David Hamilton, révolutionnaire de l’érotisme, et « Konkret »

« Konkret » – magazine au sujet duquel plusieurs lecteurs du blog me demandent des informations – est un magazine allemand, créé au milieu ou à la fin des années 1950.

A supposer que les mots de « droite » ou de « gauche » signifient quoi que ce soit, ou à supposer surtout qu’à cette époque-là ils aient encore eu une signification réelle, le mensuel défendait des idées situées nettement à gauche. C’était en tout cas ainsi qu’il se définissait, au moins à l’origine. Un organe de presse d’ultragauche, et, en même temps, un organe de presse auquel devint rapidement chère – chez les uns, par calcul; chez les autres, par conviction  – la photographie de charme.

David Hamilton en fut, pendant plusieurs années, un collaborateur (numéro  15, 13 juillet 1972; numéro 30, 7 décembre 1972; numéro 32, 21 décembre 1972;  numéro 12, 15 mars 1973; numéro 30, 19 juillet 1973).

Nous en avons très souvent parlé sur le blog « En défense de David Hamilton »:

https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2018/06/11/david-hamilton-et-la-revue-konkret/

https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2018/10/29/das-deutsche-magazin-david-hamiltonian-konkret/

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Trouvant son inspiration idéologique dans les milieux estudiantins, et dans d’autres journaux créés par et pour les étudiants (notamment le magazine Studentenkurier, fondé en 1955 à Hambourg par Klaus Rainer Röhl), Konkret a eu pour premiers collaborateurs Werner Riegel, Peter Rühmkorf, Arno Schmidt, Kurt Hiller, ou le dessinateur Verner Witting.

En 1968, Konkret ira juqu’à paraître deux fois par semaine. Il deviendra ensuite hebdomadaire, de 1972 jusqu’à sa faillite, survenue au mois de novembre 1973.

Soutenu – selon certaines thèses – par la RDA au début et jusqu’au milieu des années 1960, plus précisément jusqu’en 1964, Konkret était dirigé par Klaus Rainer Röhl et par son épouse, la fameuse Ulrike Marie Meinhof (née le 7 octobre 1934 à Oldenbourg, morte le 9 mai 1976 à Stuttgart). C’est ainsi que la jeune femme signait ses éditoriaux. En voici deux exemples (Konkret, vers 1968).

 

Ulrike Marie Meinhof fut donc l’éditorialiste, pendant de longues années, de Konkret (jusqu’en 1968). Adolescente libre et bisexuelle, militant contre les armements nucléaires, membre du Parti communiste d’Allemagne, anti-américaine, pro-palestinienne, scénariste d’un film de Eberhard Itzenplitz qui sera censuré pendant plus de vingt ans, elle finit par se radicaliser, entrant dans le groupe de lutte armée d’extrême gauche Rote Armee Fraktion.

Durant ce que l’on a appelé – à tort ou à raison – la « révolution sexuelle« , Konkret a  publié ensuite de très nombreuses photographies de nus féminins et de jolies filles. Ce qui a permis à ses adversaires de taxer le magazine de « pornographique » (sic).

Konkret (1970)

Les noms de personnalités qui ont collaboré à Konkret sont innombrables, depuis Heinrich Böll et Henry Miller jusqu’à Ulrike Meinhof en passant, donc, par David Hamilton.

Le 26 avril 1969, Ulrike Meinhof écrit dans le journal Frankfurter Rundschau: „Ich stelle meine Mitarbeit jetzt ein, weil das Blatt im Begriff ist, ein Instrument der Konterrevolution zu werden, was ich durch meine Mitarbeit nicht verschleiern will“. (En français: « J’interromps ma coopération, parce que le journal est sur le point de devenir un instrument de la contre-révolution, que je ne souhaite pas couvrir par ma collaboration »).

Le 7 mai 1969, les bureaux de Konkret à Hambourg furent envahis et gravement saccagés par des activistes… dirigés par Ulrike Meinhof elle-même.

