David Hamilton et Jacques Chirac

J’ai toujours tendance à tiquer quand je lis, ici ou là, que « les Français » se sont recueillis ou se sont succédé devant un cercueil, ou ont ressenti de « l’émotion » lors du décès de qui que ce soit.  Aujourd’hui, par conséquent, j’aurais bien envie de déclarer n’autoriser aucun journal à parler des « Français » car je possède moi-même une carte d’identité de ce pays, l’égalité et la logique veulent que l’expression « les Français » m’englobe : il me faut donc préciser que, à titre personnel (formule chère à Jacques Chirac en personne, lors du second tour des élections de 1981), je ne fais pas partie des Français qui ont été signer l’élyséen registre des condoléances, ou encore ont été se faire des selfies aux Invalides. Enfin, je reste maître et seul maître des émotions que j’ai envie, ou pas, d’éprouver. La presse serait bien inspirée d’avoir l’amabilité de ne pas parler d’une entité abstraite, « les Français », sans préciser que je ne suis nullement concerné.

Sur Internet, où comme on sait la plupart des sites se recopient les uns les autres – exactement comme les journaux de la « grande » presse – il est énormément question du décès de Jacques Chirac. Personne, je pense, n’a songé à écrire un article intitulé « David Hamilton et Jacques Chirac« . Voilà, c’est fait.

Chirac a été président de la République française du 17 mai 1995 au 16 mai 2007, c’est-à-dire à des dates où je n’habitais pas en France. Je n’ai donc aucun souvenir, absolument aucun, de la France chiraquienne. Dans ces années-là, il est même arrivé que l’on me demande qui était le premier ministre en France. Mon ignorance en la matière était complète. Et sincère. Pour moi, il s’agissait de parfaits inconnus au bataillon.

En revanche, ayant été marié pendant plusieurs années à la fille de l’une des secrétaires de Jacques Chirac à la Mairie de Paris (cette mairie où Chirac avait brillamment défait les ambitions du giscardien Michel d’Ornano…), les anecdotes qui m’ont été rapportées contrastent passablement, dans ma mémoire – cette mémoire que j’ai le devoir de cultiver – avec beaucoup de choses qu’on lit dans la presse, ces jours-ci, du matin au soir.

On dit, par ailleurs, que Chirac était un amateur d’art. Chacun donne certes  de « l’art » la définition qu’il veut. Se souvient-on de la chanson « Chirac en prison », oeuvre du groupe de rock français Les Wampas, sortie le 13 février 2006 (label Atmosphériques)? Patrick Ollier, député, avait appelé à la censure et même à… la prison (!!!) pour les auteurs d’une chansonnette, déclarant: « ce délit est passible d’emprisonnement et d’une amende ».

En revanche, on ne sait pas (ou on ne dit pas) que Jacques Chirac était bel et bien président de la République en 2007, lors de la Biennale de Lyon où  l’interdiction fut faite aux mineurs de visiter la salle David Hamilton… Cette interdiction, en contradiction totale avec l’esprit qui était ou aurait dû être celui des organisateurs, fut un éminent exemple d’une censure mise en oeuvre dans la France du second septennat chiraquien. Et sans susciter guère plus de réactions que ça, de la part des amis de la liberté.

«J’ai décidé d’exposer, en 2007, un peu du travail de David Hamilton. Il est né à Londres en 1933, et vit en France de longue date. Il ne fait pas mystère d’avoir choisi ce pays parce qu’il incarnait à ses yeux une forme spéciale de liberté. Deux sondages (en 1992 pour le journal Le Monde et en 2000 pour le magazine Réponse Photo) l’ont désigné comme le photographe le plus connu des Français – que ses oeuvres ne soient, à ma connaissance, présentées dans aucune des collections permanentes des grands musées ne dit rien de spécial au-delà de la confirmation d’un triste conformisme. »
Eric Troncy. Catalogue (page 258).

Voir:

http://2007.labiennaledelyon.com/fran/notices/troncy01.htm

Jacques Chirac, né le 29 novembre 1932 et mort le 26 septembre 2019, a été le contemporain de David Hamilton (1933-2016). Ils sont morts tous deux à Paris, et mieux encore: dans le même arrondissement. David Hamilton est décédé dans le quartier de Montparnasse, tout près du cimetière où va être inhumé Jacques Chirac. Or, Jacques Chirac a eu droit à l’exposition de son cercueil aux Invalides et à des tonnes d’hommages étatiques et médiatiques. Alors que David Hamilton, lui, qui fut pourtant pendant longtemps le photographe le plus connu des Français, n’a eu droit absolument à RIEN. Pourquoi ce deux poids, deux mesures, s’agissant de deux hommes de la même génération, décédés dans la même ville et tout aussi célèbres l’un que l’autre?

Aujourd’hui, on voit Valéry Giscard « d’Estaing » participer aux cérémonies religieuses ou laïques organisées pour la mort de Jacques Chirac auquel il reprochait pourtant, dans ses oeuvres littéraires (je suis d’humeur badine, aujourd’hui!) sa défaite de 1981. Giscard, c’est ce candidat qui, en 1974, appelait par téléphone les permanences de Jacques Chirac en déguisant sa voix et en demandant pour qui il fallait voter. « Pour Mitterrand », lui répondaient paraît-il les téléphonistes chiraquiens.

Le même Giscard , en 2009 encore, accusait Jacques Chirac d’avoir fait financer sa campagne de 1981 par le gabonais Omar Bongo.  Fatal en 1974 au degaulliste Jacques Chaban-Delmas, fatal en 1981 à Giscard « d’Estaing », Chirac avait fini par être élu. Et il avait fait deux septennats, lui! Il n’était dès lors plus resté à Giscard qu’à se présenter à l’Académie française où, malgré mes modestes efforts (dix-neuf voix lui, une seule moi), il avait été élu au nombre des Immortels. Contrairement à Chirac.

Face à tant de funérailles de masse (D’Ormesson, Johnny, Chirac…), comment ne pas songer – en ce 30 septembre 2019 où Jacques Chirac va être inhumé à Montparnasse – à la discrétion des obsèques de David Hamilton?

Aujourd’hui, « les Français » rendent hommage à Jacques Chirac, qui fut mis en cause dans de nombreuses affaires judiciaires tout au long de sa carrière, et s’était retranché à chaque fois derrière  son « immunité présidentielle ».  Poursuivi dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, il avait été condamné à deux ans d’emprisonnement avec sursis en 2011, étant ainsi le premier chef de l’État français à se voir condamné en justice. Pour Chirac, funérailles, défilé, macronien discours, et selfies aux Invalides.

David Hamilton, lui, n’avait jamais été condamné à quoi que ce soit. Une plainte déposée contre lui par une de ses ex-maîtresses avait été classée par un non lieu à poursuivre. Mais pour David Hamilton, aucunes funérailles, aucun deuil national.

Curieux, ce monde… Votre monde… Pas le mien…

 

 

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