gabriel Matzneff, ne se suicideraient pas.

Comment ne pas songer aussi à David Hamilton, dont le corps a été retrouvé encore agonisant, « suicidé » selon la version officielle – suicide qui a pourtant consenti à certains de ses propres accusateurs d’y « voir » un « aveu de culpabilité »…?

Dans Le Procès de Kafka,  le héros se réveille un matin et, pour une raison obscure, est arrêté et soumis aux rigueurs de la justice. Son cauchemar commence.  Et finit sous les coups d’un couteau de boucher. On connaît les derniers mots de K.: « Comme un chien, dit-il, comme si la honte dût lui survivre ».

De Joseph K., nul n’a jamais su le nom de famille.

Contrairement à « l’écrivain G. », voire « G.M. », dans Le consentement de Vanessa Springora.

 

***

Lire, par ailleurs: https://wp.me/p89w8Z-543

Publié dans David Hamilton

Quand David Hamilton bigarrait les jeunes filles à l’ombre des bigaradiers en fleurs

La bigarade est une variété d’orange amère utilisée en cuisine, en confiserie, en parfumerie (comme ici). Quant à bigarrer, c’est peindre en deux couleurs (préfixe bis, « deux fois », et moyen français garre « de deux couleurs »).

David Hamilton / Nina Ricci / parfum « Bigarade »

Publié dans David Hamilton

Roland Jaccard, une girouette? Non, un fidèle!

Voici deux critiques littéraires de Roland Jaccard, exhumées du temps lointain de ma jeunesse. En 1979, à Marly-le-Roi, je lisais en effet dans Le Monde les articles de… Gabriel Matzneff et de Roland Jaccard. Sans vraiment imaginer alors que beaucoup plus tard, à la fin des années 2010, Roland Jaccard préfacerait un de mes livres et en recenserait d’autres.

Chose encore plus étonnante, peut-être, un de ces articles est daté du 31 août 1979, jour qui fut d’une certaine façon le plus important de l’histoire d’amour que j’ai racontée dans mon roman Voyage en Arromanches.

On dit parfois que Roland Jaccard serait une « girouette », parce qu’il est passé du Monde à Causeur. C’est complètement faux.  Roland Jaccard n’a pas changé.

Voici deux de ses articles, l’un du 31 août 1979 (page 2) et l’autre – celui sur Tony Duvert – du 14 novembre 1980.

Lolita et ses amants / Roland Jaccard / « Le Monde »

« Lolita, adolescente ensorceleuse aux charmes équivoques et au regard canaille décrite par Nabokov, peinte par Balthus, photographiée par Hamilton et convoitée par la plupart des hommes » (Roland Jaccard, in Le Monde, 31 août 1979)

A lire

Roland Jaccard:

https://www.roland-jaccard.com/2016/04/20/la-difference-dage-scandale-ou-defi/

Un si joli article:

https://lecourrierplus.fr/les-dessous-chics/litterature/jaccard-le-grand-suisse/

Par ailleurs, voir le fonds Roland Jaccard :

https://ead.nb.admin.ch/html/jaccard_C.html

Roland Jaccard dans « Le service littéraire », avril 2018, n° 116. Au sujet de mon livre « David Hamilton suicidé, mais par qui?« 

Publié dans David Hamilton

Gabriel Matzneff : toute la meute hurle de joie. Hallali! Curée chaude!

« Toute la meute hurle de joie. Hallali! Curée chaude! » écrivait Georges  Clemenceau (1841-1929) dans Vers la réparation, paru en pleine Affaire Dreyfus, en  1899.

Ce blog ayant été le premier à prédire l’affaire Springora-Matzneff, nous ne sommes pas surpris par les nouvelles quotidiennes. Les éditions Gallimard, comme il était facile de le prévoir,  ont interrompu la commercialisation du journal de Gabriel Matzneff, qu’elles éditaient pourtant depuis 1990. Les exemplaires encore présents dans des librairies (le dernier volume, « L’Amante de l’Arsenal », était sorti en novembre 2019), vont être « rappelés ». Bref, jetés au pilon.

C’est à mon avis non seulement la première fois que Gallimard prend une telle décision (interdire unilatéralement à la vente l’un de ses propres auteurs), mais on a peu d’exemples d’une telle pratique dans les milieux de l’édition.

Plusieurs remarques s’imposent. En France (et dans toute l’Europe), les gens ne lisent plus. Les gens n’achètent plus de livres. J’en sais moi-même quelque chose ( https://wp.me/p89w8Z-543   )…

Il s’était très vraisemblablement vendu seulement quelques centaines d’exemplaires du dernier livre de Gabriel Matzneff, comme le confirme d’ailleurs l’éditeur. L’ultime volet de son Journal n’ayant tout au plus connu quelque succès, ces derniers jours, qu’à cause du parfum de scandale médiatique savamment entretenu par tous les habiles acteurs de l’opération de marketing littéraire actuellement en cours.

Plus de Gallimard pour Matzneff. Plus de chronique dans l’hebdomadaire Le Point pour Matzneff. Si j’étais lui, je ne compterais pas recevoir encore très longtemps l’aide publique (accordée à des auteurs vieillissants ayant de faibles revenus) qui lui est elle aussi contestée.  Enfin, le ministre de la Culture Franck Riester a également proposé de « réexaminer » les décorations dont est titulaire Gabriel Matzneff, nommé officier des Arts et Lettres en 1995 et chevalier de l’Ordre national du mérite en 1998. A sa place et à ce point, j’y renoncerais de moi-même.

En attendant, Roland Jaccard ( https://www.24heures.ch/culture/livres/Publieraiton-un-Gabriel-Matzneff-aujourd-hui-en-Suisse/story/17132805  ) comme moi-même avons dit et répété que les petits garçons ne sont pas notre tasse de thé, et ne nous intéressent pas. Nous avons dit et répété que le tourisme sexuel en Asie nous répugne.

Cela dit, on ne peut que s’étonner de cette atmosphère de chasse à l’homme menée contre un homme de 83 ans.

On entend à chaque instant, dans la presse, l’écho, on craint à chaque instant d’entendre l’hallali marquant la victoire imminente du chasseur sur l’animal poursuivi.

Et tant de mains qui battent… « Enfin, les censeurs en espérances battent des mains à un projet de loi qui leur promet des ouvrages à mettre au pilon » (Chateaubriand, Opinions sur la liberté de la  presse, 1818).

 

A relire: https://leblogderolandjaccard.com/2020/01/06/matzneff-pour-memoire/

Publié dans David Hamilton

Roland Jaccard défend Gabriel Matzneff et David Hamilton dans la presse suisse

 

Mon ami Roland Jaccard défend Gabriel Matzneff et David Hamilton dans la presse suisse.

https://www.24heures.ch/culture/livres/Publieraiton-un-Gabriel-Matzneff-aujourd-hui-en-Suisse/story/17132805

Extraits.

