« David Hamilton et les mal baisés », article de Jean-Pierre Fleury, écrivain.

« David Hamilton et les mal baisés », article de Jean-Pierre Fleury, écrivain.

Voir le blog de Jean-Pierre Fleury: https://lequichotte.wordpress.com

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Les « bonnes âmes modernes et contemporaines » ont rangé ces dernières années les photographies de jeunes filles de David Hamilton au musée des horreurs infâmes sous l’étiquette « perversité » ou « pédophilie ».

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Curieuse histoire, mais aussi éclairante histoire sur l’évolution de notre société (et des mœurs), que celle de ce mot « pédophilie », plutôt récent en français : il est apparu au milieu du XIXe siècle, un demi-siècle après « pædophile » 1.

Ces deux noms sont demeurés pendant très longtemps d’un usage très rare et littéraire (ils sont absents du Littré et le Grand Dictionnaire Universel Larousse du XIXe siècle ne connaît que « pédophile » qui plus est, uniquement en tant qu’adjectif, en une définition très succincte : « du grec pais, paidos, enfant ; philos, ami » ; sans donner aucun exemple) jusqu’à ce qu’ils soient réutilisés à compter de ladite « Révolution sexuelle » des années soixante, soixante-dix, mais dans un sens détourné.

En effet, et je me répète ici, « pédophilie » veut dire étymologiquement « amour des enfants », comme « bibliophilie » veut dire « amour des (beaux, vieux, rares) livres ; un bibliophile est un collectionneur obsessionnel mais fort respectueux des livres.

Avec « -philie » du grec « philia », disposition ou affinité pour… ; comme on a « -phile » du grec « philos », ami, qui aime, qui a du goût pour…

« Philie » aussi bien amour pour la bonne chère que pour la bonne chair, qu’amour platonique, amour fou, amour de la peinture, amour filial ou maternel (cf. les deux termes anglais « to like » et « to love »).

C’est « pédérastie » (du grec « paiderastia ») qui a le sens d’amour sexuel, charnel, physique d’un adulte (très généralement mâle) pour de jeunes enfants ou adolescents (généralement mâles également).

Rappelons par ailleurs que la majorité sexuelle fut fixée à onze ans en 1832, puis à treize ans sous l’Empire et plus récemment à quinze ans en 1945.

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Du temps de ma jeunesse, où l’on ne tournait pas autour du pot des « bons » ou « mauvais » mots, mais où les mots avaient tout leur sens, ce que le commun des hommes (du moins en public ou dans les media) nomme aujourd’hui « pédophile » était appelé « pédéraste »2, y compris si c’était alors sous une forme abrégée (« pédé », « pèd ») ou autre (« pédoque », « pédale »).

Comme blaguait Coluche : « J’ai eu plusieurs aventures sexuelles. L’une avec un communiste, dont je tairai le nom, qu’on appelait « l’embrayage », parce que c’est la pédale de gauche. »

Remarque : aurait-il encore le droit de le dire, Coluche, en nos jours hypocrites de 2016 ?

Or, cet exemple montre qu’un glissement de sens s’était ici opéré. Le « pédé » (je passe sur d’autres mots plus crus) a remplacé le substantif « inverti » poli et vieilli (tandis que passait de mode l’expression « contre nature »), et est devenu le mot de tous les jours pour désigner l’homosexuel masculin. Ce qui fait preuve d’une certaine réalité sociale d’ailleurs, déjà inscrite anciennement dans la langue puisque Littré définit ainsi le mot « pédérastie » : vice contre nature, alors qu’il s’agit en fait très généralement d’un double vice contre nature ; si l’on peut dire. Mais on entre là dans un sujet sociologique.

« Pédé », équivalent féminin : « gouine » ; oui je sais, je suis vulgaire, mais dans le milieu populaire d’où je sors il n’y en avait pas d’autre, pas de « beau mot » pour le dire, pas de « lesbienne », de « saphique » ou de « tribade » (« terme qu’on évite d’employer », Littré). Au mieux usait-on d’une périphrase, comme on use encore d’une périphrase bien connue pour désigner le bisexuel, mot du langage politiquement correct très récent : « marcher à voile et à vapeur ». 3

Mais la vulgarité des mots est, comme pour les autres mots, quelque chose de fluctuant. Qui s’imagine dire une grossièreté lorsqu’il dit : Ô le bougre ! Ô la bougresse ! C’était pourtant l’injure suprême à l’encontre des homosexuels mâles ou femelles il y a quelques siècles. De même qui pense dire un mot à connotation sexuelle lorsqu’il dit : Quel con! ou Quelle conne ! Pourtant « cunnus » est le nom des parties intimes féminines en latin.

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Or, pour en revenir à « pédophilie », il faut savoir que ce mot n’avait pas – autrefois – de connotation sexuelle ou « coupable », péjorative ou injurieuse, tant est si bien que l’expression « paedophilia erotica », i.e. « pédophilie sexuelle »a été créée par un psychiatre autrichien, Richard von Krafft-Ebing, en 1896, pour définir une forme particulière de pédophilie. En fait un mot générique signifiant : avoir des rapports sexuels d’adulte à enfant ou adolescent. Plus général que « pédérastie » qui désignait avant tout la pédérastie homosexuelle masculine.

