L’éthylomètre de cristal fait son entrée dans la vie politique française

J’aurais peut-être dû faire ministre… Je plaisante! En tout cas, c’est inouï le nombre de « post » que les ministres publient sur Facebook. Je ne risque rien, heureusement, car je ne suis pas, et ne veux pas être, sur Facebook.

Sur Facebook, en revanche, on peut aisément trouver Marlène Schiappa. La ministresse – ministresse, mot qu’employèrent Stendhal, Giraudoux et une infinité d’autres – a la plume certes pas très élégante, mais facile.

Et bien sûr, elle revient abondamment sur le buzz du moment, l’irruption présumée de « gilets jaunes » devant son domicile du Mans (ville dont elle a été adjointe au maire;  et conseillère communautaire au Mans Métropole à partir de 2014).

Lundi,  elle avait raconté comment « une quarantaine de gilets jaunes furieux », aux « slogans agressifs », étaient passés sous ses fenêtres. Depuis lors, elle a également clamé que ses avocats poursuivront en justice « toute publication d’images » susceptible d’identifier l’endroit habité par ses pénates.

Plusieurs articles de journaux ont largement relativisé son récit. Entre autres, il existe une vidéo tournée par l’un des témoins (j’emploie le mot témoin, ici, au sens de : personne qui assiste à un événement). « Il n’y a pas eu de menaces de mort, pas d’intrusion. On n’a frappé ni aux portes ni aux fenêtres. On n’a rien tagué« , indiquait ainsi l’un des manifestants, dans les colonnes du journal Le Monde.

« Les insultes et les nuisances sonores sont parfaitement audibles dans cette séquence. En revanche, il est impossible, avec cette seule vidéo, de prouver que ces gilets jaunes ont prononcé des menaces de mort ou frappé aux fenêtres« , concluait le journal.

La presse, en France, n’est-elle point libre? En tout cas, ces propos semblent avoir au plus haut point indisposé  Marlène Schiappa.

« À quel moment notre société a renversé son système de valeurs au point de considérer que les victimes sont les coupables et les agresseurs des victimes ? », a-t-elle proclamé.

Curieux propos… A quel moment la société a-t-elle considéré que les « coupables » et les « victimes » seraient désignés par les victimes présumées? L’heure est-elle venue où c’est Marlène Schiappa qui déciderait que les « coupables » sont ceux… contre qui elle porte plainte?

Madame le Secrétaire d’Etat porte plainte? Parfait. Mais elle le fait contre des coupables présumés tandis qu’elle est, elle, la victime présumée. C’est à cela que sert la justice, qui est faite – comme son nom l’indique – pour juger.

Marlène Schiappa avait divorcé de son premier mari au bout de trois semaines. Elle tient en revanche à dire sa reconnaissance au second, Cédric Bruguière, pour le quasi héroïsme qu’il a (dit-elle) manifesté :

« A quel moment on se dit que la version des auteurs des faits est la version qui fait foi?! À quel moment on ne pense pas que si l’on n’entend pas ce que dit mon mari, on n’entend pas non plus ce qu’on lui dit à cet endroit, plus loin du téléphone qui filme, et donc les menaces de mort que 6 témoins certifient formellement avoir entendues? », ajoute le secrétaire d’Etat.

Fort naïf raisonnement… En quoi « six témoins » de Marlène Schiappa vaudraient-ils davantage que les vingt ou quarante témoignages de gilets jaunes?

Tous les témoignages sont à écouter, ils devraient tous être analysés. Il existe en effet de vrais témoins (ceux qui capables de démontrer l’exactitude et la véracité de leurs propos) et il existe aussi de faux témoins.

En France, des millions de pauvres gens sont avides de savoir si les millions de Jean-Phuilippe Smet (dit Johnny Hallyday) vont finir dans les poches de ses enfants des premiers lits, ou alors dans celles de son épouse et à leurs deux enfants adoptifs.

Hier, on lisait dans L’Express, dans un article consacré à ce sujet dénué à mes yeux du moindre intérêt: « et autres témoignages, nombreux mais subjectifs et donc sujets à caution« .

Ah! J’aimerais comprendre pourquoi, dans certaines affaires, les témoignages sont subjectifs et sujets à caution et pourquoi, dans d’autres affaires (comme l’affaire des accusations et diffamations contre David Hamilton), il faudrait les considérer comme parole d’Evangile.

Le fait est pourtant que tout « témoignage », le « témoignage » de n’importe qui, au sujet de n’importe quoi, est obligatoirement subjectif et sujet à caution. Tout témoignage doit être versé au dossier, tout témoignage doit être étudié, tout témoignage doit être corroboré. Rappelons que chez les anciens, le faux témoin était puni de mort : « Le juge suborné est puni de mort, le faux témoin précipité de la roche tarpéienne« , notait Michelet dans sa fameuse Histoire romaine, parue en 1831.

Edwy Plenel (directeur de Mediapart) a affirmé (sur Twitter) que le secrétaire d’Etat multiplierait les « fake news sur la manifestation des gilets jaunes passée devant son domicile« .

La réplique de Marlène à Edwy n’a point tardé, on s’en doute, et c’est une réponse épique : « Tremble Edwy Plenel, tremblez gilets jaunes avinés avec vos pétards et vos injures face au ‘pouvoir’ de fillettes entre 6 et 12 ans endormies avec leurs peluches sous un poster de dessin animé! »

J’avoue qu’il m’échappe un peu pourquoi Edwy Plenel ou « les gilets jaunes » devraient « trembler face au pouvoir de fillettes entre 6 et 12 ans ». En effet, en France, la responsabilité est individuelle et rien n’indique qu’Edwy Plenel ait été présent au Mans, cette nuit-là.

Dire « tremble! » à quelqu’un, au fait, ce ne serait pas une menace? J’avoue aussi qu’il m’échappe un peu comment fait Marlène Schiappa (à moins de posséder un éthylomètre de cristal)  pour savoir que des gens qui passent dans sa rue sont « avinés ». Elle les suspecte donc de boire de façon immodérée ou, pour le dire en d’autres termes, d’être des ivrognes.

Or, il ne peut échapper à personne qu’une vingtaine de manifestants  ne peuvent pas être assimilés à TOUS les « gilets jaunes ». Tout pareillement, il serait absurde et illogique de considérer que TOUS les policiers soient coupables, quand un policier blesse ou tue un manifestant des gilets jaunes.

Si des insultes (voire des menaces) ont été proférées sous les fenêtres du domicile schiappien, les éventuels coupables seront jugés, après avoir été identifiés, et condamnés après que la preuve de leur culpabilité aura (peut-être) été établie.

*

On comparera avec le sort qui fut réservé à David Hamilton.

Oui, on voudrait comprendre pourquoi les « témoignages » au sujet de David Hamilton devraient être considérés comme « objectifs ».

Répétons: tout « témoignage », au sujet de n’importe quoi, est nécessairement subjectif et sujet à caution. « Sujet à caution » signifie, en bon français, que tout témoignage ne mérite et n’est digne d’être cru que moyennant production d’une caution.  Tout témoignage est douteux et ne mérite qu’une confiance limitée, jusqu’à preuve du contraire. C’est le sens de l’expression « sujet à caution » et c’est aussi, accessoirement, la base du droit.

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