Quesada, d’une émission fameuse au rôle de bouc émissaire…

Je vais essayer de dire ici quelques mots au sujet de ce M. Quesada dont on parle beaucoup, depuis quelques jours. Je vais même essayer d’en dire ce que personne n’en a jamais dit.

D’après la presse, j’apprends que ce monsieur aurait gagné beaucoup d’argent, dans le passé, à l’occasion de « jeux télévisés ». On en parle même comme d’un « champion ». On peut facilement trouver, sur Internet, de quelles émissions il s’agissait, sur quelles chaînes elles ont été diffusées, et à quelle époque.

Parlons clair. Il faut donner son opium au peuple, et l’Etat n’y manque pas. Pour ça, il y a  tous les quatre ans la Coupe du Monde de fouteballe. Il y a l’Eurovision. Il y a plein de choses.

Et il y a les « jeux » télévisés. Ou des animateurs de téloche posent des questions de « culture » (???) générale à des candidats (certains, probablement, choisis par copinage). Les chaînes ont évidemment intérêt à ce que certains de ces candidats restent sur le plateau pendant plusieurs semaines, car tout est bon à faire grimper l’audience (et donc les tarifs publicitaires).

Le Système, dans son ensemble, y gagne. Des millions de gens, en extase,  se collent – les malheureux – devant leur petit écran. Plus il y a  de citoyens scotchés devant leur télé, mieux c’est pour l’Etat, pour le Système et pour les chaînes, à tout point de vue.

Et tout ça convainc les masses que la « culture » consisterait à répondre à des questions (souvent ineptes). Ainsi la « culture » (sic), la sous-sous-sous-sous culture des jeux télévisés, la non culture, l’anti-culture des jeux télévisés s’installe dans les moeurs et ce fameux « inconscient collectif ».

La culture n’est plus d’avoir lu des livres (et, si possible, de les avoir compris). Non. La »culture » à la Quesada, c’est par exemple  d’avoir appris par coeur des titres de bouquins écrits par des centaines ou des milliers d’auteurs. La ménagère, dans sa province, est en extase. « Qui a écrit La petite Fadette? George Sand ou Georges Marchais? Vous avez cinq secondes! ». George Sand! Il a dit George Sand! Oh putain le mec, la culture!… Le champion! Le champion des champions!

Pauvre France, dont des millons de téléspectateurs se pâment d’admiration devant de tels prodiges

Mais puisque tout ça rapporte du pognon (oh! comme c’est bon le bon pognon!) aux chaînes de télé, il va de soi que de grosses voire de très grosses sommes auraient été versées à Monsieur Quesada (et à une infinité d’autres candidats comme lui). On parle de sommes astronomiques. Les montants annoncés – qui sont scandaleux – correspondent-ils à la réalité? Bien malin qui le dira…

C’est la grande médiocrisation en marche!… Les chaînes de télévision médiocres d’un pays médiocre proposent, au grand public, des jeux médiocres au contenu médiocre, jeux auxquels participent des candidats qui voudront bien m’excuser si je qualifie beaucoup d’entre eux de médiocres (étymologiquement, «qui est, par la quantité ou la qualité, entre le grand et le petit»). J’en ai même très bien connu un, de ces tout petits messieurs. Il a établi, lui aussi, un record de plusieurs mois dans une de ces émissions pour des « champions », vers 1990…

Ma mère parlait couramment dix-sept langues, elle enseignait à l’Université, elle n’a jamais participé à une émission de jeux télévisés et peut-être ne connaissait-elle pas par coeur la liste d’absolument tous les pays (notamment les plus minuscules et les plus éloignés) du monde. Ou encore, n’aurait-elle pas pu dire le numéro attribué à tous les départements français… Il faudrait être un crétin, cependant, pour dire que ma mère fût moins « cultivée » que les gagnants rendus millionnaires par ce genre de « jeux ».

Je crois donc avoir été clair en ce qui concerne ce que je pense, forcément, des candidats de ces « jeux », et donc – parmi eux – de ce M. Quesada.

On a appris, tout récemment, qu’auraient été découvertes des images pédo-pornographiques sur le (ou les) ordinateur(s) de M. Quesada, lequel est aussi accusé de « corruption de mineur ». Il n’a fallu que quelques jours pour que l’on apprenne, toujours par la presse, que M. Quesada aurait été condamné, au début des années 2000, sans doute pour des faits de même nature (même si, pour l’heure, la presse n’a pas vraiment apporté de précisions à ce sujet).