Pour trouver un avis divergeant, nous avons interrogé Roland Jaccard, écrivain et psychanalyste lausannois habitant à Paris, qui n’hésite pas à prendre la défense de son ami Gabriel Matzneff sur son blog et les réseaux sociaux. «Il faut publier Matzneff comme Ramadan. Je ne vois pas au nom de quoi un éditeur, si le texte est bon, devrait refuser un texte sur un prétexte moral. Personnellement, j’ai préfacé un ouvrage d’Otto Weininger, qui est violemment antisémite et misogyne, bien que je ne partage pas ses vues et que je sois juif moi-même. Et non, je n’aime pas les petits garçons et trouve Gabriel Matzneff minable quand il décrit son tourisme sexuel aux Philippines, mais j’estime que c’est un bon écrivain, tout comme Tony Duvert»

 

(…)

«La loi change constamment et n’est pas la même partout, relativise Roland Jaccard: à Tokyo, la majorité sexuelle est à 13 ans, en Suisse à 16, en France à 15. Et puis, toute relation avec un mineur ne produit pas un traumatisme. Moi-même, j’ai été violé à 12 ans par une fille de 20 ans, et j’en ai tiré un certain plaisir.»
Le fait que certains enfants violés s’en sortent sans trop de séquelles justifie-t-il de publier des textes incitant des pédophiles à passer à l’acte? Ici, Roland Jaccard louvoie. «Je ne pense pas qu’un livre ou qu’un jeu vidéo causent un certain comportement», affirme-t-il d’abord, avant de souligner que le récit de Flavie Flament dénonçant le viol qu’elle a subi à 13 ans par le célèbre photographe David Hamilton avait poussé ce dernier au suicide.

 

(…)

«Je suis pour une liberté d’expression totale. Par contre, j’aimerais que les actes soient plus sévèrement punis dans la vie quotidienne. Je suis d’ailleurs étonné du laxisme judiciaire dont Gabriel Matzneff a bénéficié. Mais je sais qu’en son temps, il gardait sur lui une lettre de François Mitterrand qui donnait l’ordre à la police de le laisser tranquille.»

Roland Jaccard, cet éternel jeune homme

Propos de Roland Jaccard, cités dans la presse suisse:

https://www.24heures.ch/culture/livres/Publieraiton-un-Gabriel-Matzneff-aujourd-hui-en-Suisse/story/17132805

A LIRE AUSSI :

http://www.1-epok-formidable.fr/archives/13895

Et sur le blog de Roland Jaccard : https://leblogderolandjaccard.com/2020/01/06/matzneff-pour-memoire/

Rappel: https://leblogderolandjaccard.com/2019/10/21/olivier-mathieu-un-gladiateur-face-a-la-mort/

Publié dans David Hamilton

Le chef-d’oeuvre springorien en tête des ventes sur Amazon, juste derrière un calendrier aimanté à poser sur son réfrigérateur (la presse)

Quelle curieuse époque…

« Le Consentement » (Grasset), le bouquin de Vanessa Springora, est paraît-il « un très grand succès de librairie » et même, lit-on dans la presse, « en tête des ventes de livres sur le site d’Amazon, juste derrière un organiseur familial et un calendrier aimantés à poser sur son réfrigérateur ».

Nouveau motif de « scandale », toujours selon la presse, les ventes des livres de Matzneff iraient mieux, sur les sites de vente. Ainsi « L’Amante de l’Arsenal » (Gallimard), le dernier volume en date de son journal intime sorti en novembre 2019, se classerait au 3485e rang (imaginez un peu!) des « meilleures ventes de livres » sur le site d’Amazon.

La presse est terrorisée: « Si cette tendance se poursuit, Gabriel Matzneff va mieux vendre le 15e volume de son journal que le 14e volume, qui avait péniblement atteint les 1000 exemplaires vendus ».

On voit la dangerosité (je plaisante) d’un auteur qui vend ses livres à moins de mille exemplaires et dont un ouvrage se situe au 3485e rang des « meilleures ventes de livres » sur le site d’Amazon. Ventes entre particuliers et qui, par conséquent, ne rapportent rien à l’auteur.

Le livre « Les moins de seize ans », introuvable, se classerait même depuis quelques jours parmi les trois cents ouvrages numériques les plus vendus dans la boutique Kindle d’Amazon France. Résultat? Ecoutez bien…

Amazon a décidé de le retirer de son site.
« Il s’agit d’une initiative d’Amazon de le retirer du site », aurait déclaré la direction. Il y a ici de l’extraordinaire. Nous vivons donc désormais dans une société où une entreprise comme Amazon prend unilatéralement le droit de retirer un livre qui n’est… pas interdit à la vente! Bref, une société où Amazon se substitue à toute éventuelle décision de justice.

Le livre « Les moins de seize ans » (première édition publiée en 1974 chez Fayard, dans une collection alors dirigée par Jacques Chancel), je l’ai souvent dit, ne me convainc pas quand il parle de petits garçons. Je le répète.

Ce qui me convainc encore moins, c’est l’interdiction de livres, y compris des livres dont je ne partage pas tout ou partie de ce qui y est dit.

Comment Amazon (ou des entreprises de ce genre) peuvent-elles interdire des livres, c’est-à-dire interdire à leurs propres clients, à des citoyens de pays démocratiques de mettre en vente des ouvrages qui n’ont jamais été visés par une interdiction de la part de la justice?

Matzneff est – sous les yeux de tous – la cible d’une campagne de presse, Matzneff est désigné comme « prédateur » ou « ogre » par Vanessa Springora et ces termes sont repris par pratiquement toute la presse unanime, Matzneff est privé d’aide publique, Matzneff ne collabore plus au Point, une enquête a été ouverte contre lui au-delà des délais de prescription, ses livres (qui ne se vendaient déjà plus depuis longtemps) sont interdits même sur les sites de vente par correspondance entre particuliers (comme Amazon), sa photo et pour ainsi dire son adresse sont dans tous les journaux (il ne manque qu’à y ajouter le sinistre mot « Wanted »), la Ville de Paris va peut-être contester son logement, on va peut-être lui retirer ses décorations, ou pourquoi pas ses prix littéraires (et, en tout cas, il y a ou il y aura des demandes en ce sens).

La question est: est-ce la justice qui rend encore la justice, en France?

Ou alors est-ce que ce sont des livres qui disent le droit? Des livres (parfois présentés comme « romans ») où l’on entend la version d’une accusatrice, version qui semble considérée comme « vérité révélée » et dogme intangible.

