David Hamilton, aristocrate et philosophe.

David Hamilton, un jour, a prononcé une phrase qui eût mérité – parmi quelques autres – de passer à la postérité, s’il y avait eu toutefois une postérité capable de le comprendre et de l’apprécier. C’est une phrase empreinte d’une profonde philosophie.

« Le sourire, c’est bon pour les photos de vacances » (David Hamilton).

Autrefois, sur les photographies (ou même, avant l’invention de la photographie, dans les portraits des peintres) le sourire était pratiquement exclu.

Voulez-vous que je vous dise les choses comme elles sont? Voilà, je vous les dis: autrefois, personne n’avait envie de laisser, de soi, une gueule d’imbécile. En ce temps-là, les imbéciles essayaient que ça se voie moins, si vous préférez.

« Une photographie est un document très important et rien de tel pour la dégrader qu’un stupide sourire immortalisé devant la postérité ». Mark Twain.

« Le sourire est réservé aux dames et aux messieurs qui ne se soucient guère de paraître intelligents ». Charles Dickens.

Dans la peinture européenne, pendant des siècles, les aristocrates et les artistes – qui sont les aristocrates de la pensée – ne souriaient pratiquement jamais.

Il a fallu l’arrivée de la famille Eastman (l’inventeur de Kodak), puis le bombardement sous-culturel voulu par Hollywood et par les créateurs d’Hollywood, puis la technologie (qui a consenti à n’importe quel crétin, en mesure de s’acheter un appareil photo « digital », de se dire et de se croire « photographe »), pour que ça change.

Les plébéiens, désireux d’imiter peut-être la famille royale anglaise, peuvent donc se faire des selfie, la bouche béante. Bouches et regards de poissons.

Le sourire, en vérité, est surtout l’apanage de l’occidental, du petit blanc, du petit individu blanco-biblique nourri d’antidépresseurs, abreuvé de Caca Cola, rempli de sucre, entubé du matin au soir par les fables que racontent la pub, la grande presse et les petits débiles qui causent à la télé.

L’occidental, le petit blanc, le petit facho illettré se veut et se croit « heureux », heu-reux dans le meilleur des mondes possibles du petit bonheur et des derniers hommes.

L’occidental, le petit blanc ne sourit plus naturellement comme le font, je suppose, des tribus africaines ou amazoniennes qui ont encore l’immense bonheur de ne pas être complètement occidentalisées, américanisées et châtrées du cerveau.

David Hamilton, lui, n’était pas le premier Ardiçon venu.

Montherlant disait : « Se faire des amis est une obligation de commerçant. Se faire des ennemis est une occupation d’aristocrate ».

David Hamilton connaissait l’histoire de la peinture et de la photographie. Il connaissait l’âme humaine.

« Le sourire, c’est bon pour les photos de vacances« .

Il avait tout dit.

Merci, David Hamilton.

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Voir aussi:

https://lequichotte.wordpress.com/2017/01/03/david-hamilton-aristocrate-et-philosophe/

 

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