Mais, par flemme, par négligence, par ignorance ou par « tactique idéologique », ceux qui ont remis au goût du jour, disons après Soixante-huit, les mots « pédophile » et « pédophilie » en ont fait l’équivalent de « pédophile/philie sexuelle ».

Si bien que des années plus tard, ces mêmes « bonnes âmes modernes et contemporaines »ont fini par mettre sur le dos de notre artiste, dans la plus totale confusion intellectuelle, le terme de « pédophile » en son sens dérivé, déformé, inversé ; et quasi unique de nos jours où tout devient emmêlé dans un même magma informe : goût esthétique, amour idéel, amour charnel, attouchement, abus sexuel, viol, mauvais traitement, barbarie, assassinat.

C’est ce qui fit dire à David Hamilton, il y a plus de vingt ans déjà, que Dutroux avait fait beaucoup de mal à des gens comme lui.

Sans même imaginer une seule seconde que le monde esthétique de David Hamilton ne fut jamais, au grand jamais, le monde barbare de Dutroux.

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Et c’est justement ça aussi qui gênait les « bonnes âmes modernes et contemporaines » du genre de la « malade de notoriété » et, semble-t-il (d’après ce que l’on peut connaître du personnage et apprendre à droite et à gauche, de son entourage et d’elle-même en partie), de la déboussolée (j’essaye d’employer le terme le plus neutre possible et le moins sujet à polémique) Flavie Flament.

Je trouve que son parcours de vie et d’écrivain (et le contenu lui-même de ses deux vrais faux romans ou de ses deux faux vrais romans) est assez révélateur. J’en ai déjà parlé, je n’y reviens pas.

« L’artiste aux jolies photographies » est donc devenu comme par magie mystificatrice « le pédophile abject », « le satyre », « le pervers ». Devenu vieux, plus ou moins solitaire, « passé de mode », marginalisé, oublié des media, semble-t-il désargenté (et même escroqué par des galeristes), sans beaucoup d’appuis, il a donc fini « bourreau » (sic) de madame Flament.

Mais afin que madame Flament reçoive le prix de « son petit quart d’heure de célébrité » (David Hamilton dixit) et que monsieur Ardisson puisse justifier de l’ampleur de son courage et de l’immensité de son intelligence, qui furent à l’œuvre lors de son exhibition télévisuelle devant quelques millions de voyeurs et d’une claque imbécile à sa solde ; et plus encore, pour que les insultes s’ajustent au mieux aux désirs flamento-ardissonniens, ainsi qu’au plus près de « l’immondité » du personnage, puis de sa « lâcheté suicidaire » ad mortem, il était bien évidemment nécessaire et comme allant de soi qu’il reçût, sur le modèle de Socrate qui corrompait la jeunesse, son « juste et providentiel châtiment » : LA MORT PAR SUICIDE.

Et pour que l’on soit bien complet, on ne lui épargna pas même les obsèques clandestines ! Tel Molière en son temps enterré de nuit, puis désenterré pour être mis dans le quartier des non-baptisés, des hérétiques ou de ceux qui n’avaient pas reçus l’extrême-onction.

Abyssale décrépitude de notre société. Abyssale bêtise humaine. On est de moins en moins capable de raison et de mesure. Toujours dans l’excès d’un bord ou de l’autre, l’émotion la plus basse possible, les rumeurs, la manipulation des masses.

Enfin, car ce n’est pas encore fini, summum de l’obscurantisme puritain anglo-saxon, protestant et hypocrite, de la confusion mentale, de la couardise et de l’ignorance qui nous submergent, j’apprends qu’un site de vente bien connu sur Internet entendrait y refuser dorénavant la vente de photographies de David Hamilton. Alors même que des auteurs comme Sade sont en vente libre, David Hamilton en Enfer !

La société marche réellement à l’envers de la Raison. En tous domaines. À quand la censure des photographies des plafonds de la Chapelle Sixtine ? Ou vendues sous le manteau, comme les photos de Hamilton bientôt ?!

« Il y a de plus en plus de mal-baisés dans le monde » a dit un jour David Hamilton. Et ce sera ma conclusion.

Jean-Pierre Fleury, écrivain.

Notes :

1 – Ainsi orthographié à l’origine (fin du XVIIIe siècle) ; d’où les graphies anglaises « pædophile » que l’on rencontre encore en concurrence avec « pedophile » et dans « paedophiliac », « pédophilique ».

2 – Candyman, le monsieur aux bonbons, dit-on en anglais.

3 – L »anglicisme « gay » (probablement du français gai, fou) n’est que le cache-misère ou le cache-sexe de « l’homo ».

4 – (les dictionnaires) : Érotique, de Eros, le dieu grec de l’Amour ; vieilli, qui a rapport à l’amour ; qui a l’amour pour thème d’inspiration ; qui traite de l’amour ; usuel, qui se rattache à l’amour physique, qui est de nature sensuelle ou sexuelle ; qui provoque le désir amoureux ; qui a l’amour charnel pour thème, pour inspiration… etc.

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