L’Occident moderne et contemporain, c’est de la couille en bâton!…

Hier, les véritables adversaires de la décadence étaient de dignes héritiers des civilisations finissantes dont ils étaient les derniers descendants. Qu’il suffise de songer à Lucien, l’auteur des Dialogues des Morts (oeuvre en grec ancien, que j’ai lue dès ma plus tendre enfance dans l’original puis en français). Il y aurait bien d’autres exemples, jusqu’à (tout récemment) Etiemble, l’auteur (1964) de Parlez-vous franglais? Etiemble savait encore le français.

En revanche, la chose très frappante aujourd’hui – ou, pour le dire mieux, la chose qui me frappe – est que beaucoup d’intellectuels (ou de sous-intellectuels) contemporains, dans tous les milieux (y compris dans ceux d’extrémistes de droite toujours si désireux de lutter contre ce qu’ils appellent « décadence »), sont eux aussi de parfaits illettrés. Ils dénoncent ou croient dénoncer je ne sais trop quelle décadence, voire – encore plus hilarant – ils dénoncent ou croient dénoncer l’illettrisme au moyen d’articles qui démontrent surtout, pour ne pas dire exclusivement leur méconnaisance totale des règles les plus élémentaires de la grammaire et de la langue françaises.

Les pauvres gens, ils publient donc sur Internet ou ailleurs  les témoignages de leur ilettrisme; ils le clament sur tous les toits!… C’en est à pleurer de rire. La moindre des copies qu’ils pissent contient plus de trois fautes et ne leur aurait donc pas permis, il y a cent ans, d’obtenir le certificat d’études primaires. Et pourtant, ce sont des primaires.

Ils sont par exemple strictement incapables d’accorder un participe passé;  ils parlent de « l’acceptation » d’un terme en lieu et place de son « acception »; ils emploient « après que » suivi du subjonctif et, si on le leur fait remarquer, ils trouvent sur Internet des articles d’autres illettrés de leur espèce qui assurent que de grands écrivains du passé auraient employé après que suivi du subjonctif. Chose évidemment fausse. Aucun écrivain digne de ce nom n’a jamais employé après que suivi du subjonctif. Simplement, les illettrés sont strictement incapables de faire la distinction entre un subjonctif imparfait et un passé antérieur (voir: http://www.academie-francaise.fr/apres-que)

L’amusement ne finit pas là. Ma mère me faisait remarquer jadis que les illettrés, pris en flagrant délit d’illettrisme, trouvent toujours des excuses admirables. Ils ont écrit « trop vite ». Ils ont une migraine. Ils ont une mauvaise digestion. Ils n’ont pas « fait attention ». Ils ont des soucis. Le voisin faisait du bruit. Etc, etc, etc. Tous les prétextes sont bons.

Pardon, mes amis. Je m’appelle Olivier Mathieu, je ne suis pas un abruti. Quand mon frère jumeau est mort à cinq jours, ma mère était certainement fort affligée et elle a écrit des lettres à diverses personnes, je n’y ai trouvé aucune faute d’orthographe. Quand ma mère est morte à son tour, j’ai écrit des lettres à plusieurs personnes, on n’y trouvera aucune faute d’orthographe ou de français. Quand Carlo Gozzi, le plus grand philosophe du Settecento vénitien, est mort, il a rédigé un billet d’adieu: on n’y trouve aucune faute d’orthographe. Quand les grands hommes du passé ont rédigé leur testament alors que leur monde s’effondrait autour d’eux et parfois dans un fracas d’apocalypse, ils n’y ont fait aucune faute d’orthographe.

Que j’écrive « vite » ou pas, que je souffre de constipation ou pas, que le type du troisième étage se sente ou pas obligé de faire savoir à tout le voisinage la médiocrité infinie de ses goûts musicaux, cela ne change rien.

Il existe une et une seule règle: ou tu connais le français et tu sais l’écrire, ou tu ne sais pas. Tu connais les règles du participe passé ou tu ne les connais pas. Tu connais les règles de l’accentuation française ou tu ne les connais pas. Tu connais les règles de la ponctuation française ou tu ne les connais pas. Il n’existe pas de « fautes d’inattention », il n’existe pas (ou il existe vraiment très rarement) de fautes fortuites. Tout ça, tous ces prétextes, c’est de la couille en bâton. Tu racontes ça à qui tu veux, mais pas à moi.

Aujourd’hui, l’humanité est entrée dans le stade ultime de son agonie. C’est l’heure où aucun soin ne sert plus à rien. Les sociétés occidentales modernes et contemporaines, au fond de leur décadence, ne trouvent plus pour les « défendre » que des gens exactement aussi décadents et illettrés qu’eux. Telle est la seule et unique vérité. On pourrait dire davantage et je laisse à qui en sera capable le soin de méditer à ce sujet: les pseudo-moralistes et autres adversaires de la décadence sont, pour la plupart d’entre eux, la vraie et la seule avant-garde de la décadence occidentale moderne et contemporaine.

L’Europe d’aujourd’hui n’a plus aucun Lucien. L’Occident est étymologiquement ce qui doit tomber et il n’est que grand temps qu’il s’effondre!

David Hamilton était admirable en ceci que, à ma connaissance, il ne faisait pas de fautes de photographie.

Mon meilleur ami, mort en 1984, ne savait ni lire ni écrire. Je ne le lui ai jamais reproché. C’était un homme d’une intelligence prodigieuse. Simplement, il ne faisait pas semblant d’écrire, il ne se donnait pas des airs de « penseur » ou d’adversaire de la décadence.

A part ça, il est sans doute encore temps pour munir beaucoup des faux intellectuels d’aujourd’hui de pelles, en leur enjoignant en leur bottant le cul d’aller creuser et boucher des trous, ce qui occupera fort utilement leur absence de cerveau.

Le reste, c’est de la couille en bâton.

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2 commentaires pour L’Occident moderne et contemporain, c’est de la couille en bâton!…

  1. Comment ne pas être d’accord ?

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  2. Cher Roland Jaccard, merci pour votre commentaire qui, fût-il bref, me fait très plaisir. Le respect de la langue m’a toujours semblé quelque chose de capital. L’effondrement de la langue française (que j’ai la chance de connaître pour la seule raison que je ne suis pas allé perdre mon temps à l’école) précède de peu l’effondrement inéluctable et souhaitable de l’Occident. Peut-être ne serions-nous pas forcément d’accord complètement, vous et moi, sur les principaux facteurs qui conduiront à cet effondrement. Mais le diagnostic ne change pas: effondrement!!! Je regrette seulement de ne pas avoir le temps d’assister au spectacle final… Mais Spengler, Abellio, Heidegger ou Nietzsche, et d’autres, nous l’ont amplement décrit. Heureux les temps de David Hamilton, qui furent ceux de l’une des dernières innocences du monde!…

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