Hommage à David Hamilton pour le 15 avril 2018, anniversaire de sa naissance (15 avril 1933)

 

VOIR:

https://lequichotte.wordpress.com/2018/04/15/15074/

Un été à Saint-Tropez, David Hamilton

Aujourd’hui, 15 avril 2018, David Hamilton aurait eu 85 ans.

Nous rendons hommage à son éternelle jeunesse.

Je m’étonne toujours d’être le seul en France, avec l’écrivain Roland Jaccard, à rendre hommage publiquement à Léonard David Hamilton, l’un des plus grands artistes de la fin du vingtième siècle en France.

Voir:

http://www.servicelitteraire.fr/produit/numero-116-avril-2018-papier/

Dans quelques jours seront disponibles quelques exemplaires de mon livre « Les jeunes filles ont l’âge de mon exil« , troisième édition, un livre de poésie d’environ 300 pages. Ce livre, publié en 2010, avait eu une seconde édition (iconographie renouvelée) en 2016.

Voici, plus bas, quelques courts extraits de mon livre « Les jeunes filles ont l’âge de mon exil« , ouvrage édité par Jean-Pierre Fleury, docteur en sociologie de l’Université de Nantes et autre fervent amateur de l’oeuvre de David Hamilton.

Avec, pour les lecteurs et abonnés de mon blog, quelques photos assez rares ou peu connues de David Hamilton. Photos dont on ne peut qu’espérer que, par leur insigne beauté, et par la philosophie de la Jeune Fille qu’elles véhiculent, elles puissent échapper éternellement à toute censure – en attendant que reviennent peut-être des temps de liberté, d’innocence et de grâce.

Olivier Mathieu

« Les jeunes filles ont l’âge de mon exil » (première édition 2010, deuxième édition 2016)

Recueil de poésie.

Editeur: Jean-Pierre Fleury.

 

Celui, en moi, des moments graves.

Odeurs de pluie et de poussière
De printemps et d’été, frontières,
Dans la nuit les fleurs des jardins
Jonchent désormais le chemin.
Et, à l’entrée du labyrinthe,
C’est mon pari perdu d’étreinte,

Quitte ou double d’yeux dans les yeux.
Diamants, les larmes des Dieux
Dans le grand ciel que le vent lave.
Tel je fus, dans mes moments graves.

Moments diamants et d’amants
Qui ont succombé à l’instant
Que je n’ai jamais oublié
Mais qu’une robe a négligé.

C’était le moment de répondre,
Ici ou jamais, de se fondre
Dans le feu ou la solitude
D’une acropole, en altitude.

 

 

L’étincelle.

Je ne suis plus qu’une étincelle
– Où sont donc mes flambeaux d’hier ? –
La nuit est noire, et le vent souffle,
Ne voici-t-il pas une étoile ?
Une luciole, qui clignote ?
Un éclair de soleil qui luit
Dans les yeux sombres de la nuit ?

Etincelle, ô belle étincelle
– D’antan, où sont mes incendies ? –
Fragment de l’antique Dieu grec
De feu le Feu, dans la tempête,
Comme un coup de foudre en plein ciel,
Nul à rebours ne reviendra.

Le temps de jeter quelques mots
Aux petits bonheurs qui s’ignorent
Et aux filles du bal, qui dansent,
Les filles lisses ou revêches,
Il reste peu de vie à vivre,
Et puis qui se souvient oublie
– Combien de bals en un exil ? –
Et la fée en ce bal est née
Après que je fus mis au ban.

Et comme jadis à Venise
La noblesse de terre ferme,
Je hume des parfums de mer
Dans l’écume d’une chair ferme
Aux cent sillages de vanille.
C’est nuit et jour, voici la mort,
Robes de lin, robes de soie,
En vingt ans toute ville change
Et c’est exil, et c’est prison.
Que la mort soit, des Enfers, l’ange !

Et le jour ternit l’étincelle,
Voici venir la mort d’icelle,
Ou alors le reflet de celle-
Ci sur la paroi d’un miroir
Profond de nuit, et souviens-toi,
Mais tu ne te souviendras pas,
Comme au vent font des étincelles,
Ne te souviendras pas de celle-
Là, au grand bal du cœur absente.

Juste avant le dernier soleil,
Je m’aperçois qu’à travers nuit
Je n’aurai gravi qu’un miroir,
Et sans jamais le traverser.

 

Mes petits ballons de couleur.

