David Hamilton et la fête de la dernière fois – au sein de la féteur moderne et contemporaine

Le faux intellectuel annonce, sans rire, qu’il écrit « pomme de terre » à la place de « tomate », ou « crapaud » à la place de « lion ».

En effet, l’intellectuel ne démontre généralement qu’une seule et unique chose, à savoir qu’il ne sait pas le sens des mots.

Le faiseur de rap se prétend, sans rire, « compositeur de musique », le faiseur de tags se prétend « peintre », l’illettré se prétend « écrivain », le journaleux se prétend « penseur », la chèvre se prétend « chanteur ». Etc.

L’abruti capable d’appuyer sur le déclencheur d’un appareil photographique se dit, évidemment, « photographe ».

Qui est né avec deux bras et deux jambes se dit même « homme ».

Ce n’est rien. C’est le monde moderne. A l’échelle de l’éternité, un pet.

L’unique drame est sans doute – au moins pour moi – d’être né en Occident, au bout d’environ deux mille ans de modernité. Tout ça, ce n’est qu’un pet mais, grands Dieux, quelle féteur que la vôtre!

Rarissimes les artistes dont l’oeuvre fut plus belle que la réalité: David Hamilton en photographie, par exemple. « La beauté est dans le regard », disait-il à juste titre. Ou Olivier Carré en peinture. Ou Abel Bonnard (c’était hier, 31 mai, l’anniversaire de sa mort) en littérature. Ou Arno Breker en sculpture. Et quelques autres.

Je serais tenté de dire que les artistes dignes de ce nom, les écrivains dignes de ce nom, pourquoi pas les époques historiques et les hommes politiques et donc les philosophes dignes de ce nom furent ceux qui eurent conscience qu’ils monteraient à la fête du front, un jour, pour la dernière fois. C’est plus important qu’il ne pourrait sembler. Peu importe en quelle langue le dire, l’écrire ou le chanter: pour la dernière fois en français, per l’ultima volta en italien, zum letzen mal en allemand, etc.

Les hymnes à la beauté, les sages, les grands artistes, les grands hommes ont su qu’ils verraient la dernière fois. Qui annonce, parfois d’emblée, qu’il montera un jour au front – je parle d’un « front de guerre » artistique et philosophique aussi –  pour la dernière fois, celui-là ne recherche pas la victoire banale des médiocres. Il n’y a que les nains pour se croire éternels. Il n’y a que les nains pour se croire ou se vouloir victorieux.

Je pense – et j’ai d’excellentes raisons pour le penser – que David Hamilton a su, ressenti, incarné lui aussi, à sa façon, l’amour de la dernière fois.

 

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