Elections 2017 : bonnet d’âne ou d’ânesse bonnet?

 

Un interlocuteur de quinze ans m’a demandé:

  • Comment tu définirais la politique française?
  • Du provisoire qui dure, du temporaire qui n’en finit pas, missions inaccomplies et démissions en tout genre, occasions perdues.
  • Je ne comprends pas, m’a dit mon interlocuteur.
  • C’est normal. Tu as quinze ans, tu es allé à l’école, donc tu n’as rien appris. Tu veux que je t’explique?
  • Oui. On a élu beaucoup de présidents, en France, depuis 1945 et De Gaulle?
  • De Gaulle n’a pas été élu tout de suite, ai-je répondu.
  • Ah bon? Le Général de Gaulle n’a pas été élu président tout de suite?
  • Ben, ai-je répondu, pas vraiment. De Gaulle, au fait, n’était pas plus « général » que toi et moi.
  • Ah bon?!!
  • Non. Il était colonel de brigade à titre temporaire mais avait sans doute trouvé ça plus chic de se nommer « Général ». Il était parti pour Londres quand il avait compris qu’on ne voulait pas de lui en France.
  • Il avait aussi prononcé un appel à la BBC, le 18 juin, m’a dit mon interlocuteur de quinze ans.
  • Ah oui, un appel jugé tellement insignifiant par les Anglais qu’ils ne l’avaient pas même enregistré.
  • Et après le Débarquement, il n’a pas été élu président? m’a demandé mon interlocuteur de quinze ans.
  • Non. Après le Débarquement anglo-américain, dont la date n’avait pas été communiquée à De Gaulle par les Anglais, vu que Churchill parlait de lui comme du « pire ennemi de la France », le colonel de brigade à titre temporaire De Gaulle s’est nommé, cette fois, chef du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), ça a duré officiellement du 3 juin 1944 au 20 janvier 1946. Dans les faits, après août 1944, il a exercé les fonctions de chef de l’État et chef du gouvernement. Démissionnaire en 1946.
  • Et après ça?
  • Il y eu d’autres présidents du GPRF, qui ont été en effet davantage provisoires, eux : Félix Gouin du 20 janvier 1946 au 24 juin 1946 et Georges Bidault  du 24 juin 1946 au 16 décembre 1946
  • Bidault et Gouin, connais pas!… Le premier président, alors, ça a été qui? De Gaulle!? m’a demandé mon interlocuteur de quinze ans.
  • Non. Vincent Auriol. Il a été élu à la présidence de la République le 16 janvier 1947, il exerçait les fonctions de chef de l’État depuis le 16 décembre 1946.
  • Le personnel politique était renouvelé, par rapport à avant la guerre? m’a demandé mon interlocuteur de quinze ans.
  • Moyennement renouvelé, ai-je répondu en souriant… On a quand même repêché Léon Blum, de nouveau chef du gouvernement (« provisoire »…) du 16 décembre 1946 au 16 janvier 1947. On lui devait bien ça, remarque.
  • Ah ben ouais… Il a fait quoi, Vincent Auriol?
  • Pas grand-chose. Il ne s’est pas représenté à l’issue de son septennat, il est mort peu après.
  • Et après lui?
  • Après lui, il y a eu René Coty.
  • Il a fait quoi, René Coty?
  • Guère davantage. Il a démissionné au bout de cinq ans.
  • Auriol et Coty, connais pas. Ah ben dis donc, m’a dit mon interlocuteur de quinze ans, ils démissionnaient tous?
  • C’est un peu cela, oui.
  • Il a fait quoi, surtout, ce Monsieur Coty?
  • Il a rappelé De Gaulle, le général de brigade à titre temporaire et chef du gouvernement provisoire.
  • Il y a combien de Français qui ont voté pour De Gaulle? Cela a été une grande victoire démocratique? m’a demandé mon interlocuteur (il a quinze ans).
  • Euh, pas vraiment, non. Président du gouvernement provisoire  pendant deux ans, de 1944 à 1946, il a été nommé président du Conseil par René Coty en mai 1958, officiellement pour « résoudre » ce que l’on appelait la « crise » de la guerre d’Algérie. Il a été élu président en décembre 1958 par un collège électoral constitué de parlementaires, de conseillers généraux et de représentants des conseils municipaux…
  • Et ensuite?
  • Après avoir été élu entre autres par des représentants de conseils municipaux, il a fait modifier la Constitution en 1962 pour permettre sa propre ré-élection  au suffrage universel direct, cette fois, et ça a même marché le 19 décembre 1965.
  • Il l’avait résolue, la crise algérienne?
  • Pas vraiment, non. D’abord partisan de l’Algérie française, « Français je vous ai compris » il disait, il n’avait rien compris du tout et il l’a perdue dans les pires conditions possibles, au lieu de faire l’unique chose qu’il y aurait eu à faire: décoloniser et faire rentrer en France les colons.