KONKRET (années 1970)

Quand cette même Ulrike Meinhof eut ensuite participé à l’évasion d’Andreas Baader en 1970, elle abandonna sa carrière journalistique. Son destin était tracé. Elle entra dans la clandestinité. Le journal Konkret fit faillite à la fin de 1973 et ne put reprendre sa parution qu’au mois d’octobre 1974, sous la direction de l’ancien rédacteur en chef de Der Spiegel, Hermann L. Gremliza. Désormais, Röhl s’était  séparé d’Ulrike Meinhof et la ligne politique devint celle d’une gauche d’opposition extra-parlementaire, disons  la Nouvelle gauche d’alors.

Arrêtée le 15 juin 1972 à la suite d’une dénonciation, Ulrike Meinhof fut condamnée à huit  ans de prison, le 29 novembre 1974. Moins de deux ans plus tard, le 9 mai 1976 au matin, on la retrouva pendue (prison de Stuttgart-Stammheim), paraît-il au moyen d’un foulard attaché à la poignée de la fenêtre de sa cellule.

De façon rocambolesque, le cerveau d’Ulrike Meinhof lui fut même prélevé.  Les autorités allemandes concluant qu’elle était devenue terroriste « en conséquence d’une opération du cerveau » (sic) qu’elle avait subie à l’âge de 27 ans. A la fin, le cerveau a été remis – des années plus tard – à la famille d’Ulrike Meinhof et enterré, avec ses restes mortels, dans un cimetière berlinois.

Konkret (février 1968)

Konkret 1972

Konkret 1970

Konkret, 1972

Bien plus tard, c’est-à-dire dans les années 2000, les temps avaient changé. Plus de jolies filles en couverture de Konkret. La ligne idéologique aussi avait énormément évolué, puisque la rédaction se montrait désormais globalement favorable à Israël et aussi, par exemple, aux guerres américaines en Irak.

Ce qui nous intéresse – au blog « En défense de david Hamilton » est la période pendant laquelle David Hamilton a collaboré à Konkret (début des années 1970).

Magazine Twen. Cette couverture est l’oeuvre de David Hamilton.

Les choses que nous n’avons fait qu’esquisser ici pourraient être longuement développées.

Contentons-nous de dire, au moins pour le moment, que David Hamilton avait collaboré à deux des plus importantes revues de son époque – Twen et Konkret. Au centre des débats – vrais ou faux! – de l’après 1945.

Voyez :

https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2018/12/24/david-hamilton-et-twen/

Peut-être la couverture la plus rare et difficile à trouver du n° de TWEN avec David Hamilton (chemise sombre, pantalon blanc, chapeau) lors d’une séance de photographies. Numéro de juin 1970.

Le sexe, certainement, avait été l’un des enjeux d’un combat entre une révolution et une contre-révolution sexuelles. Ce qui s’était joué, ici, c’était la récupération du sexe par des pouvoirs soucieux de l’expurger de toute potentialité révolutionnaire. On ne peut certes exclure que le pouvoir en place ait peu à peu cédé à la vague de la libération sexuelle, voire l’ait encouragée, dans le seul but de se protéger de dangers plus grands pour lui.

Aujourd’hui, tout cela est très loin. Il n’y a plus aucune révolution érotique en vue – cette révolution érotique qui n’a eu sans doute eu lieu qu’en apparence, et que pour une toute petite élite. Laquelle n’a guère eu, et c’est là hélas que réside le problème, de postérité très visible.

David Hamilton n’en aura pas moins été, lui – et pour lui-même, et pour ceux qui l’ont compris –  un révolutionnaire de l’érotisme.

David Hamilton, revue allemande Konkret, 1973

Une couverture de « KONKRET » illustrée par une photographie de David Hamilton

David Hamilton, dans « Konkret » (Mona)

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