Gabriel Matzneff, « l’ogre » d’une nouvelle ogrerie

« La prunelle de mes yeux » (Gallimard / Folio)

A LIRE

https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2019/10/19/lextreme-connerie-a-frappe-gabriel-matzneff/

Et:

https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2019/10/30/apres-laffaire-david-hamilton-le-lynchage-mediatique-de-lecrivain-g-est-il-imminent/

Et enfin:

https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2019/10/30/la-rebellion-de-galatee-quel-ecrivain-sera-la-prochaine-victime/

 

Je reviens de nouveau sur  le scandale que certains tentent visiblement de provoquer, autour de la sortie d’un roman – que je n’ai pas lu – ou d’un présumé roman, intitulé Le consentement, signé par une dame répondant au nom de Vanessa Springora. En tout cas, le terme « roman » devrait se trouver sur la couverture ou sur la page de garde du Consentement, comme il se trouve sur La Consolation de Flavie Flament. Cela dit, suffit-il d’écrire « roman » sur la page de garde d’un bouquin pour être… romancier?

Le Consentement est, avant tout, une ogrerie. Une ogrerie étant, pour qui l’ignorerait, une oeuvre littéraire – ou présumée telle – où apparaissent des ogres et autres individus dépeints comme les êtres les plus cruels et effrayants qui soient.

L’Express et Le Monde ayant placé les premières banderilles, nul doute que les autres organes de presse ne poursuivent ce lynchage médiatique annoncé. On va avoir une infinité d’articles (se recopiant souvent les uns les autres) contre l’écrivain, aujourd’hui fort âgé, Gabriel Matzneff. Ce qui va permettre de salir d’autres personnages (comme par exemple François Mitterrand ou Cioran), morts depuis longtemps et, de ce fait, incapables de se défendre. Quoi de plus facile que d’accuser des morts, ou de leur prêter tel ou tel propos?

Le Consentement, qui va sortir aux éditions Grasset, ne sera en librairie que la semaine prochaine, mais la campagne de presse est orchestrée avec habileté. Que l’on en juge: 1er décembre 2019, Madame Springora est nommée directrice de Julliard. Un mois plus tard, son roman sur Matzneff sort…

Jadis, un livre obtenait un succès de public et / ou un succès de critique. Aujourd’hui, un opuscule pas encore présent dans les librairies peut être « fameux » d’avance; avant d’avoir été lu. Peu importe qu’il soit bien écrit, ou exécrablement écrit. C’est, d’avance, un succès de scandale.

Je n’ai jamais rien lu qui soit sorti de la plume de Vanessa Springora dont – je le confesse – j’ignorais l’existence jusqu’à ces dernières semaines. On dit dans la presse que c’est (depuis peu) la « patronne des éditions Julliard », mais aucune de ses oeuvres ne figure dans ma bibliothèque. Je suis donc un peu perplexe quand je lis dans certains articles des éloges absolument démesurés au sujet du génie littéraire de cette « patronne », cette nouvelle Madame Verdurin du côté de chez Julliard.

J’en viens à Gabriel Matzneff. Traité sans beaucoup d’élégance, dans la presse, de « vieillard » ou de « vieillard en désuétude » – termes déjà employés en ce qui concerne David Hamilton, dont on sait de quelle tragique façon il a achevé sa vie – Gabriel Matzneff n’a certes plus vingt ans. Ses adversaires devraient se souvenir qu’eux aussi vieilliront, qu’eux aussi seront des « vieillards ». Il y a cependant plusieurs sortes de « vieillards ». Ceux qui arrivent à quatre-vingts ans sans avoir jamais rien fait de leurs existences, et ceux qui ont écrit et publié des dizaines de livres. Invité cinq fois par Bernard Pivot à Apostrophes, Gabriel Matzneff (Renaudot essai 2013 pour Séraphin c’est la fin!, La Table ronde) a été et demeure un écrivain incontournable de la littérature de langue française, à la fin du vingtième siècle.

On affirme – voire Matzneff lui-même a affirmé, dans certains de ses livres – qu’il collectionnait les aventures. Et que même les petits garçons lui plaisaient: voilà un goût, à supposer que la chose soit vraie, que je ne partage pas avec Matzneff.  La question est cependant que je ne suis pas juge, ou moraliste. Je ne dois pas nécessairement être d’accord avec tout ce que dit, tout ce que fait, tout ce que pense, tout ce que raconte un écrivain (ou ce que font ou racontent les personnages de ses romans).

