David Hamilton: contre toutes les censures


AFFAIRE DAVID HAMILTON : CONTRE TOUTES LES CENSURES !

L’affaire David Hamilton est réellement emblématique. Elle l’est même tellement que je songe, en accord avec mon éditeur, de lui consacrer un livre. Ce sera probablement fait en temps utile. Naturellement, ce sera un livre publié par une petite maison d’édition et, probablement, personne n’en parlera. Peu importe. Je l’écrirai pour moi, ou pour défendre la mémoire et l’oeuvre de David Hamilton.

Je voudrais déjà tirer quelques conclusions.

*

Un présentateur de télé, Thierry Ardisson, a donc demandé à Mme Flavie Flament – une autre présentateur de télé – si elle « l’autorisait » à dénoncer comme violeur et pédophile un homme de 83 ans, David Hamilton, qui n’avait pas été invité sur le plateau.

Etrange conception, on en conviendra, du « débat ». Coup monté. Il est évident, il devrait l’être, que tout était prémédité : évidemment, Flament allait « autoriser » Ardisson à révéler le nom de David Hamilton, puisque le livre de Mme Flament est illustré par une photo que l’on dit prise par David Hamilton. Et puisque, sans la notoriété de David Hamilton et le scandale d’une accustaion de « pédophilie », personne ou presque n’en aurait jamais parlé.

Il existe des lois, en France. Notamment des lois sur la prescription. Madame Flament attend trente ans, et la sortie et le promotion de son bouquin, pour accuser David Hamilton.

Supposons même que celui-ci soit coupable des accusations portées contre lui : de toute façon, juridiquement, aucune plainte ne pouvait plus être déposée contre lui.

A partir de là, qu’est-ce qui autorise Thierry Ardisson à se substituer à la Justice ? Qu’est-ce qui autorise un journaliste, surtout, à insulter – en termes ignobles – un homme de 83 ans qui n’est pas là? Qu’est-ce qui autorise Mme Flament et M. Thierry Ardisson, et avec eux la chaîne de télévision qui diffuse en différé cette émission, à se substituer à la Justice ? Qu’en pense le CSA ?

Que vont en penser les Français ? Que vont en penser les parents d’enfants ? Est-ce que c’est un tel exemple de Justice, un tel exemple de « politesse » que l’on veut donner à la jeunesse française de 2016 ? Est-ce que l’on s’étonnera par exemple si, demain, l’émulation conduit des écoliers à s’adresser à leurs professeurs en leur disant : « enculé »?

Cela veut-il dire que, demain, n’importe qui pourra accuser de « viol » (ou d’un autre délit) n’importe qui, et le faire insulter par ses copains journalistes ?

Est-il exagéré de parler de déni des règles du Droit, et de lynchage médiatique ? Très peu de journalistes ou d’intellectuels ont eu le courage de le dire. Il y a eu un article sur « Boulevard Voltaire ». Un autre dans « Causeur ». C’est à peu près tout.

*

Il existe des pédophiles, des gens qui ont admis publiquement leur pédophilie, des gens qui ont évoqué à la télévision et devant des millions de téléspectateurs leur pédophilie. Une pédophilie qui prenait pour victimes des petits garçons, en général. Ils ont conservé beaucoup d’amis. Ils ont occupé des postes importants. Ils sont invités à la télé.

Quelqu’un veut-il m’expliquer pourquoi des gens (dont certains ont été condamnés par la Justice, ou sont recherchés par la Justice), qui sont et se vantent d’être des pédophiles de petits garçons, seraient plus «respectables » que David Hamilton, lequel n’a jamais été condamné et a toujours nié les accusations de pédophilie portées contre lui (il a encore nié avant sa mort, par exemple, les accusations de Mme Flament)?

De quoi aurait été coupable David Hamilton ? De faire des photos de jeunes filles ?

*

De quoi aurait été coupable David Hamilton ? Que reproche-t-on à David Hamilton ?

Quoi lui aurait manqué si on le compare à Woody Allen, à DSK, à Daniel Cohn-Bendit, à Roman Polanski et tant d’autres ? De n’avoir plus d’argent ? De ne pas avoir de bons avocats ? De ne pas avoir de soutiens dans la « grande famille » des artistes (ou présumés artistes) et des journalistes contemporains ?

De quoi aurait été coupable David Hamilton ? De ne pas appartenir aux lobbies qui comptent, aux lobbies qui ont du poids ? De ne pas avoir des mœurs, des opinions, des goûts comme il faut ?

D’être un VRAI artiste ?

*

Voilà un homme – David Hamilton – qui a peut-être été poussé directement ou indirectement au suicide (à supposer qu’il s’agisse d’un suicide).