Dessous la lune, vieille amie,
La lune qui feint de sourire,
La vie et la ville sont mon
Cimetière des souvenirs,
Et aussi le calendrier.
Ma joie est un rayon de lune
Qui argente un fuyant nuage
Mais le temps que roulent trois dés,
Où sont les vertiges des Dieux,
Où sont les paumes et les baumes,
Jolis baumes des Jeux des Paumes ?
Dessous la lune, vieille amie,
La lune en larmes qui m’observe,
La vie et la ville sont mon
Cimetière des illusions,
Et aussi la géographie.
Je suis en exil de prison
Et je gis en prison d’exil.
Ma joie, à travers les barreaux,
Se faufile dans l’interstice
Comme un rayon de soleil d’or
Escorte un bourreau dans la geôle.
Savez-vous, pour l’embastillé,
Ce que sont au ciel les nuages ?
Les nuages sont les complices
Qui s’en viendront le libérer !
Les nuages clignent de l’œil,
Ils sont instant, ils sont promesse,
Qui entraînent au loin mes rêves
Comme des ballons de couleur.
Dans l’exil, je vous dis merci,
A toi, la lune, à vous, nuages,
A qui ne se voulut nuage,
A qui dédaigna d’être lune.
Allez, mes ballons de couleur
Au vent qui ne tournera plus !
A vous, les dernières amies,
Ou les magiciens de demain,
Je lègue les feux de l’aurore,
L’aurore à l’absence infinie.
Mais toi, si tu lèves les yeux
Un jour, demain, au ciel d’octobre,
Qui sait donc si tu y verras
Mes petits ballons de couleur ?
Or ils danseront, mes ballons,
Les seuls amis de mon exil,
Dans mon cercueil cloué, sous terre,
Dessus mes paupières de plomb.

 

Ballade à la Lune.

Voici la lune aux douces joues,
La lune aux yeux mélancoliques,
Voici la lune au temps perdu,
La lune au visage des morts,
Mon amie au milieu du ciel.
Voici la lune en grand silence,
La lune ronde, étincelante.
Dans un reflet, voici la lune,
Lune d’exil, lune d’enfance,
Ecume au ciel, larmes aux yeux.
Pour qui ne dort pas, elle brille,
Et qui sait les yeux qui se lèvent
Pour la contempler, à cette heure,
Aux douze coins de mon Europe ?
Cœurs éloignés, cœurs déchirés,
Voici la lune au beau sourire,
Voici la lune qui console,
Entre mes doigts voici la lune,
Voici la lune qui torture,
Voici la lune qui s’approche
Et tout aussitôt se dérobe.

Sur les tombes des Coquillarts
Fidèles à François Villon
Et les oliviers argentés,
Et sur la mer grande, la lune,
Elle répand sa clarté bleue,
Et son silence, et ses secrets.
Voici la lune de Laforgue,
Lune insaisissable à la corde
Du nœud au cou patibulaire.
Lune papier, encre et crayon,
C’est la lune au ciel des prisons,
Elle me sourit tristement.

Dawn Dunlap (1979)

Et c’est la lune au cœur battant,
C’est la lune écho d’un poème
Et c’est la lune clé des champs.
La lune est une voile blanche,
La lune est au soleil un sein,
La lune est un rire, un larcin,
La lune est ballon suspendu,
Orage de nuit est la lune,
La lune est un accroche-cœur,
La lune est étreinte de plume,
Elle se serre entre mes bras
Et je la sens tout contre moi
Et je la baise sur le front,
Mais voici le matin déjà,
La lune a traversé le ciel
Des prisons, des lits et des mers,
Le ciel des yeux, le ciel des cœurs,
La voici, là-bas, qui s’en va,
Des Coquillarts la grande amie,
La lune élan, la lune instant,
Et la lune de cette nuit
Ne reviendra jamais, jamais.

Et vous, mes frères Coquillarts,
Vous les exilés, les marins,
Truands, poètes, amoureux,
Vous avez vu, en d’anciens siècles,
Cette lune au minuit du ciel,
La lune qui crève mon cœur.

Tu luiras, lune, sur ma tombe,
Tu y pleureras doucement.
La verrez-vous, au ciel, la lune,
Quand je pourrirai sous la terre ?
Que vous dira-t-elle de moi ?

 

La chasse aux papillons.

Chasse au papillon est hasard,
Chasse au papillon est détresse,
Chasse au papillon est grand art,
Et aucun ne laisse d’adresse.

Le mage de chasse insensée
A tous ses sens pour six filets.
Je m’en souviens. Cette pensée
Fait vibrer au vent le gibet.

Au jeu de corps et cœur, ma dame,
Qui est comme jeu des trois cartes,
On prête le cœur, on vend l’âme,
Trop tôt ou trop tard que l’on parte.

