Ce qui est « avéré » par un non lieu, c’est le non lieu

Selon un journal de gossip, Mme Flavie Flament « dînait au restaurant avec son amoureux quand elle a appris la mort de David Hamilton ». Il existe en effet une possibilité, j’allais dire un risque: pendant quelques semaines ou quelques jours, la presse – ou une certaine presse – va  probablement nous faire connaître les faits et gestes de Mme Flavie Flament.

Je m’en étonne d’autant plus que – sans doute parce que je ne possède ni ne regarde la télévision – j’ignorais, jusqu’à il y a trois jours, l’existence même de Mme Flavie Flament.
“Une fois de plus », aurait déclaré Mme Flavie Flament citée par la presse, « cet homme avait trouvé le moyen de répondre aux accusations portées contre lui ; une fois de plus, il nous faisait porter le poids du silence. Nous ne pourrons jamais le regarder en face et obtenir réparation. Par sa mort il tente de faire peser le soupçon sur notre parole“, pour reprendre les propos de cette dame dans le JDD.

Les choses sont donc claires. Mme Flavie Flament – comme le sait toute la France – accuse le célèbre photographe britannique  de l’avoir violée au Cap d’Agde, en 1987, alors qu’elle avait 13 ans.

Il est assez inutile, je crois, de préciser que – comme toute personne raisonnable – je suis contre le viol. Y compris quand le viol est employé comme arme de guerre, ce à quoi l’on a pu assister par exemple lors de l’arrivée de l’Armée Rouge en Allemagne, à la fin de la seconde guerre mondiale. Des centaines de milliers de femmes allemandes – des civiles – furent violées et tuées. Tout viol est condamnable, on aimerait que tous les viols soient condamnés.

Cela dit avec la plus grande fermeté, on n’est sans doute pas obligé d’être d’accord avec Mme Flavie Flament quand elle appelle David Hamilton « cet homme« , ou quand elle dit à la presse : “Même si c’est dramatique, ça en dit long sur la lâcheté de cet homme qui a préféré fuir pour échapper à ses responsabilités. C’est une pitoyable révérence“.

En effet, les accusations portées par Mme Flavie Flament contre David Hamilton étaient bien dignes de susciter l’émotion, mais tout avocat pourra confirmer – c’est même une base du Droit des démocraties – que les accusations doivent être prouvées.

Or, pour des motifs que j’ignore, mais au sujet desquels il sera peut-être un jour possible de faire toute la lumière, les accusations de Mme Flament ont été lancées plus de trente ans après les faits présumés, et cela dans un livre probablement écrit mais en tout cas signé par ladite Mme Flament aux éditions Lattès.

Il y avait donc prescription, même dans le cas où les faits reprochés à David Hamilton eussent été avérés.

En effet, et par chance dans une démocratie, on ne condamne pas les gens à la suite d’accusations portées trente ans après les faits putatifs. C’est à cela que servent les procès, afin qu’il y ait un débat contradictoire et que les plaignants puissent apporter la démonstration des délits dont ils disent avoir été victimes.

A partir de là, j’entends dire que Mme Flavie Flament est présentatrice de télé, mais je n’ai encore lu nulle part qu’elle aspire au titre de philosophe. Même si, à notre époque, baucoup de gens se disent (pas forcément à raison) philosophes ou écrivains.

Or, pour décréter que le suicide d’un homme – de quelque homme que ce soit – est une « lâcheté », je crois qu’il faut une sagesse, une philosophie, une culture. Je ne crois pas que le suicide d’un homme soit comparable à celui d’un autre, et il existe dans l’histoire des suicides fameux qui sont cités comme exemples de courage (songeons à Socrate).

Qui peut donc dire que le suicide soit « courageux » ou « lâche », et qui peut dire si celui de David Hamilton est « lâche »?