Un stratège…

  • Et puis, il y a eu mai 1968? J’en ai entendu parler! m’a dit mon interlocuteur de quinze ans.
  • Oui, il a alors pris la fuite à Baden Baden, en Allemagne. Le voyageur de Londres et le fuyard de Baden Baden  a ensuite entretenu la France de son refus de se retirer, mais les Français en avaient (tardivement) marre d’être pris pour des veaux, et comme d’habitude Mongénéral a démissionné moins d’un an plus tard, en avril 1969. Il est mort quelques mois plus tard. Sa tombe, depuis lors, a eu les visites de MM. Giscard, Chirac et Sarközy. Entre autres.

De Gaulle en 1968 vu par les étudiants des Beaux Arts, Paris. Photo d’époque

  • Bref?
  • Beaucoup de provisoire dans tout ça, ou de pseudo-provisoire qui a quand même duré 25 ans, de 1944 à 1970. Un monsieur colonel de brigade à titre temporaire, enfui à Londres, autoproclamé général, chef du gouvernement provisoire, rappelé pour « résoudre » la crise algérienne qu’il n’a pas résolue, enfui à Baden Baden en mai 1968… Le Général des promesses trahies, des fuites improvisées, du provisoire et des démissions.

Affiche anti-gaulliste de 1968, document d’époque

  • Mince, mais c’est ce monsieur-là qui a inventé le système électoral avec quoi les gens vont voter en 2017?! m’a fait noter mon intelocuteur de quinze ans.
  • Ben oui…
  • Et après De Gaulle?
  • Il y a eu Pompidou. Il n’a pas été président longtemps, étant mort le 2 avril 1974, deux ans avant la fin de son mandat. Il avait été élu face à Alain Poher, un centriste… Pompidou contre Poher, ce n’était certes pas un choc de géants… Jacques Duclos avait bien raison de refuser d’appeler à voter au second tour pour « bonnet blanc ou blanc bonnet »… Je pense que le mieux qu’il ait fait, Pompidou, ce fut son anthologie de la poésie française. Toujours est-il que la Constitution créée par De Gaulle avait pour but, dans l’esprit de ce dernier, de servir  les intérêt de la droite gaulliste.
  • Est-ce que ça a marché?