David Hamilton, à 83 ans, a mal fini.

Et que se passerait-il si, un jour ou l’autre, des « justiciers » décidaient de s’en prendre à un vieillard?

Publié dans David Hamilton

Amour, émotion, sentiments, grands perdants de toujours!

Dans le débat actuel au sujet de la « pédophilie », Michel Onfray vient de prendre position, notamment, contre Alain Finkielkraut. Aucun de ces deux personnages, qui se disent et que la presse dit philosophes, n’étant ma tasse de thé, je suis d’autant plus à l’aise pour en parler. Voici la conclusion de l’article d’Onfray.

https://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/du-bon-usage-de-la-pedophilie?mode=video

 J’ai déjà dit – et je répète ici – que le « tourisme sexuel » à la recherche de petits garçons me semble quelque chose de triste, de médiocre, parce que c’est aussi quelque chose d’indigne de toute quête de séduction. Tout pareillement, la sexualité avec des enfants (qu’ils aient trois, six, neuf ou douze ans) est quelque chose qui, pour moi, est et demeure strictement inconcevable.

Je ne parle donc ici (chose logique dans un blog consacré à David Hamilton) que de jeunes filles. Et les mots que je déteste le plus sont: « il faut » et « il ne faut pas ». La chose est due, probablement, à mon éducation. Je trouve ridicule que, dans les années 1970 (ou à quelque autre moment que ce soit), certains aient dit: « Désirez-vous connaître l’intensité des passions impossibles? Éprenez vous d’un(e) enfant. » (Au coin de la rue, l’aventure, éditions Le Seuil, 1979, p. 91).

Ce qui me choque est, entre autres, l’emploi du mode impératif. A mon avis, on ne s’éprend pas à la commande. On ne s’éprend pas en poursuivant un but. En cherchant un résultat. Il est assez vain d’ordonner, de conseiller, de recommander de tomber amoureux – par principe – de personnes âgées de moins de seize ans. Il est assez vain aussi d’ordonner, de conseiller, de recommander (comme aujourd’hui), toujours par principe, de tomber amoureux de personnes âgées de plus de seize ans.

Je suis partisan quant à moi de la liberté de tomber amoureux de ce que je veux et de qui je veux : un chien, un coucher de soleil, un poème, un livre, une jeune fille. D’abord, on tombe amoureux sans forcément savoir la date de naissance d’une personne. Ensuite, il y a eu certainement dans les années 1970 – et toujours – des tas de gens qui sont tombés amoureux de jeunes filles, ou de jeunes filles qui sont tombées amoureuses d’hommes plus âgés, sans qu’il y ait jamais rien eu de physique, de sexuel, entre eux. On ne peut pas interdire aux gens de tomber amoureux.

Songeons au merveilleux sonnet d’Arvers:

« Mon âme a son secret, ma vie a son mystère :
Un amour éternel en un moment conçu.
Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.
Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.
Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas ;
À l’austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle :
« Quelle est donc cette femme ? » et ne comprendra pas. »

La loi peut vous interdire de coucher avec une fille de quinze ans (tiens! le poète Thomas Stearns Eliot, qui conseillait de ne jamais coucher avec sa muse, aurait été d’accord). Peut-elle en revanche vous interdire de tomber amoureux – peut-être secrètement – d’une fille de quinze ans?

Tony Duvert, n’en déplaise à qui que ce soit, était quelqu’un qui savait écrire. C’était même un grand écrivain. Oui, il savait tenir une plume, et comment! L’affirmer, et je l’affirme, ce n’est pas non plus cautionner tout ce qu’il disait. L’erreur de Finkielkraut et de Bruckner était de conseiller à leurs lecteurs de suivre l’exemple, dans la vie, de Duvert.

Cela reviendrait un peu à dire, dans les musées, aux gens qui admirent des toiles du Caravage: « Devenez des assassins ». Or, j’aime Le Caravage sans être un assassin et je trouve que Duvert écrivait remarquablement bien, sans avoir envie de l’imiter dans ce qui était ses goûts, et pas les miens.

Le grand problème de l’humain a toujours été, et est  la grégarité. C’est le souci de normer et de normaliser. Il est stupide, à mes yeux, d’imposer quelque norme que ce soit, qui serait valable pour tous. Une relation avec une jeune fille de « moins de seize ans » n’est pas à proposer  comme normepas plus dans un sens que dans l’autre.

Ma conclusion est simple: il eût été souhaitable que les inventeurs de normes évitassent d’entrer dans le domaine de l’amour, de l’émotion et du sentiment – quand toutefois c’était d’amour, d’émotion et de sentiment qu’il s’agissait.

Laissons les écrivains écrire, laissons les photographes photographier, laissons les amours naître. Laissons à chacun ses goûts. Que la justice juge les hommes, mais que l’on épargne les oeuvres.

Que s’est-il passé, concrètement, en 1968? Les gauchistes, contrairement à ce que l’on croit, sont presque tous passés à droite. Ils ont gagné.

Les revendications de l’homosexualité masculine, elles aussi, ont été amplement satisfaites. Songeons par exemple qu’il a fallu attendre le 17 mai 1990 afin que l’Organisation Mondiale de la santé (OMS) retire l’homosexualité de la « Classification internationale des maladies ». Aujourd’hui, en 2019, alors que les mariages hétérosexuels battent de l’aile, ces mêmes homosexuels ont réclamé (et obtenu) le droit de se marier entre eux.

Songeons que – sauf erreur de notre part – la loi du 20 septembre 1792 permettait le mariage (avec autorisation parentale) à partir de 13 ans pour les filles (et 15 ans pour les garçons).  Dans le Code civil de 1804, le mariage (toujours avec autorisation parentale) était autorisé à partir de 15 ans pour les filles (et 18 ans pour les garçons).  Plus près de nous, la loi du 21 juin 1907 fixait majorité matrimoniale à 21 ans. La loi du 5 juillet 1974 avait ramené la majorité matrimoniale à 18 ans. Depuis 2005, le mariage entre 15 et 18 ans pour les filles n’est plus autorisé en France. Globalement, on peut donc dire que l’âge légal du mariage pour les filles a tendance à augmenter, notamment par rapport à il y a deux ou trois siècles.

Curieux spectacle que celui de la société d’aujourd’hui, où ce sont d’ex-gauchistes passés à droite qui défendent, en tout cas en matière morale, le peu qui reste de liberté en France.

Tout s’est retourné. Inversion totale des valeurs.

Les grands perdants dans tout cela sont les écrivains et les artistes qui, plus que de droite ou de gauche, étaient et sont d’en haut (ainsi que le fut David Hamilton). Les grands perdants sont ceux qui n’ont jamais réussi à se reconnaître dans les morales successives, dans les moralismes successifs du bétail de la gauche ou des troupeaux de la droite.

