« Impressions de Ramatuelle », par Jean-Pierre Fleury

RAMATUELLE – IMPRESSIONS.

– I –

En un bout de la terrasse. Photographie Jack Garofalo

(Paris Match n° 1427, 2 octobre 1976)

 

Un fauteuil en rotin, Madame à la terrasse,

Longiligne est assise, au regard si lointain

Que le vieux Lion baroque en pierre s’est éteint,

Livrant l’espace clos que le balustre harasse.

La nature au-dehors est plaquée invisible,

L’Homme se tient debout et, dans l’instant qui dort,

Tous deux ont oublié, près de la plante d’or,

Des restes ancestraux de heurts indivisibles.

 

– II –

La chambre d’hôte. Photographie originale de David Hamilton en noir et blanc.

(Décoration internationale n°92, juin-juillet-août 1986)

Sous les arcs en plein cintre et croisures de voûtes,

Va le jour étirant, par des aplats de peintre,

Sa limite livide où la dalle, en un vintre,

Conserve à ses entours tout un passé en croûtes.

Sur la pierre au solage, en marques d’héritage,

Errent les baisers fous de tant de pieds volages ;

C’est la vie à l’affût pour contrer ce qui fut

Barbarie et accrocs par tous les pieds griffus.

Au-dedans du mystère, en silence il se tend,

L’ermitage aux amants, le précieux monastère.

Un air sacré suspend (ô pics les plus austères !)

La mémoire affûtée aux souvenirs d’antan.

Note: vintre, moyen-français, geôlier ; du latin vinctor, celui qui réunit, qui lie, qui enchaîne.

 

– III –

Buste romain au coin de la chambre d’hôte.

Photo D.H.

L’as-tu vu le romain, sans main?

Sans avant-bras, sans romarin ?

Il ausculte et se fiche en niche,

Faisant, à tout passant, la niche.

Chaque pas, de l’une ou de l’un,

S’infléchit dans ses yeux d’alun.

Il a les cheveux de l’Homme

Et leur double Solitude, en somme.

C’est le gardien vivant dans sa fibre,

De l’ombre libre du temps qui vibre.

 

 

– IV –

« Poisson laqué de Kyoto, buste de jeune fille, élément du décor de

« Premiers désirs ». Photo D.H.

Vanité qui frémis,

Petite infante, où est ton corps, fût-il mort-né ?

Ta tête antique a le regard à questionner.

À eux, ta lippe dit : Pourquoi me modeler

Intangible frisette, et puis m’abandonner ?

– Instant joli d’éternité acidulé,

C’est pour mieux nous mener par le bout de ton nez.

 

– V –

« Au mur, dessin érotique de Danielle Monsarat

et moulage anonyme d’une jeune femme à sa toilette ».

Photo D.H.

La jeune femme a le bras qui appelle

La jambe, au mur, d’une autre belle.

Sa tête à chignon, qui naît pariétale,

Sur l’édredon bientôt s’étale.

La jeune femme a le cœur qui épelle

Les doigts au chœur des mirabelles.

Son corps d’abandon, un curieux pétale,

En un mignon bijou, s’installe.

Pince à cravate, et de chair de coupelle,

D’un rêve à nu d’âme rebelle.

JEAN-PIERRE FLEURY

https://lequichotte.wordpress.com/2017/04/05/impressions-de-ramatuelle/

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