Danse macabre pour David Hamilton

 

https://lequichotte.wordpress.com/2017/04/02/sur-le-blog-en-defense-de-david-hamilton-48/

J’ai écrit (et publié) ce poème il y a plus de dix ans.

Illustrations de jeunes filles: David Hamilton.

*

Danse macabre des Coquillardes.

De la nuit et du hasard fées,

Jeunes filles de loin venues,

Peau lisse et parfum, les trophées

De qui les écrit toutes nues.

Photo de David Hamilton parue dans la presse anglaise, 1980.

Donc après Villon que je dise,

Mon frère des bas-fonds le barde,

Et jamais ne me contredise

Le grand coeur qu’ont les coquillardes.

Les yeux plissés, couleur des chats,

C’est joliesse en ses entrechats,

La coquillarde a les yeux doux,

Sait la fatigue des nuits blanches

Et la main glisse au rendez-vous

Que parfois l’on pose à ses hanches.

Coquillarde a la nuque fraîche

Dessous la herse des cheveux,

Robe légère et peau de pêche,

La fièvre douce de son feu,

Fièvre forte de son arôme,

Coquillarde a l’épaule à paume.

Coquillarde aux gestes d’enfance

Est plus touchante que bourgeoise,

Chose que je sus, que je pense

Ainsi Villon, dedans Pontoise.

Ne sachant d’où vient, où ira,

La Coquillarde est de passage,

Et David Hamilton mourra,

Et nul n’est trop sage, aux parages.

Robe soleil clair, brune ou sombre,

C’est joue à bouche et front à front,

C’est bouche à joue et face à face

Lorsqu’en arc quatre bras s’enlacent,

Le soleil qui embrasse l’ombre

Avant la Mort, seul vif affront.

Nymphe de D. Hamilton

C’est aux territoires du ban,

Reines d’une nuit coquillarde,

Que l’on voit parfois des enfants

Qui ont leur pauvre coeur en hardes.

La Coquillarde est bientôt gente,

Coquillarde aux doigts en étoile,

Doux est l’intérieur de ses antes,

Le ciel d’été est une toile.

David Hamilton

Voici que le vieux Coquillard

Mourrait ce soir pleines les paumes

Vu qu’il connaît encore l’art

D’être enfant magicien à pommes.

Coquillarde a rouges les joues,

Sait trop tristesses d’à genoux

Et elle a menu le genou,

Son oeil lance des étincelles,

Et du destin tourne la roue,

Naufragé-je, ou naufrage-t-elle,

Elle qui a peau lisse aux cuisses?

Carte postale David Hamilton.

Enfants d’entre la Seine et l’Oise,

Pourvu que tous, un jour, vous pûtes

Ainsi Villon, fuyant bourgeoises

Picorer de bisous des putes

Aux accents de mille latins,

Que les bourgeois disent catins.

Une carte postale de David Hamilton.

Mes amis, si j’eus des amis,

Ne médisez des Coquillardes

Que les bourgeois disent catins

Et s’évaporent au matin

Avec les yeux brillants, images

De l’hiver de mon dernier Age,

Ainsi corps que le plaisir cabre

D’amour joyeux, danses macabres

Aux mille accents de la Calabre,

Ni des lieux des bans de mes nuits,

Sous la toile, la Coquillarde

Rejoint ses soeurs, un peu hagarde

Et que le Diable vous en garde!

(Poème publié il y a une dizaine d’années)

« Laura les ombres de l’été » (1979)

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