Les grands perdants s’appellent beauté, vérité, amour, émotion, sentiment. Comme toujours. Comme depuis que l’humanité est humanité.

Les grandes perdantes s’appellent littérature et amours belles.

 

 

Publié dans David Hamilton

Un homme de 45 ans, une jeune fille de 16? Grands Dieux, qu’attend la mairie de Paris pour débaptiser le square Restif de la Bretonne (cinquième arrondissement)?

Restif de la Bretonne ayant écrit un ouvrage fameux racontant les amours d’un homme de quarante-cinq ans (à l’époque, un « vieux ») et d’une jeune fille de seize ans, on va sans doute débaptiser le square Restif de la Bretonne (75 005 Paris) ?

Publié dans David Hamilton

Nostalgie des années 1970

Il y a des livres qui n’existent sans doute qu’accompagnés des articles de critique littéraire – de vraie critique, de grande critique – qui les ont salués.

En ce temps-là, où la critique littéraire ne se résumait pas à recopier la « quatrième de couverture » des ouvrages, où il était encore permis aux écrivains souvent critiques d’écrire, et aux critiques écrivains de dire ce qu’ils en pensaient, Roland Jaccard publia cet article spirituel et talentueux sur le livre Les moins de seize ans de Gabriel Matzneff.

C’était une époque où existait encore le second degré.

Aussi bien dans l’essai de Matzneff que dans l’article (datant de décembre 1974: il y a bientôt un demi-siècle!) de Roland Jaccard.

Publié dans David Hamilton

Un reportage de David Hamilton en 2002

David Hamilton a effectué en 2002, pour Nina Ricci, ce reportage photographique qui a donné lieu à la naissance d’un catalogue bilingue (français et anglais) pour la collection d’été – dimensions: 27 x 27 cm. Pour la petite histoire, le reportage a été effectué sur la plage à Cape Town (Afrique du Sud).

Parmi d’autres, ces illustrations.

David Hamilton en 2002 (de dos), sur la plage de Cape Town, en Afrique du Sud. Catalogue Nina Ricci, 2002, collection d’été.

Catalogue Nina Ricci, 2002, collection d’été, photo David Hamilton

Catalogue Nina Ricci, 2002, collection d’été, photo David Hamilton

Catalogue Nina Ricci, 2002, collection d’été, photo David Hamilton

Catalogue Nina Ricci, 2002, collection d’été, photo David Hamilton

Catalogue Nina Ricci, 2002, collection d’été, photo David Hamilton

Publié dans David Hamilton

Quand David Hamilton trouvait chaussure François Villon à son pied

 

François Villon est (avec Baudelaire, Toulet, Mallarmé…) l’un de mes poètes favoris. C’est d’ailleurs à ce même Villon que j’ai emprunté le titre de mes mémoires, Je crie à toutes filles mercis (2018), ouvrage de 532 pages recensé par Roland Jaccard dans le mensuel parisien Le service littéraire (n° 126).

« Je crie à toutes filles mercis »… Un livre appétissant!

« François Villon » a aussi été, dans les années 1970, une… marque de chaussures, même si je n’ai jamais très bien compris ce lien entre Villon et des chaussures.

Toujours est-il qu’en 1974, la marque de chaussures « François Villon » (qui faisait aussi parfois appel aux services de Jacques Bourboulon) a-t-elle demandé à David Hamilton une campagne publicitaire.

« … si Rogron trouvait chaussure à son pied parmi les héritières de Provins, ne valait-il pas mieux réserver toute leur fortune pour ses enfants? »

Honoré de Balzac, Pierrette, 1840

Campagne publicitaire pour les chaussures François Villon » 1974 par David Hamilton (slogan publicitaire: « des chaussures de rêve pour des filles de rêve »)

On notera que la photographie employée pour la campagne de publicité « François Villon » appartenait à une séance de photos d’où était déjà issue, en août 1976, cette autre image (voir plus bas).

Calendrier David Hamilton, mois d’août 1976. Séance photographique antérieure à 1974.

Publié dans David Hamilton

Affaire Matzneff: voulez-vous emprendre avec moi?

Petite histoire du mot « emprise », tant prisé par Vanessa Springora pour parler de Gabriel Matzneff.

Personnellement, je doute que – dans quelque couple que ce soit – l’emprise puisse jamais être à sens unique. Dans toute la littérature, les couples célèbres qui me viennent à l’esprit sont tous ceux d’une emprise réciproque.

N’est-ce pas de cela dont j’ai parlé, jadis, dans mon roman Une nuit d’été, quand j’évoquais la marquise de Merteuil (née, déjà, pour « venger » son sexe) et le vicomte de Valmont, héros des Liaisons dangereuses?  C’est même avant tout la marquise qui veut emprendre Valmont.

Qui est la victime dans Lolita? La nymphette Dolorès Haze… ou le nympholepte Humbert Humbert?

Roland Jaccard en parlait encore tout récemment: « Ce qui fascinait Nabokov dans ces filles à peine pubères qui se succédèrent sur les écrans, c’était – et c’est encore – leur côté démoniaque. Est-ce l’homme mûr qui est leur victime ou sont-elles la proie d’infâmes prédateurs ? Qui a séduit qui ? Je serais bien peine de répondre à cette question ». (Roland Jaccard, https://leblogderolandjaccard.com/2019/12/29/lolita-nest-pas-morte-dans-les-bras-de-m-le-maudit/ )

Qu’est-ce que l’emprise? Grammaticalement, c’est un participe passé, aujourd’hui substantivé, dérivant de l’ancien français emprendre.

L’emprise, à l’origine, est simplement une entreprise. Le verbe transitif emprendre,  forme archaïque du verbe entreprendre, est malgré tout encore attesté aujourd’hui, par exemple chez Paul Claudel.  L’emprise est une prouesse chevaleresque. Parlant de la Révolution, Ernest Renan mettait, en 1892, ce mot (emprise), déjà vieilli, entre guillemets: « Ce fut  une folle « emprise », à la façon des vœux chevaleresques du Moyen Âge » (Ernest Renan).

Laissons tomber le sens du mot « emprise » en droit, où une emprise de terrain est l’action de prendre par expropriation des terrains indispensables à l’exécution de travaux d’intérêt public.  Et par métonymie, une surface de terrain acquise par l’administration pour la construction d’un ouvrage.

L’emprise, encore en France pendant la première moitié du XXe siècle, est le pacte du serviteur d’amour vis-à-vis de sa Dame. Le sens est resté, en 2019, en italien: impresa amorosa.

