Olivier Mathieu place le soixantième anniversaire de l’Internationale situationniste (IS) sous l’égide du grand photographe David Hamilton

« En quoi David Hamilton et vous-même êtes-vous situationnistes? » me demande un lecteur du blog.

Je réponds brièvement. Ma vie entière a été la mise en pratique, au moins en ce qui me concernait à titre personnel, d’une tentative d’abolition du capitalisme. J’ai aboli le capitalisme de mon existence. Ce n’est déjà pas mal.

Je me suis débarrassé – je le répète, à titre personnel – des rapports marchands; j’ai fait de ma vie quotidienne une révolution; ma pratique de vie, par maints aspects et qu’on le veuille ou non, est une pratique libertaire et hédoniste. Situationniste.

Si l’on veut dire que « vivre sans temps mort » est un slogan situationniste, alors nul que moi n’a mieux fait, depuis au moins vingt ans, en France.

 Mais encore, le « spectacle » – précisément en tant que rapport social de la pitoyable société occidentale moderne et contemporaine – je lui ai donné un sacré coup de pied dans les fesses; et je suppose que, s’il existe dans les prochains cent ans des esprits libres et des cerveaux encore en état de fonctionnement, ils devront finir par l’admettre.

N’ayant jamais été à l’école, ayant été réformé du service militaire, n’ayant jamais voté, n’ayant jamais travaillé,  je crois que nul que moi n’est plus apte, dans le panorama intellectuel français actuel, à parler sérieusement de liberté et d’épanouissement ou encore, pour le dire en termes situationnistes, de « subjectivité radicale » développée  hors des contraintes de la rentabilité, et cela dans tous les domaines de mon existence.

Quand j’ai proposé à mon ex-ami Jean-Edern Hallier, dans les colonnes de l’Idiot international, d’organiser une conférence de presse et d’y montrer nos bites, n’était-ce pas situationniste?… Quand j’ai obtenu une voix à l’Académie française contre Giscard, Académie où je suis le seul écrivain à avoir proposé ma candidature sous trois identités diverses, n’était-ce pas situationniste? Quand j’ai fait gober et / ou raconter, par des connards d’extrême droite, par des abrutis de pseudo-intellectuels franchouillards,  que j’étais mort et que mes cendres avaient été dispersées au Vert Galant (là où furent dispersées celles de… Guy Debord), n’était-ce pas situationniste?…

Excusez-moi, M’sieurs Dames, mais qui serait aujourd’hui plus situationniste que moi, en France?

Jean-Edern fut l’un des derniers esprits libres, le pénultime; et, très modestement, je suis le dernier. A ces mots, sans doute quelques petits crétins actuellement en place dans les journaux du Système feront-ils de l’ironie. Une facile ironie.

Mais moi, ce qui m’intéresse, ce n’est pas l’avis des conformistes déguisés en rebelles. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas les faux provocateurs de l’espèce d’Ardisson, de Nabe ou de Ruquier. Nabe, tiens, par exemple, a au moins eu l’élémentaire humilité de reconnaître dans son journal intime que Patrick Besson avait eu raison en disant que je l’avais « détrôné ».

Et donc, à la fin, c’est moi qui souris, c’est moi qui rigole: parce que dans cinquante ou dans cent ans, c’est ainsi: les critiques littéraires et les historiens parleront non pas d’eux, mais de moi. Ce n’est pas situationniste ça, mes cocos?…
L’abolition du travail, si l’on veut dire ou croire que le slogan soit réellement de Guy Debord, « Ne travaillez jamais », c’est moi qui l’ai mis en pratique.

Vivre poétiquement, donner à ma vie une forme poétique, chose qui est au fond un projet heideggerien avant encore que d’être un projet situationniste, c’est moi qui l’ai mis en pratique.

Ma vie, depuis le début, a été la plus libre des libres créations de situations par un individu. Parfois en privé, parfois en public et devant des millions de témoins, c’est moi qui ai bouleversé les règles du jeu: à commencer par celles du spectacle-simulacre où l’on comptait sur moi pour tenir le rôle de la potiche ou du bouc émissaire.

