The Picture of Dawn Dunlap

David Hamilton, Londres, 1940

David Hamilton est de retour à Londres en 1945 (texte de David Hamilton)

Extrait du livre « Le  de Dawn Dunlap »

Les petites filles de David Hamilton.

Les branches argentées des oliviers, les feuillages bleutés de lune, le ciel constellé d’étoiles (comme la vitre de l’autobus no 158 criblée de gouttes de pluie, quand les mains de Corinne et Véronique s’agitaient en adieux, dans la banlieue parisienne de ma jeunesse) mais voilà, maintenant j’étais fatigué, la fatigue venait. Pourtant une dernière fois je fus recouvert des pieds à la tête par des fleurs, des graines, de la poudre d’étoiles. Les foins étaient couchés par le vent ou par les corps qui avaient roulé dedans. Le ciel blanc, la cime des arbres en feu, la course échevelée joyeuse entraînante des bacchantes.

David Hamilton avec sa mère et son beau-père en 1988 (son père, Archibald Hamilton, avait disparu en 1933)

Grâce, éternité des moments suspendus. Je voulais oublier que j’avais déjà accompli beaucoup plus que la moitié du chemin. Il me restait peu de temps. Comme les millénaires ont passé vite, se dira le mourant. Et cela fut, un jour, un seul, en mon Temps de l’Italie.

Modèles de David Hamilton, Hawai, 1969

Leurs robes étaient légères, les filles de David Hamilton. Léger leurs pas, les pieds nus, les veines bleues à travers la peau translucide derrière les genoux. La rumeur des rouleaux de vagues. Peau à frissons, fruits ingénus et gorgés de lumière des âges antiques, étincelles de soleil. Jeunes filles endormies, jeunes filles qui faisiez semblant de dormir, bouquets de jeunes filles en fleurs dans le soleil, vos bouches dessinaient une moue déjà en deuil des pudeurs de demain.

David Hamilton, Dawn Dunlap, Patrick Juvet (1979)

Salut, les filles de David Hamilton : joues d’enfants, peaux dorées comme le pain, transparences et dentelles. Crépuscules, aubes, matins de printemps aux soleils éclatants éblouissants qui faisaient cligner les yeux, parfois de larmes piquantes de joie. Sirènes qui nageaient dans le ciel où flottait aussi l’écume des nuages. Visages ovales et rouleaux de cheveux, baisers aux yeux fermés, peaux tendues des ventres plats, fusains des pubis fuselés à peine esquissés encore, les doigts pianotant aux tétons frais, les mains aux chignons et les bras comme des ailes, tons pastel des tutus, petits nez en tire-bouchon des jeunes filles germaines de la plus belle jeunesse jadis assassinée. Belles dormeuses largement offertes aux corps étirés dans l’abandon et dans l’extase. C’est alors que les jeunes filles aux seins acerbes, vêtues de leurs seuls cheveux en désordre, de leurs turbans turquoise, de leurs fines narines aristocratiques, des fossettes de leurs joues, de leurs mains qui s’attardaient entre les jambes, de leurs grands yeux en amande ouverts et fiers, de leurs yeux clos, de leurs yeux baissés sous l’arc des sourcils, de leurs lèvres entr’ouvertes mordillées et de leurs seules pudeurs enfantines, devenaient des personnages de mes livres. C’était le temps des dernières munitions, l’assaut sans retraite possible, la mort entre les bras de la Mante religieuse. Et la tendresse des coquillages aux lèvres peut-être jamais disjointes encore, les bouquets noirs touffus des sexes des filles brunes, souriantes, rougissantes, jouissantes, les cheveux pleins de rubans qui avaient la couleur impubère même de l’aube.

D.H. et Dawn Dunlap, 1979

1979

Ma vie a eu pour tonalité le ré mineur. C’est la couleur musicale de l’introduction du Don Giovanni ; c’est la couleur du Requiem mozartien. Le ré mineur est la plus métaphysique de toutes les tonalités musicales. Joué par Clara Haskil, c’est l’un des rares antidotes à la mort. Les jeunes filles, demain, prononceront le mot : « Maintenant ». Ma mort ne les empêchera nullement, je le crains, de prononcer ce mot. J’aurai disparu mais, à part moi, tout sera là : le soleil, la lune, les grillons, les lézards, les murs de pierre, les oliviers, les nuages, la strada vecchia et, aux alentours de la Villa Medici et du convento di San Girolamo, la panchina dell’Inglese chère à Hermann Hesse et les mots qui s’élèveront dans l’atmosphère des nuits estivales. Alors si une voix demandait, dans la nuit, parlant de moi : « Où est-il ? N’est-il pas encore là ? »… Non je ne serai plus là, pour moi le jeu sera fini. Il est absent pour toujours, affirmera quelqu’une en écho. Voilà, je sais ce qui naquit et ce qui mourut. Ce qui fut et ne fut plus. Pourtant, il y aura toujours dans l’air quelque chose qui continuera à vibrer. Ils ne mourront pas, les idéaux du jeune poète que je fus. Un éternel tourment. Une peine toujours renaissante jusqu’au seuil de la mort. Cette nuit je vous l’annonce, il y aura un grand orage. Puis le moment viendra chaque fois de redescendre vers le ruban du fleuve, qui miroite, et serpente, là-bas ; et vers l’entrée du Grand Canal de la Mort.

Extrait du livre « Le de Dawn Dunlap »

Les petites filles de David Hamilton.

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