Parler « d’emprise » morale est donc faire un emploi qui était encore considéré comme fautif par la presque totalité des grammaires et des dictionnaires de la première moitié du XXème siècle. Le sens somme toute très récent du mot « emprise » naît d’un croisement sémantique avec « empire », et « empreinte ».  L’emprise est alors l’ascendant intellectuel et moral, plus que physique, exercé par quelqu’un sur quelqu’un d’autre.

A noter que chez Paul Bourget (Nos actes nous suivent, 1926), cette emprise est réciproque entre l’homme et la jeune fille: « Ces pages venaient de le faire assister à l’emprise sur l’âme de la jeune fille d’une force réelle, évidente, agissante, et cette force agissait également sur son âme à lui ».

Une remarque élémentaire, pour conclure. Hier c’était Madame de Merteuil, ce modèle de vertu, qui mourait socialement. Aujourd’hui, les marquises de Merteuil se sont démocratisées, prolétarisées et multipliées. Mais malheur, toujours, à leurs anciens amants: ainsi, ce sont les derniers vicomtes de Valmont qui sont voués à la mort sociale.

David Hamilton en a su quelque chose.

 

Publié dans David Hamilton

Jeunes filles et roses de David Hamilton

Photographies de David Hamilton, plus exactement cartes postales (éditions Agep, Marseille), années 1970. Plusieurs datent des tournages de films comme « Bilitis » ou « Tendres cousines ».

Photographie de David Hamilton, plus exactement carte postale (éditions Agep, Marseille), années 1970. FILM BILITIS.

Photographie de David Hamilton, plus exactement carte postale (éditions Agep, Marseille), années 1970

Photographie de David Hamilton, plus exactement carte postale (éditions Agep, Marseille), années 1970. Film « Bilitis ».

Photographie de David Hamilton, plus exactement carte postale (éditions Agep, Marseille), années 1970

Photographie de David Hamilton, plus exactement carte postale (éditions Agep, Marseille), années 1970. « La rosée » (titre donné par David Hamilton)

Photographie de David Hamilton, plus exactement carte postale (éditions Agep, Marseille), années 1970. Film « Tendres cousines », d’après Pascal Lainé.

Photographie de David Hamilton, plus exactement carte postale (éditions Agep, Marseille), années 1970. « Confidences » (titre donné par David Hamilton)

Photographie de David Hamilton, plus exactement carte postale (éditions Agep, Marseille), années 1970. « L’ombre fraîche » (titre donné par David Hamilton)

Photographie de David Hamilton, plus exactement carte postale (éditions Agep, Marseille), années 1970

Photographie de David Hamilton, plus exactement carte postale (éditions Agep, Marseille), années 1970

 

 

Publié dans David Hamilton

Quand David Hamilton illustrait ou inspirait les porte-jarretelles, guêpières, corsets, soutiens-gorge des jeunes filles qui succombaient

David Hamilton a réalisé, sauf erreur de notre part au milieu et à la fin des années 1970, plusieurs campagnes publicitaires pour la fameuse marque de lingerie féminine Valisère, entreprise  jadis fondée par une famille Perrin à Grenoble (dans l’Isère : d’où son nom), et qui employait souvent (porte-jarretelles, guêpières, corsets, soutiens-gorge) des produits alors nouveaux : fils de rayonne acétate, nylon, tergal, Lycra.

Consultez par exemple à ce sujet: https://fr.wikipedia.org/wiki/Valisère

« Succombez! »

Un slogan très souvent lié aux campagnes publicitaires de David Hamilton pour Valisère était: succombez.

Voici, parmi tant d’autres, quatre affiches David Hamilton / Valisère.

Campagne publicitaire Valisère par David Hamilton. Milieu et fin des années 1970.
Slogan publicitaire, « Valisère à fleur de peau »

Campagne publicitaire Valisère par David Hamilton. Milieu et fin des années 1970.
Slogan publicitaire, à l’impératif: succombez!

Campagne publicitaire Valisère par David Hamilton. Milieu et fin des années 1970.
Slogan publicitaire, à l’impératif: succombez!

 

Affiche publicitaire Valisère par David Hamilton. Milieu et fin des années 1970.
Cette photographie, prise à Ramatuelle, est antérieure à 1978.

 

Encore à l’été de 2013, donc il y a moins de sept ans, une autre entreprise de lingerie déclarait s’inspirer de David Hamilton:

http://www.lebloglingerie.com/2013/03/lingerie-ljt-printemps-ete-2013/

Publié dans David Hamilton

Juste au moment où j’allais postuler à une allocation pour écrivain pauvre!

BARRETT, WILSON (William Henry, 1846–1904), « La mort de Chatterton »

Le Centre national du livre (en abrégé, CNL) vient paraît-il de « recommander » à M. Franck Riester, actuel ministre de la Culture, « de supprimer l’allocation annuelle dont bénéficie l’écrivain Gabriel Matzneff« , sous prétexte que celui-ci fait l’objet d’une enquête pour « viols sur mineurs ». J’ignore ce qui se passera si, d’aventure, Gabriel Matzneff n’est pas condamné à quoi que ce soit, voire s’il n’est même pas inculpé, comme dans l’Affaire du Coral où TOUTES  les personnalités publiques accusées avaient été innocentées  et où Jean-Claude Krief, l’accusateur, avait rétracté une bonne partie de ses accusations dès novembre 1982 (cf. à ce sujet Gabriel Matzneff, Mes amours décomposés : journal 1983-1984, Gallimard, 1990, page 78).

En l’absence de condamnation voire d’inculpation, la logique voudrait donc que cette allocation soit restituée à Gabriel Matzneff?

Si l’information s’avère, en tout cas, M. Vincent Monadé aurait adressé cette « recommandation » quelques jours après la parution du livre de Vanessa Springora, Le Consentement.

Gabriel Matzneff, selon la presse, percevrait cette allocation depuis 2002. Il s’agit  d’une « aide sociale » accordée à des auteurs vieillissants et qui jouissent de faibles revenus. Pour la précision, il y aurait quinze bénéficiaires (âgés entre 72 et 96 ans). Ils toucheraient, en moyenne, 8000 euros par an. Gabriel Matzneff aurait perçu un total de 160 000 €, à en croire le Journal du Dimanche.

J’ai aussitôt dressé l’oreille. Etant moi-même un auteur vieillissant et, suite à des événements aussi récents que douloureux, risquant de me retrouver rapidement sous les ponts, 8000 euros par an seraient déjà mieux que rien. Je me serais même contenté, très modestement, de 6000.

Las! Si le CNL ne demande point que l’allocation en question soit retirée aux quatorze écrivains encore concernés, en revanche on me dit que ladite allocation est « fermée à toute nouvelle demande », et disparaîtra d’elle-même.

Remarquez, il y a une logique là-dedans: dans un monde sans écrivains, pourquoi y aurait-il encore des allocations pour les écrivains?

