Académie française, élection du 6 juin 2019: « Je vous dispense, Messieurs et Mesdames les académiciens, après avoir voté pour moi, de m’en remercier »…

Je serai candidat au fauteuil de Michel Déon, à l’Académie française (6 juin 2019).

*

Cette élection aura lieu, quai de Conti, le 6 juin 2019.

Non seulement j’ai reçu une voix en 2003 contre l’ex-président Giscard, non seulement je suis depuis 1634 le seul et unique candidat qui s’est présenté sous trois identités, non seulement je suis le seul candidat à avoir jamais proposé aux académiciens de leur enseigner le français.

Mais encore, il y a des décennies entières, voire des siècles, que l’Académie n’avait pas reçu une lettre comme celle-ci.

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Olivier Mathieu

S., le 5 décembre 2018.

Monsieur, Madame l’académicien,

Il convient tout d’abord que je présente mes excuses à l’Académie française, dont vous faites partie, puisque c’est sans doute à la multiplicité de mes candidatures – la première remonte à 1990 – que l’on doit depuis lors le grand nombre de postulants  farceurs qui, avides de sortir de leur anonymat, trouvent de la sorte l’occasion de voir leur nom imprimé dans les journaux, afin de mieux y proclamer l’inexistence de leur oeuvre.

A dire vrai,  sans doute l’Académie eût-elle évité cette mode des candidatures à répétition, et tout ce pauvre petit brouhaha narcissique et insignifiant, si elle m’avait tout simplement, et directement, élu.

Vu l’époque, il n’en a rien été. En 2003, après que je me fus présenté sous mon pseudonyme littéraire de Robert Pioche – chose qu’avaient soulignée divers journaux, avant même le jour de l’élection au fauteuil de Senghor – il ne se trouva guère que Maurice Druon pour déposer, dans l’urne, un bulletin marqué de mon nom.

Ce jour-là, les académiciens ont invité à siéger parmi eux un ancien homme politique français dont nul n’a oublié les pages sublimes, et très dignes de figurer dans quelque anthologie (mais une anthologie de quoi?), consacrées à l’éblouissement que lui avaient procuré les cuisses d’une dame ministre.

En avril 2011 , Etienne de Montety, directeur du Figaro littéraire, manifesta en première page du Figaro l’étonnement qu’il éprouvait en constatant que l’Académie se privait, en ne m’élisant pas, d’un poète.

En effet, la paucité des académiciens qui ont eu le courage ou le goût de voter pour moi a toujours été à mes yeux un motif de douce hilarité.

Qu’en pensera la postérité? Ma foi, la postérité n’en pensera rien, parce que la postérité ne pensera plus. Il suffit de contempler ce qu’est devenu le monde en général, et la France en particulier, pour le comprendre. L’illettrisme se répand, la langue française est une langue morte, le monde de l’édition est la plupart du temps celui des faiseurs. Il n’y a presque plus d’écrivains ou de penseurs dignes de ce nom. On en voit les résultats. Beurk. Le vomitoire, je vous prie?

Que l’Académie n’ait jamais voté pour Olivier Mathieu passera donc inaperçu, dans le monde de demain où l’intelligence artificielle ira à noces avec la millénaire, l’atavique, la spécifique, l’épaisse stupidité humaine.

Mais qu’en penseront nos contemporains, du moins ceux qui sont encore capables de penser? Ma foi, il y aura encore quelques écrivains, quelques créateurs véritables – la plupart d’entre eux sont exclus des prix littéraires, des plateaux de télévision et des « bonnes » librairies – pour déplorer qu’Olivier Mathieu ne reçoive aucune voix. Chose qui, en effet, si l’on n’était pas dans le monde à l’envers, serait une insulte non seulement à la logique mais aussi à la littérature elle-même.

En vérité, je ne viens nullement, Monsieur ou Madame l’académicien, vous implorer de m’élire.

C’est moi qui viens vous offrir l’occasion historique de démontrer qu’il resterait à l’Académie française, en 2019, quelqu’un doué d’originalité, d’intuition, de sens critique et d’amour de la littérature…

Dans cinquante ou cent ans, s’il existe une société qui connaisse encore même vaguement le sens du mot « liberté », et si l’être humain n’est pas définitivement lobotomisé et robotisé, des gens s’étonneront, en cherchant à se souvenir des noms des membres de l’Académie française de 2019. Ils s’écrieront, hilares:

– « Tiens, la liste des gens qui n’ont pas voté pour Olivier Mathieu »…

Voilà le sort posthume mais peu enviable  que je m’efforce, très bénévolement, de vous éviter.

Je viens d’écrire mes mémoires. Ils sont intitulés « Je crie à toutes filles mercis« , allusion diaphane à François Villon. Mon livre, qui compte seulement 532 pages, a été salué par l’écrivain Roland Jaccard, au moyen d’un superbe article paru sur son blog.

Roland Jaccard y affirme que je manie la langue française à la perfection. S’il dit cela, c’est qu’il m’a lu.

Je me demande, en revanche, combien d’académiciens m’ont lu. De deux choses l’une. Ou bien les académiciens français, et leurs consoeurs, ne m’ont point lu: et il me semble que c’est là manquer aux devoirs de leur fonction, qui est celle de se renseigner sur l’oeuvre de ceux qui postulent à un fauteuil.

S’ils m’ont lu mais ne votent pas pour moi, je me répands en conjectures quant aux raisons de leur attitude. Si les académiciens lisaient mes livres, notamment mes  mémoires, se priveraient-ils de ma collaboration, qui leur serait pourtant éminemment utile, chaque jeudi, afin de poursuivre la rédaction de leur dictionnaire?

Chaque fois que j’ai offert  mes livres aux académiciens, voire que je leur ai écrit, combien peu ont eu l’élémentaire courtoisie de m’en remercier! Comment cela est-il possible? Que devient le vieil esprit français de politesse? Mort, enterré, putréfié…

J’ai décidé de me présenter, le 6 juin 2019, au fauteuil de feu Michel Déon, qui fut vers 1986 mon collègue à la Nouvelle Revue de Paris.

Il y a quelques années, la presse s’était fait l’écho de ma très aimable proposition, adressée aux académiciens, de leur enseigner la langue française à titre gratuit. Qu’ils se rassurent, l’offre vaut toujours.

N’y a-t-il plus aucun membre de l’Académie française, absolument aucun, en ce début de 2019, dans le secret de l’isoloir, pour sauver en quelque sorte l’honneur de cette institution et faire preuve d’indépendance d’esprit et de refus du littérairement correct,  en votant pour moi?

Je vous offre encore une fois, Messieurs et Mesdames les académiciens, la chance historique que l’on puisse dire: quelqu’un, à l’Académie, est capable de  reconnaître un personnage absolument hors du commun, et un talent littéraire authentique: moi, Olivier Mathieu, homme libre, dernier Ménippe, qui devrais pourtant être aisément reconnaissable au milieu de la masse moderne indistincte des ilotes volontaires et des rebelles pour rire.

Dans ma bonté je vous dispense d’avance, Messieurs et Mesdames les académiciens, après avoir voté pour moi, de m’en remercier.

Veuillez agréer, et cetera desunt.

Olivier Mathieu

*

Couverture du livre « Je crie à toutes filles mercis ». Les Zacadémiciens devraient le lire…

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