Aussitôt, les animateurs ou anciens animateurs de téloche (moi qui n’ai jamais regardé la télé de ma vie, j’entends prononcer notamment les noms de MM. Patrice Laffont et Jean-Luc Reichmann) ont commencé à dire tout le mal qu’ils pensaient soudainement du nouvel avatar du Mal absolu, j’ai nommé M. Quesada. MM. Laffont, Reichmann et d’autres ont tenu à faire savoir qu’ils n’avaient rien à voir avec lui et que, M. Quesada étant très « méchant », eux faisaient partie du camp des « bons ».

Ce M. Jean -Luc Reichman a écrit ce qui suit (à mon avis, s’il est candidat à un jeu au sujet du respect de la langue française, il ne gagnera pas):  » Je suis ce matin sous le choc et je ne peux qu’exprimer mon sentiment d’horreur, de dégoût et de colère. Je réitère aujourd’hui tout mon respect à la Brigade des Mineurs qui fait un travail remarquable au quotidien, et également à toutes les personnes qui travaillent à combattre ces prédateurs qui peuvent, de près ou de loin, nous côtoyer. »

« De près ou de loin », euh, non, M’sieur… Côtoyer signifie (en français) marcher à côté de quelqu’un, vivre à côté de quelqu’un, être très proche de quelqu’un, tout près de quelqu’un. On ne peut donc pas côtoyer quelqu’un « de loin », cher M. Reichmann. En tout cas, tant que l’on écrit en français…

On assiste dans l’Affaire Quesada à ce qui survient généralement dans les affaires de ce genre. L’ancien candidat Quesada, rendu jadis célèbre et riche par les chaînes de télé et les animateurs, est soudain devenu infréquentable. « Je ne le sentais pas, ce type. C’est un emmerdeur, un personnage sulfureux et un manipulateur extraordinaire. Il voulait revenir une nouvelle fois dans l’émission, mais j’ai fini par l’écarter. Il était même blacklisté. J’avais mis une croix définitive et interdit à mes collaborateurs de le reprendre. Pour lui, la porte était fermée », dit Patrice Laffont cité par la presse. Mieux encore, Laffont avait même parlé à Reichmann de la « face cachée » de Quesada. « Jean-Luc (Reichmmann) est tombé des nues », indique Patrice (Laffont).

Curieux aveu. Les chaînes de téloche, alors, invitent décidément n’importe qui? Et là-dessus, la presse se demande pour quelle raison personne n’a demandé son casier judiciare à Christian Quesada. Question intéressante, et qui ouvre des perspectives peut-être encore partiellement inexplorées dans cette belle (je plaisante) société moderne et contemporaine. Je m’explique. Il se peut que M. Quesada ait été condamné par la justice. J’ignore pour quels délits il l’aurait été. Ce que je sais, c’est que M. Quesada, comme tout citoyen français, a droit à la présomption d’innocence pour les faits dont il est accusé. Ce que je sais aussi, c’est que la justice devrait être rendue dans les tribunaux, pas dans les journaux pipoles.

Supposons  que M. Quesada ait effectivement été condamné avant de participer à des émissions. La première question que je pose (et que, semble-t-il, personne ne pose) est: pour quel motif quelqu’un qui a été condamné par la justice serait-il privé du droit de participer à des émissions de… jeux à la téloche? La seconde question est: dorénavant, après l’Affaire Quesada, va-t-on demander leur casier judiciaire à tous les candidats à des jeux télévisés?

Le tribunal de grande instance de Lille a annulé, en avril 2008, un mariage entre musulmans,  car l’épouse avait menti sur sa virginité. Les chaînes de téloche vont-elles dorénavant refuser des candidats si les casiers judiciaires de ceux-ci ne leur semblent pas suffisamment… candides (candidat, latin candidatus, dérivé de candidus, « vêtu de blanc») ?

Selon certaines sources (à prendre avec des pincettes, puisqu’il s’agit de sources médiatiques), Quesada aurait été impliqué dans trois affaires datant de 2001, 2003 et 2009. Il s’agirait d’accusations de « corruption de mineurs », de « détention d’images pédopornographiques » et « d’exhibition ».