C’est infiniment dommage, car j’allais postuler.

Il ne me reste plus qu’à espérer – ceci est très sérieux, malheureusement – que se manifestent, le plus vite possible d’ailleurs, des mécènes amants de la littérature, après avoir lu ceci: https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2019/12/21/on-cherche-mecene-misanthrope/

Publié dans David Hamilton

Gabriel Matzneff: veut-on ramener la littérature à l’ordre moral?

Le 21 décembre 2019, juste avant que la presse ne commence à publier de premiers extraits du livre « Le consentement » de Vanessa Springora, Gabriel Matzneff avait fait publier sur You Tube un entretien vidéo de plus d’une heure, comme pour esquisser une défense.

Que les très importants et très éminents journalistes du Royaume de France ne m’en veuillent point, mais tout un chacun peut constater sur Internet que le premier article consacré à cette « affaire Springora », le premier par ordre chronologique, le premier dans l’absolu, a été publié par mes soins sur le blog « En défense de David Hamilton » dès le 30 octobre 2019.

Je répète, je mets au défi qui que ce soit de trouver, sur Internet, au sujet de l’affaire Springora-Matzneff, un article antérieur à celui-ci:

https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2019/10/30/apres-laffaire-david-hamilton-le-lynchage-mediatique-de-lecrivain-g-est-il-imminent/

Pourtant, était-il vraiment très difficile de savoir – ou de deviner – qu’un jour ou l’autre, un livre d’une ex de Gabriel Matzneff serait publié? Vanessa Springora n’affirme-t-elle pas avoir écrit, depuis des années, des « dizaines de versions » de ses accusations?

De même, Roland Jaccard écrivait hier (c’est nous qui soulignons, en caractères gras):

« En ouvrant au hasard mon livre : Journal d’un homme perdu (paru en 1995 aux éditions Zulma et aujourd’hui épuisé), je tombe sur ce passage datant du 13 octobre 1985 où j’évoque un déjeuner avec Gabriel Matzneff. (…) Autre sujet de conversation : quand nos « ex » vont-elles nous prendre pour cibles dans leurs livres ? Nous avons aujourd’hui la réponse : Linda Lê ne m’a pas raté dans Solo (elle était la plus redoutable et la plus douée selon Gabriel) et Vanessa Springora n’a pas démérité non plus ». ( https://leblogderolandjaccard.com/2020/01/03/matzneff-le-droit-au-deshonneur/ )

Résumons, encore une fois. Une dame, Vanessa Springora, née semble-t-il en 1972 et donc aujourd’hui âgée de 47 ans,  dénonce dans Le consentement  « l’emprise » qu’aurait eue sur elle l’écrivain Gabriel Matzneff quand elle avait de quatorze à seize ans.

Mais en vérité, l’affaire est plus compliquée que cela. Vous pensez qu’il y a dans cette histoire deux personnages, Vanessa et Gabriel? Vous vous trompez, à mon avis. En vérité, ce sont deux oeuvres littéraires qui s’opposent, deux conceptions – très éloignées l’une de l’autre – de la littérature. Car Gabriel Matzneff non plus  n’a pas manqué de s’inspirer de Vanessa dans plusieurs de ses livres.

On a donc deux récits. Parole contre parole. Et comme toujours en amour, les années ayant passé, elle et lui ne semblent pas du tout avoir vécu la même histoire. Gabriel continue à parler de grand amour, Vanessa l’accuse de tous les maux de la terre.

On a ici, en vérité, non pas deux mais quatre personnes: 1 Vanessa Springora adolescente, 2 Vanessa Springora femme, 3 Gabriel Matzneff jeune (il atteignait, au moment des faits, au terme de sa quarantaine), 4 Gabriel Matzneff aujourd’hui âgé de 83 ans. Qui croire, des quatre?…

La loi est claire et, pour la loi, Gabriel Matzneff était coupable. Cela dit, il y a prescription de l’action publique. La prescription, pour qui l’ignorerait (ou ferait semblant), est le mode d’extinction de l’action publique par l’écoulement, à partir du jour de la commission d’une infraction, d’un délai fixé par la loi.

S’il y a prescription, alors la justice ne peut plus juger Gabriel Matzneff. S’il est exact que le Parquet de Paris ait ouvert une enquête préliminaire, de quoi s’agit-il ici, si la chose n’aboutit à rien d’autre qu’à aider les ventes du bouquin de Vanessa Springora?

L’unique question reste, alors, de se demander si l’on veut ainsi, à travers Matzneff, interdire demain à tout écrivain d’écrire une nouvelle Lolita.  Veut-on ramener la littérature sur les rails d’une normalisation morale? A ce compte-là, c’est toute la littérature – comme je l’ai déjà dit, dans d’autres articles de ce blog – qu’il faudrait jeter aux bûchers.

Interdire les livres de Matzneff, est-ce là une solution? Interdire des livres peut-il jamais être une solution? Ceux qui réclament une telle interdiction, à supposer qu’ils aient jamais lu une ligne de cet auteur, savent-ils les difficultés quasi insolubles qu’il y avait, depuis très longtemps, à mettre la main sur ses romans et ses essais?

Et puis, quand un ministère de la Culture semble tant et tant préoccupé par la façon de jeter sur le trottoir un écrivain paraît-il désargenté de 83 ans, ne peut-on pas ressentir un malaise? J’ignore si Gabriel Matzneff est réellement fauché, ou – c’est ce que je lui souhaite – s’il a assuré ses arrières sous des cieux plus cléments. Mais il est indéniablement âgé. Voire en mauvaise santé.

Matzneff a écrit des choses que je ne partage en aucun cas, notamment au sujet du tourisme sexuel et des petits garçons. Cependant, est-ce que la liberté d’écrire, la liberté de romancer, la liberté d’inventer et de se vanter doit être interdite? Faut-il normer la littérature? Faut-il uniformiser et les êtres, et les romans?

Voilà la question. Tout ceci dans un pays où, s’il est encore permis de le dire, le président de la République a rencontré fort jeune sa future épouse. J’ignore s’il était sous « emprise », pour reprendre le terme springorien, springorique ou (comment faut-il dire?) springoreux?

Publié dans David Hamilton

« Die Geschichte der Laura M. » (NFP, Neues Film-Programm, années 1980)

Bibliographie.

Journal de langue allemande « Neues Film-Programm », numéro 7621 (du mois de décembre 1990?)

Format 16, 5 x 24 cm, quatre pages.

 

Journal de langue allemande « Neues Film-Programm », numéro 7621 du mois de décembre 1980. Format 16, 5 x 24 cm, quatre pages.
COUVERTURE.
Dawn Dunlap (de dos) et une statue.

