Qui lit notre blog nous écrit : voici un témoignage sur David Hamilton

Photo extraite de "Laura les ombres de l'été" de David HAMILTON (1979)

Photo extraite de « Laura les ombres de l’été » de David HAMILTON (1979)

Notre blog reçoit beaucoup de messages et de commentaires: nous en publions un tout petit nombre. Les autres (surtout quand ils sont inintéressants, voire anonymes ou injurieux) passent directement à la poubelle.

L’écrivain et éditeur Jean-Pierre Fleury et moi avons reçu le message qui suit, provenant d’une lectrice qui a connu les années 1960 et 1970 – celles, donc, du succès de David Hamilton.

Voilà un texte qui démontre combien de jeunes femmes et de femmes, à l’époque et encore aujourd’hui, ont apprécié et apprécient David Hamilton.

N’en déplaise à qui cherche le scandale pour se faire de la pub, et n’en déplaise aussi à beaucoup de « féministes » qui, à mes yeux du moins, sont aux femmes ce que les machos sont aux hommes.

Avec Jean-Pierre Fleury, nous avons décidé de publier ce texte (signé « Kate »), en tant qu’article à part entière, sur le blog « En défense de David Hamilton« .

Le voici.

Les textes éventuellement publiés sur le blog restent la propriété de leurs auteurs.

Plus loin: une très jolie photographie de Dawn Dunlap lisant… Søren Aabye Kierkegaard…

Photo extraite de "Laura les ombres de l'été" (1979, David Hamilton)

Photo extraite de « Laura les ombres de l’été » (1979, David Hamilton)

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Un témoignage envoyé à notre blog.

Enfant, je pouvais passer des heures à regarder une image qui me ravissait. Quand il fallait me résoudre à rejoindre la réalité, je ne cessais de partager la joie que j’avais ressentie à la vue d’une ballerine gracieuse, d’un profil délicatement dessiné, d’un homme au regard profond ou rieur, d’une petite fille aux longs cheveux parfaitement tressés…

Les adultes autour de moi s’amusaient de cette exaltation sans jamais se moquer. J’ai eu de la chance : ils semblaient trouver cela charmant et ils m’encourageaient à chercher toujours plus de belles choses à voir et à leur décrire.

L’année de mes quatorze ans, la beauté des visages, le mystère des chemins dans la brume, le travail des cours de danse, les coulisses en clair-obscur des salles de théâtres, la lumière des maisons de campagne me bouleversaient toujours aussi intensément. L’émerveillement ne s’était pas tari. Loin de là. Savoir que ces trésors existaient rendait le monde magique.

En été, alors que je passais des vacances chez ma grand-mère, je suis allée flâner en ville avec ma cousine. Le photographe avait mis un nouveau présentoir de cartes postales à l’extérieur de son magasin. Et quelles cartes postales ! Je n’en avais jamais vu de si belles. Elles étaient exactement ce que j’aimais de la beauté : délicates, pures, sensibles, elles invitaient aux rêves, à tous les rêves. Je crois me souvenir que la toute première que j’ai pu tenir entre mes mains s’intitulait In the barn. Deux amies aux robes légères semblaient se cacher dans une grange et guetter quelque chose au dehors. La lumière de cette image était indescriptible. Immédiatement après, mes yeux se posaient sur une danseuse assise, portant un tutu long et blanc et arrangeant le lacet de son chausson de pointes. Derrière elle, se tenait une autre danseuse dont on n’apercevait que le tutu bleu. Et puis, il y avait ces deux amies qui se faisaient des confidences, appuyées à une bicyclette, sur un chemin aux couleurs d’aurore. Et puis, encore une ballerine à la beauté si émouvante, concentrée sur la tenue de son pied, une fine mèche échappée de son chignon bas… Et tant d’autres ! Y compris la jeune fille à la robe rouge assise sur un ponton, les genoux repliés devant elle. Ma cousine m’a dit : « Mais c’est toi ! ». Oui, c’était moi qui aimais tant aller m’isoler près de la rivière pour attendre les libellules diaphanes. Chaque image m’attirait dans son rêve. Je n’avais jamais vu tant de beauté. Je voulais les posséder toutes !