Au jeu de ventre, au jeu de dos,
Ravissants papillons futiles,
Que vous fûtes, tant de fois, sots
Et ingrats envers l’inutile.

Mon filet eut nom hérésie,
Libre ciel, il fut horizon.
A mon filet, la poésie
Versa papillons à foison.

Papillons blancs, noirs papillons,
Mon filet n’avait que des trous,
Et puisqu’ici nous babillons,
Vous ne montriez pas grand goût.

Vous parliez de suivre l’amour
Et le soleil en ses méandres.
Mais à peine a fini le jour
Que j’ai vu vos rêves en cendres.

Et je vous plains, les papillons
Aux vols brisés que l’ennui cingle !
Comme la bite court au con,
Tel le papillon à l’épingle !

La mort, la vie, où est la cage ?
Papillonnez, ô papillons !
Qui ne comprendra cette page
Sera, qu’on m’en croie, un couillon.

 

Nuages.

Au crépuscule, les nuages
Sur l’horizon, à l’Occident,
Feuillètent la dernière page
Du rouge jour qui perd son sang.
Les nuages, montagnes bleues
D’un mauve doré, d’un bleu gris,
Moi j’y revois des amours feues
Comme un fantôme aux yeux dépris.
Le temps est mort, où tout nuage
– Déjà les jours vont raccourcir –
Croquait dans mon cœur un visage
Touché d’un soleil à venir.
Mais aujourd’hui le ciel est vide,
Demain je ne serai plus là,
Et la douleur cruelle évide
Mon cœur qui, plus faiblement, bat.
Ma tête, à l’aube, aura blanchi
D’un coup, d’un seul, ainsi qu’un cœur
Lentement crève, un jour périt,
Quand vient ce jour-là où l’on meurt.
Quelle aurait été l’alchimie
Du carrefour de chair et temps
Dont maintes des mille magies
Ignorera le ci-devant ?
Comme en un bal, la robe claire
Dans l’immense ciel pris pour cible,
Un nuage peint de lumière
La nuit des amours impossibles.
Que demain, nul printemps ne germe !
J’aime qui meurt dans les décombres
Quand enfin le cercle se ferme.
Ainsi Berlin sombra dans l’ombre.

 

Ma sépulture en ciel.

Les mots lancés au ciel d’été,
Qui sait s’ils furent prononcés
Parce qu’on les avait pensés ?
Mots dont l’autre garde la trace,
Phrases qu’au matin l’une efface,
Comme sous la langue une glace
Fond quand une fille la lèche.
L’étincelle court sur la mèche.
N’est-ce pas trop de déraison,
Sacrifier Amour à Raison ?

 

Jeune homme au filet, par David Hamilton

 

Est-ce que tous, est-ce que toutes,
Au point final de ma déroute,
Ne se souviendront donc de rien,
De nul instant des jours anciens,

 

De nul antan de belle image,
Celle qui fut de mes mirages ?
J’imagine déjà la lune
Veillant sur la fosse commune.

Et certains soirs de douce pluie
Pleureront des yeux, s’ils n’oublient.
Et quand vous suivrez sur ma tombe
Le vol affligé des colombes,

 

Chaque oiseau blanc sera folie,
Regret, remords, mélancolie,
Chaque rose rouge une robe,
Chaque rose blanche un cœur probe,

Couple sur la plage, carte postale de David Hamilton (comme toutes les illustrations de cet article)

 

Chaque rose noire, mon cœur,
Rose noire, un amour qui meurt.
Toi qui surgiras d’un passé
Très plus qu’à moitié trépassé,

 

Photo David Hamilton. La photo (même série) a aussi illustré la pochette d’un disque.

Toi qui fus un bout de chemin
– Et de chemin j’en ai eu maint –
Et n’auras pas tout oublié
De ce que nous avons lié,

Disque illustré par une photo de la même série, voir image précédente de David Hamilton

Amour belle ou la mort amère,
Nul ne reviendra en arrière,
Ah ! si tu retiens quelque chose,
Mort, je veux donc une humble rose,
Rose de bonheur malheureuse
Eternellement silencieuse.

(Tous poèmes:

Olivier Mathieu, « Les jeunes filles ont l’âge de mon exil », 2010, seconde édition 2016, troisième édition 2018.

Editeur : Jean-Pierre Fleury, docteur en sociologie de l’Université de Nantes).

 

 

 

Faites comme elle, lisez « C’est David Hamilton qu’on assassine ». Photo O.M., 2017.

 

 

Couverture du livre « David Hamilton suicidé… mais par qui? »

 

 

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