Gabriel Matzneff avait connu Vanessa Springora, semble-t-il, en 1985. Elle avait alors treize ans. Chacun peut en penser ce qu’il veut, y compris du mal. Mais outre le fait qu’il faudrait se demander où étaient en ce temps-là les parents de l’alors toute jeune Vanessa, outre le fait que Le consentement n’exprime que le point de vue de son auteur et qu’il faut aussi entendre celui de Gabriel Matzneff en personne (relisez pour cela La prunelle de mes yeux, dont l’héroïne a pour nom Vanessa S.), on constate que ce dernier est d’ores et déjà affublé d’un grand nombre d’épithètes accumulées et quasiment homériques. Comme David Hamilton était (censé être) un « prédateur », Gabriel Matzneff est (censé avoir été) un « ogre ». Après Napoléon l’ogre de Corse, Gabriel Matzneff l’ogre de la piscine Deligny?

La presse cite une phrase du Consentement : »A 14 ans, à la sortie du collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec un homme de 50 ans, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l’heure du goûter ».

Si la phrase est correctement retranscrite, alors elle contient d’ores et déjà une faute d’orthographe, que j’ai soulignée ici en rouge. Ou bien c’est Madame Springora qui n’a pas d’orthographe, ou bien c’est Le Monde: https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2019/12/23/les-temps-ont-change-il-est-devenu-indefendable-dans-un-contexte-post-metoo-le-malaise-gabriel-matzneff_6023870_4500055.html

Selon certains organes de presse, un hôtel où l’ogresque (comme écrivait Balzac, auteur qu’il déteste) Matzneff rencontrait paraît-il Vanessa aurait été payé par Yves Saint-Laurent. C’est L’Express qui l’affirme. Un autre jour, cette même Vanessa y aurait reçu un appel téléphonique de François Mitterrand, désireux de prendre des nouvelles de l’écrivain alors hospitalisé.  « Votre rôle est d’accompagner Gabriel sur le chemin de la création et de vous plier à ses caprices », aurait dit Emil Cioran à cette même Vanessa Springora.  Autant d’épisodes ou de propos qu’il conviendrait peut-être, qu’il conviendrait certainement de vérifier, d’analyser avec cette vertu majeure dont est privé le monde moderne: le sens critique.

Pas mal de choses m’irritent chez lui, je ne partage pas non plus maintes de ses opinions et plusieurs de ses goûts, mais il est libre de les avoir et Gabriel Matzneff est et reste un écrivain d’immense talent. Un talent que ses contempteurs n’égaleraient jamais , même s’ils vivaient trois cents ans.

Il reste à espérer que Gabriel Matzneff, à la suite du Consentement de Vanessa Springora, et surtout de la campagne parallèlement être déclenchée contre lui, ne soit pas poussé au suicide. Il serait en effet infiniment inquiétant qu’après David Hamilton, un autre grand artiste soit accusé (trente ou quarante ans après des faits présumés), et cela non pas devant les tribunaux mais à l’occasion d’un nouveau lynchage médiatique.

Il m’a toujours semblé extrêmement triste que des hommes, des artistes, des écrivains soient privé de leur présomption d’innocence, condamnés par des tribunaux médiatiques, ou doivent – par exemple – se condamner eux-mêmes à l’exil.

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La piscine Deligny, à la fin des années 1980, chère à Roland Jaccard et à Gabriel Matzneff

Photos de Roland Jaccard en compagnie de Gabriel Matzneff à la piscine Deligny:

http://www.roland-jaccard.com/photos/

A lire: Gabriel Matzneff, L’amante de l’arsenal: journal 2016-2018 (Gallimard).

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PS

Des lecteurs ou des lectrices de Gabriel Matzneff (et / ou admirateurs de David Hamilton, l’un n’empêche pas l’autre) peuvent bien sûr laisser des commentaires, s’ils et si elles le désirent, et entrer en contact avec le blog « En défense de David Hamilton ». Les commentaires sont modérés avant une éventuelle publication.

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