Journal de langue allemande « Neues Film-Programm », numéro 7621 du mois de décembre 1980. Format 16, 5 x 24 cm, quatre pages;
PAGES 2 ET 3

Journal de langue allemande « Neues Film-Programm », numéro 7621 du mois de décembre 1980. Format 16, 5 x 24 cm, quatre pages.
PAGE 4

Film « Laura les ombres de l’été » de David Hamilton, 1979, avec l’actrice américaine Dawn Dunlap. Titre allemand du film: « Die Geschichte der Laura M.« 

Maud Adams et Dawn Dunlap, 1979

Affiche allemande du film

Disque du film, musique Patrick Juvet, éditions Barclay

J’ai consacré à Dawn Dunlap un livre, Le portrait de Dawn Dunlap.

Publié dans David Hamilton

Quand la chevelure de Dawn Dunlap, auréolée de lumière, incendiait les coeurs

« L’une des deux jeunes filles était très blonde. On la surnomma Phœbus, à cause de ses cheveux qui lui mettaient une auréole, et elle incendia les cœurs ».

Edouard Estaunié, L’Empreinte, roman, 1896.

*

Livre « LE PORTRAIT DE DAWN DUNLAP » (2017)

 

« Laura ou les ombres de l’été avec Dawn Dunlap actrice à laquelle Olivier Mathieu a rendu un bel hommage dans Le Portrait de Dawn Dunlap« .

(Roland Jaccard, dans Causeur d’Elisabeth Lévy, Février 2018)

Voir: https://www.causeur.fr/david-hamilton-flavie-flament-philosophie-149372

*

Dawn Dunlap vers 1983 (19 ans)

 

Publié dans David Hamilton

« Meine Karriere beruht darauf, daß ich die Träume und Phantasien, die insgeheim in jedem von uns blühen, im Bilden umsetze ». David Hamilton.

DAWN DUNLAP – Laura les ombres de l’été – 1979 – David Hamilton

« Meine Karriere beruht darauf, daß ich die Träume und Phantasien, die insgeheim in jedem von uns blühen, im Bilden umsetze ».

David Hamilton.

 

« Ma carrière est basée sur le fait que je change en images les rêves et les fantasmes qui fleurissent secrètement en chacun de nous ».

David Hamilton.

Dawn Dunlap / David Hamilton

Publié dans David Hamilton

Le professeur Mangelberger, Roland Jaccard et Gabriel Matzneff

Professeur Mangelberger, vous nous manquez!

Fils d’Alfred Samuel Jaccard – qui fut diplomate – Roland Jaccard (qui ne l’est pas toujours, diplomate, par bonheur) s’établit à Paris à la fin des années 1960. Auparavant critique de cinéma pour le quotidien (socialiste) suisse Le Peuple, il était ensuite devenu – en ces temps antédiluviens – responsable de la rubrique « Psychanalyse » et critique littéraire au Monde (de 1969 à 2001) puis, c’était en 1975, directeur de la collection « Perspectives critiques » (avec Paul Audi) aux Presses Universitaires de France.

Son oeuvre est éclectique et consistante. Auteur en 1975 de L’Exil intérieur, d’un essai sur la folie et sur Sigmund Freud (Que sais-je?, 1979, 1983), d’un ouvrage fondamental sur Louise Brooks (Louise Brooks. Portrait d’une anti-star), on lui doit encore (citons en vrac) L’enquête de Wittgenstein (1998), Retour à Vienne (2007), Lou, autobiographie fictive de Lou Andreas-Salomé (1982), L’Homme élégant (2002).

Roland Jaccard

Roland Jaccard est aussi un fameux diariste puisqu’il a commencé à s’adonner à ce vice – je plaisante – celui de l’égotisme, dès l’âge de douze ans. Ce disciple et continuateur d’Henri-Frédéric Amiel a donc publié L’Âme est un vaste pays (1983), L’Ombre d’une frange (1987), Journal d’un homme perdu (1995) ou Journal d’un oisif (2002), pour ne citer que les tomes les plus fameux de son journal intime.

Longtemps auteur de « haïkus visuels » sur YouTube (avant censure), où il entretenait souvent son public des aventures, mésaventures et pensées du « professeur Mangelberger » (Mangelberger étant le nom de jeune fille de Cécile, sa mère), tel est l’artiste qui a bien voulu préfacer, en 2017, mon livre C’est David Hamilton qu’on assassine.

A signaler ce soir que Roland Jaccard vient de publier, sur son blog, un article savoureux consacré à Matzneff, le droit au déshonneur: https://leblogderolandjaccard.com/2020/01/03/matzneff-le-droit-au-deshonneur/

*

A relire: https://www.sergesafranediteur.fr/les-derniers-jours-dhenri-frederic-amiel-roland-jaccard-en-librairie-le-13-septembre-2018/

Et sur ce blog : https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2018/09/12/roland-jaccard-et-henri-frederic-amiel-a-travers-le-temps-une-touchante-consubstantialite-des-ames/

Publié dans David Hamilton

2020: Le Commissaire se lance dans l’analyse de textes

Note préliminaire: « Le commissaire est bon enfant », comédie en un acte de Georges Courteline et Jules Lévy, fut représentée pour la première fois le 16 décembre 1899 à Paris.

*

Les « analystes littéraires » de la justice française sont extrêmement rapides, et cela, même au sortir des festivités de fin d’année. Que l’on y songe: M. le procureur de la République de Paris a annoncé dans un communiqué, rendu public le vendredi 3 janvier, l’ouverture d’une enquête pour viol sur mineur à l’encontre de Gabriel Matzneff, suite à la lecture d’un livre sorti la veille (2 janvier) en librairie. De deux choses l’une: ou bien les autorités lisent et analysent les livres avec une étonnante et louable rapidité, ou bien elles étaient en possession de l’ouvrage de Vanessa Springora depuis plusieurs jours ou semaines.

« Après avoir analysé l’ouvrage “Le consentement”, paru le 2 janvier, le parquet de Paris a ouvert ce jour une enquête du chef de viols commis sur la personne d’un mineur de 15 ans au préjudice, notamment, de Vanessa Springora », a donc écrit le procureur Rémy Heitz.

Il a donc suffi d’un récit (présenté, rappelons-le, comme autobiographique) signé par Vanessa Springora. Même si cette dernière a indiqué (dans un entretien accordé au Parisien) qu’elle « n’envisageait pas de porter plainte ». Mais voilà, le parquet de Paris s’est saisi de l’affaire dans le cadre de ce que l’on appelle une « enquête d’initiative ».

