David Hamilton: PETIT PENSE-BÊTE À L’USAGE DES MÉDIATEUX INCULTES ET SENSATIONNALISTES

TRIBUNE LIBRE

par Jean-Pierre Fleury, écrivain.

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PETIT PENSE-BÊTE À L’USAGE DES MÉDIATEUX INCULTES ET SENSATIONNALISTES

En guise d’introduction à un manuel de savoir-vivre-et-penser médiatique.

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Ce texte est un condensé, un résumé succinct d’une partie seulement du Programme Papageno, lui-même issu des onze recommandations issues de l’Organisation Mondiale de la Santé pour un traitement médiatique responsable (« responsable », inverse d' »irresponsable ») du suicide.

J’aurais aimé que les journalistes Flament et Ardisson en eussent connu l’essentiel. Mais qu’est-ce qu’on leur apprend dans les écoles de journalisme de nos jours ? D’ailleurs sont-ils même passés par une école de journalisme ? Où est l’heureux temps des journalistes de talent, d’investigation, ou des journalistes (réellement) écrivains ?

1 – Rédiger les gros titres avec attention. Dans le cas qui nous occupe l’exemple même du mauvais titre est (titre inventé mais tout à fait plausible ; il y en a eu d’autres du même genre) : Fin pitoyable d’Hamilton. Preuve de culpabilité ? Accusé par la journaliste Flavie Flament de l’avoir violée enfant, le photographe sulfureux mondialement connu s’asphyxie à l’aide d’un sac plastique.

D’une part parce que c’est bassement orienté, parce que ça recherche le sensationnel (acte publicitaire pour vendre), et enfin parce que tout simplement, il n’y a rien de mécanique dans un suicide qui est généralement dû à un faisceau de raisons, dont certaines voire toutes resteront éternellement ignorées de tous. Les raison du passage à l’acte sont toujours complexes.

D’ailleurs, on ne savait même pas au départ si c’était un suicide. Et au fait, j’aimerais connaître les conclusions précises des médecins légistes.

2 – Éviter tout registre de langage susceptible de « sensationnaliser » ou normaliser le suicide, et de le présenter comme une solution.

Les dits professionnels des media devraient être, pour le moins, censés connaître « le poids des mots et le choc des photos ». Et la prudence voudrait même que le mot « suicide » soit banni des gros titres, qu’il ne soit pas répété jusqu’à plus soif et qu’on lui substitue des expressions, des périphrases telles : se donner la mort, s’enlever/s’ôter la vie, mettre fin à ses jours…

Éviter bien évidemment (c’est le b-a-ba) toute expression péjorative. Avoir de la mesure et de l’empathie.

Le suicide est du domaine du malheur et bien évidemment pas du domaine de l' »aveu ».

Le suicide est du domaine de « je suis effondré et je me suis suicidé » mais bien évidemment pas de « je suis effondrée car le lâche n’a pas voulu affronter ma réalité ».

Ça, c’est du Flament plus ou moins dans le texte. Ce n’est pas du journalisme. C’est du « juge et parties ». C’est du néant journalistique.

3 – Éviter la mise en évidence et la répétition excessive des articles traitant des suicides. Dans le cas qui nous occupe, David Hamilton, on a été submergé de gros titres et d’articles répétitifs et d’une véritable promotion de Flament et de son bouquin. De la pub, de la réclame sur le dos d’un « mauvais » mort. Ce qui est proprement ignoble d’autant que ce fut invariablement dans les termes non journalistiques évoqués au point 2.

Et plus encore, que ceci fut précédé de rumeurs, d’insultes (sur les réseaux dits « sociaux »), de diffamation et de complicité de diffamation, d’incitation au suicide à la télévision. Le tout orchestré par les deux irresponsables et pseudo-journalistes Flament et Ardisson, et relayé par une très grande partie de la machine médiatique complice et criminelle.

4 – Éviter de donner des détails quand au lieu du suicide. Dans le cas qui nous occupe, de provoquer la vindicte populaire irréfléchie et donner en pâture et à la curée, non seulement le mort, mais les domiciles du mort et pour finir l’œuvre du mort.

5 – Faire preuve d’une attention particulière lorsque le suicide concerne une célébrité et – j’ajouterai personnellement – un bouc émissaire ou une victime expiatoire. En faire trop de publicité, tant bonne que mauvaise, induit nécessairement l’idée que le suicide puisse être une bonne solution pour le mort ou pour tout à chacun dans des circonstances similaires. Et dans le cas qui nous occupe, une bonne solution initiée par les media. Combien de commentaires de courageux anonymes d’Internet ai-je lu ? de tous ces minables dont je suis persuadé qu’ils ne connaissaient rien à Hamilton, et d’autant de frustrés de ceci ou de cela, du genre : il s’est suicidé, le salaud, le vieux libidineux ; c’est ce qu’il a eu de mieux à faire.

6 – Faire preuve de respect envers les morts, qui plus est envers les morts innocents, jamais condamnés à quoi que ce soit, ou « présumés innocents » comme on dit en terme de justice. Et faire preuve également de respect envers leur entourage et les personnes endeuillées. Et se dispenser d’insultes, de censure ou de menaces envers ceux qui osent (les mécréants) contester les dires, mauvaises méthodes et mauvaises pratiques des médiocres journaleux.

Être des exemples et non un ramassis d’égout.

Jean-Pierre Fleury, écrivain.

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