Depuis ce moment de magie poétique, je n’ai eu de cesse de partir à la recherche de ces tableaux parfaits signés « David Hamilton ». David Hamilton : son nom-même était aérien, doux et élégant. Je chargeais ma cousine de m’acheter les nouvelles séries de cartes qui sortaient ; dès que je visitais une ville, je filais chez les photographes et les libraires pour trouver d’autres photographies que je ne connaissais pas encore ; je demandais en cadeau les livres Rêves de Jeunes Filles et La Danse… Ces œuvres magnifiques m’inspiraient et, surtout, me donnaient envie de me dépasser. Dans tous les domaines. Quand je jouais du piano, par exemple, je pensais à elles et tentais de transmettre la même émotion par la musique.

J’ai su que cette année-là, je décidais de ce que serait ma vie toute entière. Je ressentais tout si vivement ! J’étais à la fois adulte et enfant, je comprenais tout, je voulais tout apprendre, et tout ramener à l’univers fabuleux que David Hamilton nous permettait d’entrevoir. Quand je voyais des choses laides, je savais que moi, j’avais la clef d’un monde intemporel à la beauté absolue.

Plus tard, il y a eu Bilitis

Le Photographe avait réalisé un film où chaque plan était une splendeur. Patti d’Arbanville était sa Bilitis enchantée. Tout autant enchantée et enchanteresse que la musique de Francis Lai. Je me suis mise à lire tous les ouvrages de Pierre Louÿs qu’il m’était possible de trouver le plus souvent chez des bouquinistes. Archipel, Les Aventures du Roi Pausole, La Femme et le Pantin, Bilitis…Sa Bilitis à lui était brune. Ses poèmes, faussement antiques, me plongeaient dans un ravissement délicieux. Alors, j’ai décidé d’étudier le grec ! Et lorsque j’ai visité la Grèce, j’étais sur les traces de Bilitis. Le rêve continuait.

Je pensais que les critiques assassines dirigées contre le film étaient le fait de personnes insensibles qui avaient une idée préconçue de ce que doit être un « bon » film. Or, ce n’était pas cette lecture-là qu’il fallait faire. Il fallait emprunter un autre chemin : celui des rivages aux lumières diffuses, celui des arbres au pied desquels on se repose ou se confie, celui de son âme.

Quand Bilitis est sorti, il a été programmé au cinéma de la petite ville près de laquelle j’habitais. Il neigeait. Un ami projectionniste est venu me chercher en voiture. La route glissait. Il m’a amenée au cinéma où j’ai retrouvé une amie. Il avait organisé la séance rien que pour nous deux. Le cinéma était un théâtre à l’italienne. Sublime décor pour une sublime découverte.

Grâce à Bilitis, j’ai aussi découvert la partition de Debussy…

Je continuais à être animée par l’envie de me dépasser et de trouver la beauté. J’étudiais, j’écrivais, je photographiais aussi. Je me laissais surprendre par la fugacité d’un instant précieux où une personne vous dévoile, souvent à son insu, une expression si jolie… Mon désir n’était pas d’imiter le travail de David Hamilton comme de nombreux amateurs ont tenté de le faire lamentablement. Mon désir était de montrer des choses que les autres ne voyaient sûrement pas, y compris les modèles photographiés.

J’ai toujours suivi le parcours de David Hamilton. Je n’ai pas aimé tous ses portraits (mais la plupart, si !). Cependant, tous m’ont révélé leur auteur. Impossible de se tromper. Quand on vous parle de flou hamiltonien en vous montrant une photo d’un sujet à moitié dénudé pris à l’aide d’un filtre diffuseur ou autre, je suis dégoûtée. Il est impossible et impensable de se comparer à cet artiste à la perception si subtile qu’il nous montre bien davantage qu’une image. Il a la bonté de nous révéler son âme, de nous inviter à communiquer avec elle. Encore faut-il pouvoir comprendre son langage et son message. Encore faut-il ne plaquer aucune étiquette sur ce qui nous est donné à voir. Encore faut-il ne pas juger en fonction de ce que l’école et les médias ont incrusté dans nos esprits, ignorer les modes, entrer et respirer dans l’image.

« Kate ».

À suivre…

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