« Au-delà des faits décrits par Vanessa Springora dans son livre, les investigations, confiées à l’Office central de répression des violences faites aux personnes (OCRVP), s’attacheront à identifier toutes autres victimes éventuelles ayant pu subir des infractions de même nature sur le territoire national ou à l’étranger », poursuit le communiqué.

Du point de vue de la justice, cette enquête s’impose. Nul n’a jamais pensé à dire, en effet, qu’un écrivain serait au-dessus des lois. On peut s’étonner de sa lenteur. On est même curieux de voir si d’autres « victimes éventuelles » (guillemets citatifs, cf.  le communiqué de M. le procureur), d’autres dames viennent se plaindre d’avoir été séduites (au temps lointain de leur adolescence) par Gabriel Matzneff. Par ailleurs, sur ce blog, nous avons toujours manifesté notre incompréhension totale à l’égard de ce « tourisme sexuel avec de jeunes garçons en Asie », que les journaux reprochent, à longueur de colonnes, à Matzneff.

Il n’est pas difficile de comprendre qu’il ne peut pas y avoir de procès si les faits sont prescrits. Alors, à quoi bon une telle enquête, demandera-t-on, destinée à être classée? Probablement parce que, selon certaines sources, le parquet (ici, celui de Paris) pourrait « proposer une rencontre » entre la victime (présumée) et son agresseur (présumé). Et cela, pour obtenir des paroles ou des lettres d’excuses. De la Repentance.

En revanche, du point de vue de la littérature, nous sommes de ceux qui continuent et continueront à manifester de l’inquiétude à l’égard d’une société où l’on peut être visé pour une enquête pour des faits anciens et présumés, et surtout pour des récits littéraires. Est-il interdit à un écrivain ou à un humoriste, par exemple, de raconter dans un roman (et pourquoi pas, dans un journal intime) qu’il mange de la chair humaine chaque matin? Ou qu’il arrache leurs cabas aux petites vieilles à la sortie des supermarchés? Le cannibalisme est interdit, et nul ici ne songe non plus à faire l’apologie de l’arrachage de leurs sacs aux dames âgées. Mais le raconter est-il un crime? En d’autres termes, si Gabriel Matzneff a bafoué une ou des lois, et si les choses qu’on lui reproche ne sont pas prescrites, il se pourrait qu’il en réponde. Fort bien. Mais on ose espérer qu’il réponde de ce qu’il a réellement fait. Pas de ce qu’il a pu raconter, inventer, romancer.

Conclusion? Gabriel Matzneff – dont, à mon avis, les livres se vendent fort peu, et cela depuis très longtemps – a sa photo partout dans la presse, des accusations horribles ont été portées contre lui (et lui font une publicité dont il se serait sans doute aisément passé), les allocations dont il bénéficiait (en France) vont très probablement être supprimées. Ses rares amis vont sans doute l’abandonner, plus ou moins rapidement, plus ou moins ouvertement.

La présomption d’innocence de Gabriel Matzneff, elle aussi, est ou risque d’être réduite à une peau de chagrin. Comme cela avait déjà été le cas en ce qui concerne le pauvre David Hamilton (qui, lui et contrairement à Matzneff, n’a jamais déclaré se livrer au tourisme sexuel et/ou séduire de petits garçons).

Que restera-t-il, demain, de l’amour? Au début des années 1980, les amants ont commencé à se réclamer l’un à l’autre un certificat de séronégativité au SIDA. Dorénavant, il est en outre vivement recommandé de demander leur carte d’identité (pour vérifier leur date de naissance) aux jeunes femmes. Si j’étais cinéaste – ce que je ne suis pas – je me ferais accompagner en permanence (on n’est jamais trop prudent), lors d’un tournage, par de nombreux huissiers. Nous vivons une époque où n’importe quelle femme peut, si j’ai bien compris, reprocher à l’un de ses anciens amants, parfois trente ou quarante ans après, « l’emprise » qu’il avait sur elle. Comme s’il y avait amour sans emprise. Il y a pas mal d’hommes qui, de ce fait, autrefois, avaient recours aux prostituées. Mais  la prostitution est vilipendée, interdite et éradiquée. Et vu que, pour finir, les « progrès » (?) de la science font que les femmes n’ont plus vraiment besoin des hommes pour enfanter, « l’avenir de l’homme » (comme disait Aragon) me semble assez tristounet. Est-ce vraiment la femme, l’avenir de l’homme? Ne serait-ce pas, plutôt, son passé? L’avenir de l’homme, alors, est de devenir quoi? Euh…

A voir ce qu’il reste, aujourd’hui, de la littérature, qu’en restera-t-il demain?

Publié dans David Hamilton

David Hamilton, Gabriel Matzneff et le chaudron des sorcières

D’un long texte de Gabriel Matzneff publié par L’Express, j’extrais ces quelques lignes, où est cité David Hamilton:

« Un livre dont le but est de me précipiter dans le chaudron maudit où ces derniers temps furent jetés le photographe Hamilton, les cinéastes Woody Allen et Roman Polanski ».

( https://www.lexpress.fr/culture/livre/gabriel-matzneff-ce-livre-je-ne-le-lirai-pas_2113239.html )

Le chaudron maudit, supposé-je, est un terme emprunté au domaine de la sorcellerie, le chaudron où bouillent les philtres des sorcières.

Je ne suis pas certain que  la défense, ici, soit très efficace.

En effet, « le photographe Hamilton » (pourquoi n’a-t-il pas droit, contrairement à Polanski et à Allen, à son prénom?) n’a reconnu aucun viol et n’a jamais été condamné à quoi que ce soit.

Sans vouloir jeter la pierre à qui que ce soit, on ne peut éviter de noter que Roman Polanski, lui, a reconnu les faits et que, par ailleurs, il a effectué quarante-deux jours de prison. Enfin, il a fort probablement réglé des dommages et intérêts à Samanta Geimer.

L’Affaire David Hamilton et l’Affaire Polanski ne sont donc pas exactement la même chose.

De même que l’Affaire Hamilton n’est pas l’Affaire Matzneff. David Hamilton n’ayant jamais dit ou écrit qu’il serait allé en Thaïlande, ou ailleurs, pour y rencontrer des petits garçons.

Il m’a toujours semblé triste que n’existe pas, entre toutes les sorcières victimes de la chasse qui leur est faite, une vraie solidarité. Mais que – tout au contraire – le chaudron mâchure la poêle. Expression proverbiale.

Je ne connais qu’un seul écrivain qui ait vraiment défendu et David Hamilton, et Gabriel Matzneff, et Roman Polanski, et les autres, mais en rendant à chacun ce qui lui appartenait. C’est l’ami Roland Jaccard.

Lisez ou relisez: https://leblogderolandjaccard.com/2017/11/03/harvey-weinstein-pig-ou-paria/

Publié dans David Hamilton