Au fait, corruption de mineurs? Ou corruption de mineures? Il est amusant de noter que la presse (la même presse qui cause d’auteures, sic, d’autrices, re-sic, ou d’autoresses, re-re-sic !) emploie le terme « corruption de mineurs » quand il s’agit de Quesada. Or, si le terme auteur a pour féminin selon certains auteure, on ne croit pas savoir que le terme mineur ne fasse déjà plus, au féminin, mineure. Même si ces vieux concepts d’homme et de femme semblent actuellement extrêmement dépassés, je fais partie de ceux qui notent encore quelque différence entre un mineur et une mineure.

Il me serait agréable, afin d’être correctement informé, de comprendre si Quesada est donc accusé de corruption de mineur(s) ou de corruption de mineur(e)s. Michael Jackson est accusé d’avoir dormi avec des garçons de moins de dix ans, et par conséquent d’avoir eu des tendances homosexuelles. D’après la presse et jusqu’à plus ample informé, Quesada aurait quant à lui essayé de « corrompre » – à distance – une jeune fille de 17 ans.

Si la presse a raison quand elle parle d’images (retrouvées sur les ordinateurs de Quesada) pédo-pornographiques d’enfants violés, alors il est évident que ce M. Quesada a surtout besoin d’être soigné. Je n’entends pas être de ceux qui voudraient (peut-être encore aujourd’hui) censurer Salo’ ou les 120 journées de Sodome, de Pasolini (qui est une oeuvre de fiction), mais il est évident que des images de viols d’enfants doivent être abjectes (encore plus abject que de posséder de telles images, me semble-t-il, est d’ailleurs le fait de les mettre en scène et de les tourner).

Si M. Quesada s’est rendu coupable d’exhibitionnisme, ou de détention d’images pédo-pornographiques abjectes, ou de corruption de mineure, je suppose qu’il sera puni – si ces faits sont avérés – par la justice, ou confié à des psys.  Ici encore, comme dans d’autres affaires, ce sera à l’enquête de révéler la vérité.

Il est temps de conclure.

  1. Quels que soient les faits reprochés à Quesada, il me semble regrettable que son procès ait lieu, dans son cas comme dans beaucoup d’autres de ce genre, sur cette « place publique » que sont devenus, ou qu’ont toujours été les « réseaux sociaux ». Plus exactement même, tel était le rôle dévolu, dès l’origine, aux réseaux sociaux. Il est toujours profondément risible de voir la presse prendre à témoin les masses d’ânes qui publient leurs opinions sur Twitter ou Facebook, lesdites opinions étant en tout point conformes et semblables à celles dont les mêmes médias leur ont préalablement  bourré la tête.

2. Il me semble extrêmement déplorable de faire, de Quesada – un monsieur somme toute parfaitement insignifiant – un diable, et cela après l’avoir placé sur les piédestaux de la pauvre téloche française, en en faisant un « champion ». Champion de quoi? Champion du néant. Quesada est un champion de pacotille et un diable de pacotille. On lui a fait trop d’honneur en en faisant une vedette, on lui en ferait trop en en faisant un monstre. Le monstre, en latin, est ce qui n’apparaît qu’une seule fois. Quesada est d’une complète et totale banalité.

 Le Système, dont la télévision est aujourd’hui l’un des principaux pilastres, aime à brûler ceux qu’il a adorés. On a fait, d’un pauvre type, une vedette millionnaire. Et puis un bouc émissaire. Grâce à la Bible (cf. notamment le Lévitique, XVI), heureusement, on sait que  la communauté d’Israël croyait et entendait effacer tout ce qui, à ses yeux, représentait des impuretés, et cela en les transmettant symboliquement à un bouc qu’on lâchait ensuite (pas symboliquement du tout, cette fois) dans le désert (et de là provient l’épithète émissaire, du latin emittere, « envoyer ». Et voilà expliqué le titre de cet article, qui est un jeu de mots entre les émissions (de télé) de Quesada et son nouveau statut de bouc émissaire.

Cette fois, après les précédents et avant les suivants, c’est Quesada qui va faire l’expérience du désert. La forme contemporaine du désert, c’est le lynchage médiatique.

Le petit monde médiatique, qui devrait dans tous les cas laisser la justice opérer de façon indépendante et sereine, serait peut-être bien inspiré de balayer devant sa propre porte.

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