  • Ca a marché en 1974 puisqu’a été élu, d’un souffle, Giscard D’Estaing. Malheureusement, Giscard a été élu face à François Mitterrand, qui avait remporté le premier tour, et qui avait été le grand et vrai adversaire de de Gaulle dès les années 1960. Mon seul regret, c’est que Mitterrand n’ait pas été élu dès lors, contre De Gaulle. Dès 1965, ce grand stratège de De Gaulle avait été mis en ballottage au premier tour, bien qu’il ait été le créateur des règles du jeu, par François Mitterrand, candidat unique de la gauche… François Mitterrand a été président pendant 13 ans 11 mois et 26 jours, personne n’a fait mieux. Comme on voit, le système de De Gaulle n’a pas fonctionné, même là. Mitterrand aurait pu être élu certainement en 1974, peut-être même en 1969 si la gauche n’avait pas été désunie. Une élection de Mitterrand en 1974, 1969 voire 1965, voilà ce qui aurait peut-être pu changer, au moins un peu, la France. Mais au lieu de ça, après la parenthèse pompidolienne, on  a plongé dans le septennat de Giscard: diamants de Bokassa, accordéon, plombiers du Canard, les cuisses d’Alice Saunier-Seïté… Pauvre Giscard… Il matait sa ministre des Universités, Alice Saunier-Seïté, et  il l’imaginait, c’est lui qui l’a dit dans ses « Mémoires », faisant l’amour. Plus tard, dans son « roman » Le Passage, roman nullissime, il décrivait sans aucun art littéraire  une jeune femme qui se déshabille et c’était à pisser de rire… Jusqu’aux adieux grotesques à la télé de Giscard, et le Fig Mag qui annonçait l’entrée des chars soviétiques à Paris…
  • Et ensuite?
  • Ensuite, par bonheur, en 1974 Giscard a été le premier sortant battu : Mitterrand est devenu le premier président de gauche de la Ve République. Aux élections suivantes, Mitterrand a pulvérisé Chirac et a été facilement réélu. Ensuite, Mitterrand mort, et ce brave Jospin n’était certes pas à la hauteur de Mitterrand, il n’est resté à la France que les petites luttes intestines entre Chirac et Giscard, puis entre Chirac et Balladur… Chirac a été plébiscité contre Le Pen père, c’est-à-dire que la France n’a pas voté pour le père Chirac mais contre Le Pen père. Le Pen, en somme, ça a été la grande chance de Chirac. Puis Sarközy a battu Royal qui aurait fait regretter Jospin, Hollande a battu Sarközy qui aurait fait regretter Giscard… On est passé de De Gaulle contre Mitterrand à… Sarközy contre Hollande et maintenant, la descente est sans fin, à… Macron contre le Pen fille, ou à Fillon contre Mélenchon. Tout ça, pour paraphraser Duclos, c’est « bonnet d’âne ou d’ânesse bonnet»…
  • Qui sera élu?
  • Peu importe. On aura une soirée où des gens chanteront dans la rue « on a gagné » sur l’Air des Lampions. Ensuite, le nouveau président descendra dans les sondages comme Hollande l’a fait, n’y remontant peut-être qu’à la faveur d’attentats et d’instauratiosn d’états d’urgence « provisoires  » et « temporaires »… Si la France va mal, dira la « gauche », ce sera la faute à la « droite ». Si la France va mal, dira la « droite », ce sera la faute à la « gauche ». Tout candidat, une fois élu, reniera son propre programme et deviendra une marionnette des puissants et des « pouvoirs forts ». Et si Le Pen est élue, après trois petites manifestations, tout se calmera; les journalistes antilepénistes la veille se réveilleront lepénistes. Le président baissera dans les sondages, jurera de tenir ses promesses pendant le quinquennat suivant, on changera de premier ministre et ça ne changera rien, d’autres politicards et d’autres guignols surgiront et jureront qu’en 2022, ah mes aïeux, ça va changer, vous allez voir, debout la France, au nom du peuple, en avant, allons enfants de la patrie! En avant comme avant! Et ça continuera… En voyant les candidats de 2017 on se demande qui va se présenter en 2022, ça promet: la nièce de Marine, la concierge de Macron, le petit-neveu à Pénélope? …  Et après les mariages et les divorces et Carla Bruni de Sarközy, puis Valérie et Julie de François, que sera la suite gossip du prochain quinquennat?… Jusqu’où va-t-on descendre?… Je tremble… Et voilà pourquoi la France, c’est du provisoire qui dure, du temporaire qui n’en finit pas, des missions inaccomplies et des démissions en tout genre, des occasions perdues. Pauvre France…

https://lequichotte.wordpress.com/2017/04/09/sur-le-blog-en-defense-de-david-hamilton-61/

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