« Le Consentement »: euh, consentiras-tu, ô Sigismund Schlomo Freud, à sortir de ce corps?

« La première partie du Consentement« , selon un article du Figaro, « ressemble à une séance de psychothérapie, voire de psychanalyse« .

Dans «Le Consentement» (qui sort demain aux éditions Grasset), Vanessa Springora règle ses comptes avec Gabriel Matzneff. Mais jour après jour, et avec beaucoup d’art au fond, la presse gossip et l’autre dite « sérieuse » distillent des extraits de ce livre. Le but est sans doute que beaucoup de gens l’achètent. Tandis que l’époque actuelle, caisse de résonance de la mode #MeToo, prépare le terrain aux juges, mais aussi aux censeurs.

Dans la première partie de l’ouvrage, Springora revient sur son enfance et sur la séparation de ses parents. Une séparation dont notre blog a été pratiquement le premier à parler, il y a quelques jours, en révélant que Madame Nicole Revenu n’a épousé M. Patrick Springora (en deuxième noces) qu’en 1987.

Naturellement, l’attirance jadis ressentie par l’alors jeune fille à l’égard de Gabriel Matzneff est due (Sigismund Freud, sors de ce corps!) à « l’absence de figure paternelle ». « Depuis qu’il (son père) a disparu, je cherche désespérément à accrocher le regard des hommes », écrit Vanessa Springora.

La jeune Vanessa n’a pas de chance. Chez son père, elle découvre une poupée gonflable. Ensuite, un exhibitionniste ouvre son manteau devant elle. Pour finir, elle rencontre Gabriel Matzneff, « l’Ogre ».

« La prunelle de mes yeux » (Gallimard / Folio)

La première rencontre aurait eu lieu lors d’un dîner mondain auquel Vanessa (qui ne s’appelait pas encore Springora) aurait été quasiment traînée de force, à l’entendre, par sa mère.  «Bel homme, sourire paternel, regard amusé et intrigant, des yeux d’un bleu surnaturel». Vanessa (qui, nous venons de le souligner, « cherche désespérément à accrocher le regard des hommes ») est sensible au «charme de bonze» de Matzneff.

Elle insiste quand même sur son «sourire carnassier de grand fauve blond», sans que l’on sache vraiment comment Vanessa devine que Matzneff, qui avait le crâne poli comme un caillou, serait blond plutôt que brun ou roux.

Leur relation commence. On lit dans Le Figaro:  « La jeune fille est totalement éprise ; elle s’insurge contre ceux qui ne partagent pas son enthousiasme. Pourquoi une fille de quatorze ans n’aurait pas le droit d’aimer qui elle veut , s’interroge-t-elle. «Jamais je n’accepterais d’être séparée de lui. Plutôt mourir .»

Aujourd’hui, en 2019, Vanessa s’interroge:  «Si les relations sexuelles entre un adulte et un mineur de moins de quinze ans sont illégales, pourquoi cette tolérance quand elles sont le fait du représentant d’une élite – photographe, écrivain, cinéaste, peintre?»

Tiens, photographe! On sent que David Hamilton n’est pas loin…

Dans Le consentement, la maman de Vanessa n’est pas décrite d’une façon vraiment plus sympathique que son père absent. Quand la relation avec Gabriel Matzneff (pardon, avec « G.M. ») s’achève, sa mère lui aurait lancé: «Le pauvre, tu es sûre? Il t’adore! »

Le Figaro raconte: « Harcelée de lettres, de coups de téléphone, héroïne malgré elle des nouveaux romans de l’écrivain, la jeune fille s’abîme dans la dépression ».

Héroïne « malgré elle » des romans de l’écrivain est quasiment drôle. C’est en effet le cas de la quasi totalité, voire de la totalité des centaines de milliers de jeunes filles ou de jeunes garçons, ou mieux encore de personnages de tous les âges, qui ont inspiré des figures romanesques depuis que la littérature existe.

«Notre histoire était pourtant unique, et sublime», écrit Vanessa Springora dans Le consentement. Elle ajoute: «Notre passion extraordinaire aurait été sublime, c’est vrai, si j’avais été celle qui l’avait poussé à enfreindre la loi par amour, si au lieu de cela, G. n’avait pas rejoué cette histoire cent fois tout au long de sa vie…»

Conclusion? Voilà donc une jeune fille qui, à l’âge de treize ans, « cherchait à accrocher le regard des hommes ». Qui a vécu grâce à Gabriel Matzneff une passion qu’elle dit elle-même « unique », à la frontière du « sublime », « extraordinaire ». Elle aurait sans doute prête à l’aider à « enfreindre la loi » si elle avait été l’unique, la seule, l’élue de son coeur.

Mais à qui la faute? Au papa « absent ». A la maman. Et à l’époque. Et à « l’ogre », naturellement.

Qui sait si, dans quelques jours, le papa absent et la maman ne donneront pas leur avis sur tout ça?

Avec quoi, décidément, ne fait-on pas de la « littérature », aujourd’hui?

Roland Jaccard, 1985 (publié en Italie)

 

Je notais plus haut que « la première partie du Consentement« , selon un article du Figaro, « ressemble à une séance de psychothérapie, voire de psychanalyse« .

Et la deuxième partie?… Euh… La deuxième partie de ce même Consentement (toujours d’après Le Figaro) « fait état d’une longue reconstruction, entre crises psychotiques, cure de la parole et suivi psychanalytique« .

Sigismund Shlomo Freud (https://fr.wikipedia.org/wiki/Sigmund_Freud ) , sors de ce corps!

Roland Jaccard / PUF

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Relire, de Roland Jaccard

A lire, sur le livre de Vanessa Springora: https://leblogderolandjaccard.com/2019/12/30/blanches-colombes-et-vilains-messieurs/

Et, sur la psychanalyse: https://leblogderolandjaccard.com/2019/07/11/pourquoi-je-ne-suis-pas-devenu-psychanalyste/

 

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