Voilà un homme qui, après sa mort, ne trouvera plus d’éditeurs. Voilà un homme insulté de son vivant (par exemple par Thierry Ardisson) puis – après sa mort – par tant et tant de journalistes.

Voilà un homme dont on va vouer l’oeuvre aux autodafés, si cela continue !

Des journalistes qui n’hésitent pas, par la même occasion, à insulter ou à jeter la suspicion sur ceux qui ont apprécié (ou apprécient) l’oeuvre de David Hamilton.

C’est une époque que l’on enterre.

C’est l’époque où par exemple Serge Lama, à la télévision française, chantait la chanson Chez moi en posant sa main sur le bras de le très jeune Eléonore Klarwein, « Méfie-toi des jeunes amants » (c’est sur You Tube). Aujourd’hui, cela serait-il encore possible ? Non, je ne crois pas.

Alors, de quoi David Hamilton serait-il responsable ? D’avoir vécu trop longtemps ? D’avoir survécu aux années 1970 ?

Veut-on le rendre rétroactivement coupable d’avoir fait des photos de jeunes filles dans les années 1970, à l’époque où cela ne choquait absolument personne ? Veut-on rendre « coupables », en somme, tous les artistes, les cinéastes, les chanteurs des années (entre autres) 1970 ?

Tant qu’on y est, veut-on condamner Nabokov ? Ou re-condamner « Lolita » de Nabokov, comme ce fut le cas lors de la sortie du roman en France ?…

Veut-on aller vers l’ordre moral ? Et quel ordre moral ?

Tant qu’on y est, veut-on condamner Auguste Renoir, Degas, Balthus et mille autres peintres? Veut-on condamner le Caravage parce que c’était un assassin ? Veut-on condamner Picasso parce qu’il avait eu deux enfants d’une jeune femme qui avait quarante ans de moins que lui ?

Les « modèles » de notre époque doivent-ils obligatoirement être (qui l’établit?) Marine le Pen ou Alain Finkielkraut, Woody Allen ou Roman Polanski, Daniel Cohn-Bendit ou Gabriel Matzneff, DSK ou Frédéric Mitterrand ?…

David Hamilton est donc un bouc émissaire ?

Les parents des jeunes filles autorisaient David Hamilton à photographier leurs filles. Beaucoup d’entre elles devaient rêver d’être photographiées par lui. Beaucoup ont été découvertes par lui. Aucune, semble-t-il, ne lui en a gardé la moindre reconnaissance !?

Combien de filles a-t-il draguées ? Je n’en sais rien. Combien de filles l’ont-elles dragué ? Je n’en sais rien non plus.

Ces jeunes filles avaient des parents, je suppose. Il existait une Justice en France, je suppose. Ce n’est pas à moi de me substituer aux parents de ces jeunes filles, ou à la Justice d’il y a quarante ans.

Personne n’a jamais entendu parler, que je sache, de plaintes déposées contre David Hamilton dans les années 1970. Robbe-Grillet (entre autres grands noms) accordait toute sa considération à David Hamilton. Veut-on brûler aussi Robbe-Grillet ?!

*

En attendant, à l’heure où je publie cet article sur mon petit blog, je ne peux que constater l’indifférence totale, y compris celle de beaucoup de mes propres amis. Aucune curiosité !

David Hamilton est mort depuis plus d’une semaine mais – même si l’on vit officiellement à l’époque de l’hyperinformation – on n’a aucune nouvelle de ses obsèques. Donc, ou bien le cadavre reste à disposition des enquêteurs et le permis d’inhumer n’a pas été accordé, ou alors ses proches ont organisé des obsèques ou une crémation dans le plus grand anonymat. Comme si David Hamilton était un criminel ou un terroriste. Même quand il s’est agi de Mohamed Merah, on a su où et quand ce denier était enterré !

David Hamilton est mort depuis plus d’une semaine mais – même si l’on vit officiellement à l’époque de l’hyperinformation – personne (ou presque) ne semble relever qu’il existe des crimes déguisés en suicide et qu’il reste des points obscurs, très obscurs, dans le récit médiatique fait du dernier soir de David Hamilton.

Je le répète, un homme – qui, depuis fin octobre 2016, craignait pour sa vie après les accusations portées contre lui – a été retrouvé avec un sac de plastique sur la tête, avec la porte ouverte, et l’on ne sait toujours pas par qui son corps a été retrouvé, ou dans quelles circonstances exactes !

*

L’air du temps est totalement empuanti !

A l’époque de « Bilitis », les réacs se scandalisaient parce que c’était une histoire de lesbiennes. Aujourd’hui que le mariage homosexuel est autorisé, les réacs se scandalisent et je ne vois aucune association de défense des droits des homosexuels (ou homosexuelles) pour rendre hommage à David Hamilton. Les anciens amis de David Hamilton ont disparu. Ou alors, il n’a jamais eu d’amis !?