Personnellement, je ne me permettrais pas de dire que le suicide de David Hamilton est une « lâcheté », parce que je n’étais pas présent sur les lieux, que je ne connaissais pas personnellement le photographe, et que je ne veux pas prendre la responsabilité de donner des étiquettes morales au suicide d’un vieil homme de 83 ans.

Si Mme Flament veut donner de telles étiquettes, libre à elle et grand bien lui fasse, naturellement.

Il en va de même quand Mme Flavie Flament déclare n’éprouver “aucune culpabilité“ concernant la mort de David Hamilton. Voilà peut-être, disons, peu de charité chrétienne.

“Il ne faudrait pas que la culpabilité change de camp : nous sommes les victimes! Cet homme nous a détruites“, a répété Mme Flament.

Renseignements pris, et si l’on exclut que Mme Flavie Falment emploie le puriel pontifcal (« nous »), il semble qu’elle se réfère à d’autres accusations portées contre David Hamilton.

D’autes accusations, car il semble en effet que l’on doive souhaite à David Hamilton, à titre posthume, que toutes ses anciennes modèles ne l’accusent pas de « viol ». Ce qui ferait beaucoup.

En tout cas, du moins pour qui connaît la loi et la respecte, il aurait fallu porter de telles accusations dans les délais prévus par la loi, avant la prescription. Ensuite, toute accusation aurait dû être ultérieurement  étayée par des témoignages, le cas échéant, par des certificats médicaux ou par tout autre moyen utile.

Ensuite, ce sont les tribunaux – et non les plaignants – qui décident, souverainement, qui sont (ou pas) les victimes.

Selon Mme Flavie Flament, les faits reprochés à David Hamilton couvriraient une période qui s’étendrait de 1967 à 2007.

“Nous sommes cinq femmes dont les viols sont avérés“, a-t-elle affirmé au JDD.

J’gnore si Mme Flament connaît le sens du mot « avérés« , mais aucun viol de David Hamilton, à ma connaissance, n’a été « avéré ».

Pour qu’un acte soit avéré, il faut qu’il y ait un procès et qu’un accusé soit reconnu coupable  après un éventuel procès d’appel et un recours en Cassation.

Les viols présumés reprochés à David Hamilton ne sont nullement « avérés » puisqu’ils ont eu lieu selon Mme Flament, mais que David Hamilton quant à lui les niait.

Ils ne sont donc « avérés », à cette heure, que pour Mme Flament.

Ce qui ne suffit évidemment pas à l’établissement de la vérité.

Ici, et toujours à ma connaissance, il n’y a pas même eu de procès de premer degré.

Selon Mme Flament, deux dames auraient déjà déposé des plaintes contre David Hamilton, « en 1997 et en 2008 ». J’ignore si c’est exact, mais il semble donc que la justice ait décidé de classer ces plaintes sans suite et de procéder au moyen d’un non lieu à poursuivre.

En tout état de cause, il serait bon, je crois, de garder raison. Dans une démocratie, par chance, c’est la justice qui devrait décider qui est coupable et qui est innocent.

Ce ne devrait pas être les journalistes. Or, dans cette affaire, on ne voudrait pas que David Hamilon se soit suicidé à 83 ans parce qu’il se sentait cloué au pilori par la presse, ou disons par une certaine presse.

On ne voudrait pas que les procès soient faits par les journaux, ou par les journalistes, dans une atmosphère de délations qui risqueraient de rappeler de sombres périodes de l’Histoire.

Avec la mort de David Hamilton, s’éteint aussi l’action civile.

Cela n’empêchera pas, naturellement, les uns et les autres de s’interroger sur les tenants et les aboutissants véritables de cette dramatique affaire.

C’est ce à quoi s’emploie ce blog, très modestement.

Car je ne crois pas qu’une plainte classée en non lieu soit le témoignage d’un viol » avéré ». Tout au plus, dans un non lieu, ce qui est avéré c’est le non lieu.

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A propos defensededavidhamilton

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