L’anti-événement de marketing littéraire: « Je crie à toutes filles mercis »

« Je crie à toutes filles mercis »… Un livre appétissant!

Mon livre Je crie à toutes filles mercis poursuit inexorablement sa diffusion, même si la presse aux ordres de la médiocrité, naturellement, se garde soigneusement d’en parler.

Etrange. Trois ou quatre écrivains français m’ont écrit, en privé, pour me dire qu’il s’agirait, selon eux, d’un livre extraordinaire. Et pourtant… Et pourtant, personne n’en parle!… Mystères de la société du spectacle et de la triste comédie du monde contemporain…

Pourquoi? Est-ce parce que les Français ne lisent plus? Est-ce parce que la radinerie se généralise de plus en plus, de telle sorte qu’il est souvent difficile pour ne pas dire impossible que même mes proches s’arrachent un billet de dix euros du cul?

Ou alors, est-ce parce que le quotient intellectuel des Français, et donc celui des critiques dits « littéraires » aussi, ne cesse de baisser? Est-ce parce que le troupeau des êtres humains pense comme on lui dit de penser, chie où on lui dit de chier et lit ce qu’on lui dit de lire?

Ou parce qu’il est nettement plus facile d’encenser des livres qui n’appartiennent nullement au genre de la littérature, mais seulement aux opérations publicitaires, programmées depuis belle lurette, de promotion commerciale des minables?

Ou pour quelles autres raisons, encore? Entre autres, parce que ce live parle beaucoup de David Hamilton, et qu’il en dit du bien?

Est-ce parce que David Hamilton, qui avait de son vivant et à l’époque de sa gloire une réputation d’arrogance, était évidemment lui aussi – tout comme moi – quelqu’un qui n’était nullement fait pour vivre au vingtième siècle – ou au suivant?

On comprend certes aisément qu’il ait pu choquer, David Hamilton, au vingtième siècle. Dans un entretien fameux paru (il y a une quarantaine d’années) dans la prestigieuse revue Esquire, en effet, on lui demandait par exemple pourquoi il photographiait des jeunes filles. Il avait répondu: « Je préfère les filles aux garçons ».

Je publierai prochainement, sur ce blog, le texte intégral de cet entretien de David Hamilton, paru dans Esquire.

Heureusement, je peux compter sur un petit noyau de lecteurs qui ne suivent pas, comme des moutons de Panurge, les modes contemporaines. Certes, ces lecteurs sont fort rares. Mais ils existent. Merci à eux.

*

En attendant, donc, voici – ou plutôt revoici – un extrait de mon dernier livre en date, Je crie à toutes filles mercis (532 pages).

Pourquoi ai-je aimé David Hamilton?
C’était un homme qui, en France et au vingtième siècle, disait de son propre
milieu, celui de la photographie, qu’il ne s’y connaissait aucun ami.
David Hamilton tenait farouchement à son indépendance et n’était membre
d’aucun club, d’aucune association, d’aucune loge, d’aucun mouvement, d’aucun
syndicat, d’aucun parti.
David Hamilton constatait qu’il avait passé chez ses anciens employeurs les
années les plus ennuyeuses de sa vie.
David Hamilton déclarait noir sur blanc que ses éditeurs étaient des incompétents.
David Hamilton, né à Londres, médisait des Anglais.
David Hamilton se gaussait des pseudo-révolutionnaires. Et de la pseudo-avant-
garde artistique.

David Hamilton, l’homme qui n’aimait pas les femmes.
David Hamilton, l’homme qui aimait, c’est tellement différent, les jeunes filles!
David Hamilton disait: Un pour cent du monde est blond.
Puis il photographiait les filles brunes comme les blondes.
David Hamilton, ami de l’éternité, de la beauté, du classicisme.
David Hamilton était un homme libre.
David Hamilton confiait: «Depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours refusé
de me conformer. Je me suis insurgé de façon subtile mais ferme contre la banalité
du monde où j’étais né. Je n’ai jamais accepté la vie telle qu’on me la présentait et
j’ai toujours cherché des horizons meilleurs en fuyant la grisaille de Londres»…
Une toute petite goutte de nectar au milieu des égouts du monde moderne.
Voici ma définition de l’oeuvre de David Hamilton.
Est-il étonnant qu’Olivier Mathieu ait aimé David Hamilton?
Un jour, Roland Jaccard m’a écrit ceci: «David Hamilton vous doit beaucoup».
C’était comme si le compliment me fût venu, d’outre-tombe, de David Hamilton
en personne.

On ne retrouve jamais les jeunes filles, toutes les filles, celles qu’on a eues,
celles qu’on a perdues, celles qu’on n’a jamais eues, qu’en les écrivant.
Voilà, c’est fait.

***

Ironie du destin, peut-être les jeunes filles les plus mystérieuses, les plus essentielles,
les plus lacérantes resteront-elles absentes de l’inventaire donjuanesque,
de tout catalogue de Pierre Louÿs, de tout album de David Hamilton, des romans
de Roland Jaccard et de ces Mémoires éphébophiles.

***

Ma philosophie de la Jeune Fille a été celle de l’érotisme envisagé comme un
jeu. Dans l’oeuvre photographique de David Hamilton, tout pareillement, il n’y a
pas de sexe. Pas de sexe génital, en tout cas, parce que le sexe génital n’est pas
intéressant. La pénétration, c’est de la boucherie. J’ai préféré que les nymphettes
me prodiguent des fellations. J’ai privilégié le cunnilingus. Vive le monde idyllique
– mille fois plus réel que l’autre – de la pure sensualité hamiltonienne. Il avait
mille fois raison aussi, le personnage du film Emmanuelle qui définissait l’érotisme
comme l’art d’humaniser l’acte sexuel. L’érotisme authentique est le règne des jeux
enfantins, des étreintes saphiques, et de la passion suprême de Humbert Humbert
pour Lolita. David Hamilton ne m’aurait certes pas contredit. Je suis heureux et
fier que mon existence entière ait été inspirée par une sensualité non génitale,
libérée de la pornographie qui est celle de la pénétration.
A toutes les putains, à toutes les coquillardes, à toutes les passantes, à toutes
les jeunes filles de David Hamilton, à toutes les héroïnes de Roland Jaccard, à
toutes les Lolitas de Vladimir Nabokov, aux filles qui m’ont perdu, aux filles qui
m’ont sauvé, à toutes les pures salopes, à toutes les salopes pures, je crie à toutes
filles mercis.
A toutes filles auxquelles un souvenir était dû, mercis!

(Long extrait de « Je crie à toutes filles mercis »).

Couverture du livre « Je crie à toutes filles mercis ».

********************************

On vient donc de lire, ou de relire, le texte extrait de « Je crie à toutes filles mercis », tel qu’il a d’ailleurs été cité (en français) ici :

http://maxstolzenberg.com/2018/10/28/je-cries-a-toutes-filles-mercis-and-two-other-erotic-novels-of-olivier-mathieu/

Je renvoie aussi à ce superbe article de Roland Jaccard:

OLIVIER MATHIEU DIT MERCI À TOUTES LES FILLES…

 

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