On va donc, de plus en plus, vers une société et un monde où règne « l’inversion des valeurs » jadis désignée par Nietzsche. Un monde qui marche sur la tête.

Un monde qui, dans les faits, semble mettre sur le même plan un Dutroux et un David Hamilton.

Et qui les met sur le même plan alors que – c’est un point fondamental – David Hamilton n’a jamais été condamné, David Hamilton n’a jamais fait de déclarations télévisées publiques en faveur de la pédophilie, David Hamilton a toujours nié les accusations (tardives) portées contre lui, et surtout David Hamilton est l’auteur d’une œuvre artistique qui ne peut en aucun cas être résumée ou réduite à une « pédophilie » présumée (présumée par ses adversaires).

Que dans ses œuvres, littéraires ou photographiques, certains affirment déceler de la « pédophilie », ne regarde qu’eux. C’est une question infiniment subjective.

Pour ma part, je lis François Villon même s’il était assassin, je lis Proust sans me scandaliser du fait qu’il ait été homosexuel, je lis Baudelaire sans me préoccuper qu’il ait fréquenté les prostituées.

Pour ma part, je ne vois rien de « répréhensible » dans l’oeuvre de David Hamilton. J’y vois beaucoup de talent, beaucoup de beauté, beaucoup de poésie. Certaines de ses photographies me plaisaient moins. On ne peut pas aimer toutes les photographies d’un photographe. Mais il y a, dans son œuvre, des centaines de photographies absolument immortelles.

Si David Hamilton était « pédophile », alors l’histoire de la peinture, de la sculpture, de la littérature en Europe depuis trois mille ans est pleine de « pédophiles ».

Veut-on brûler les musées, détruire les statues ?

Où est exactement la différence entre les thèses de l’Etat islamique (ou les thèses attribuées par la presse occidentale à l’Etat islamique) et le sort actuellement réservé à David Hamilton ?

Je ne connaissais pas personnellement David Hamilton, je ne sais pas ce qui s’est passé (s’il s’est passé quelque chose) entre lui et certaines jeunes filles qui posaient pour lui. Je n’étais pas présent. Tout comme n’étaient pas présents des milliers de gens qui, aujourd’hui, croient aveuglément aux affirmations (unilatérales) de Mme Flament.

C’est à la Justice de juger un homme, et de le juger de son vivant, en respectant les lois – y compris les lois sur la prescription.

Et c’est au public, aux spectateurs, aux autres artistes de juger l’oeuvre d’art de David Hamilton.

Et moi, voilà, c’est avant tout l’oeuvre d’art qui m’intéresse, chez les artistes. Les vrais.

De quoi était coupable David Hamilton aux yeux des bien-pensants ?

De s’être fait tout seul ? D’être un autodidacte ?

De faire des photos intemporelles, par exemple sans bouteilles de Coca-Cola ?

D’avoir fait des photos de modèles qui n’exhibaient pas le sourire uniforme, stéréotypé, grégaire de beaucoup – hélas ! – des modèles d’aujourd’hui ?

De s’être situé à l’écart du monde « officiel », du monde comme il faut, du monde politiquement correct que l’on appelle « le monde de l’art moderne » ?

D’avoir choisi ses modèles selon des critères esthétiques (des blondes aux yeux bleus, nordiques) qui ne plaisaient sans doute pas à tout le monde, mais qui étaient les siens ? A moins que l’on ne veuille – dans le monde de demain, et dès aujourd’hui – imposer aux photographes la couleur de la peau, des cheveux, des yeux de leurs modèles ?

D’avoir fait des déclarations plutôt anti-américaines ?

D’avoir officiellement dédaigné la laideur et la vulgarité du XXe et XXIe siècles ?

D’avoir souvent apporté, aux questions parfois obsessionnelles des journalistes, des réponses qui dénotaient culture et humour ?

*

Je ne voudrais pas que la littérature se résume, un jour, aux oeuvrettes de Thierry Ardisson ou de Mme Flament.

Et je laisse aux vrais réacs et aux faux progressistes le soin de haïr (ou d’abandonner) David Hamilton.

Par caractère et par tempérament, je n’ai jamais abandonné les hommes seuls, surtout quand ils sont âgés, trahis, et que tout le monde aime les détester.

*

A titre personnel, je dis et je dirai à la mémoire de David Hamilton : merci, maître, pour votre œuvre.

Vos jeunes filles, à moi, me rappelleront toujours l’époque de mes amours de jeunesse, la Renaissance italienne, et les plus belles jeunesses de l’Europe au Vingtième Siècle.

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