Etre le seul, pour ainsi dire, en France, à défendre David Hamilton, ce n’est pas situationniste ça, mes cocos?… En remontant un peu dans le temps, je crois vaguement me souvenir aussi d’un spectacle, ou d’un lynchage, où de tout petits imbéciles manipulés par leurs maîtres occultes espéraient me réduire – moi! –  au rang de marchandise interchangeable – les invités des plateaux de télé, aujourd’hui, sont des marchandises interchangeables –  ou, autrement dit, comptaient sur moi pour participer docilement à leur comédie ignoble destinée à sucer la bite du Système pour qu’en jaillisse le sperme rance de la propagande capitaliste, des lieux communs mensongers, et du conformisme. Ils ont été déçus…

Guy Debord avait observé et fait observer que dès les années 1980 les formes de spectacle avaient fusionné: « spectaculaire intégré », disait Debord, si je me souviens bien. En bref, les humains réduits au statut réifié de marchandises, dans la société du simulacre.

Et dans la société du simulacre, les « philosophes », les « écrivains », les journalistes, les présentateurs télé, les invités de ces petits messieurs deviennent et sont eux-mêmes des simulacres. Ils ne sont que des simulacres!…

Et puis, tout à coup, voilà que votre serviteur refuse d’être un simulacre. Voilà que votre serviteur sourit; voilà qu’il se marre; voilà qu’il se paye votre tronche, mes connards! Voilà qu’il démontre, à qui sait voir, qu’il est le seul à ne pas être un simulacre… Voilà, moi je ne fus pas et je ne suis pas un simulacre.

Ce qui veut dire que si, dans trente ou cent ans, je répète, quelqu’un a encore un cerveau, il comprendra facilement qui, à la fin du XXe siècle et au début de celui-ci, ne fut pas un simulacre. Je parle de moi.

Evidemment, je ne suis pas d’accord avec tous les slogans, avec tous les aspects de l’Internationale situationniste. Le situationniste véritable n’est d’accord avec rien, et surtout pas avec le situationnisme. Mais certainement et sans aucun doute, j’ai fait mienne et je me suis approprié, comme les meilleurs et donc rarissimes situationnistes,  la critique de tous les aspects de la vie. J’ai démontré une cohérence parfaite entre la vie que j’ai réellement vécue et les idées que j’ai proclamées, à condition naturellement que l’on comprenne et que l’on sache ce que j’ai réellement proclamé.

Pour en revenir maintenant à David Hamilton, je dis que lui aussi fut un « situationniste », par exemple (il y en a d’autres) quand il se présentait comme un photographe amateur, un photographe pas spécialiste (les situationnistes en général détestaient les « spécialistes »). Et encore, David Hamilton n’est pas loin, si l’on y pense, des situationnistes  quand ceux-ci évoquaient le « désir de briser toutes les entraves de la vie », bref quand ils désiraient eux aussi inaugurer  un nouveau style de vie, seule condition au fond de la création d’une avant-garde.

Et voilà pour quelle raison moi, Olivier Mathieu, avec la précieuse collaboration de mon ami l’écrivain situationniste Phrère Jac, je placerai le 60 e anniversaire de l’Internationale situationniste, en Italie le 28 juillet, dans juste un mois, sous l’autorité artistique et intellectuelle de David Hamilton. Ce n’est pas situationniste ça, mes cocos?

L’Internationale situationniste est née le 28 juillet 1957 à Cosio di Arroscia, en province d’Imperia et aux alentours de cette date ou précisément le 28 juillet 2017, Olivier Mathieu et Phrère Jac seront là-bas, parlant de David Hamilton, distribuant des tracts ou des livres sur David Hamilton, ou prenant toute autre initiative situationniste de notre choix. Ce n’est pas situationniste ça, mes cocos?

David Hamilton, lui non plus, ne fut pas un simulacre…

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