Le chef-d’oeuvre springorien en tête des ventes sur Amazon, juste derrière un calendrier aimanté à poser sur son réfrigérateur (la presse)

Quelle curieuse époque…

« Le Consentement » (Grasset), le bouquin de Vanessa Springora, est paraît-il « un très grand succès de librairie » et même, lit-on dans la presse, « en tête des ventes de livres sur le site d’Amazon, juste derrière un organiseur familial et un calendrier aimantés à poser sur son réfrigérateur ».

Nouveau motif de « scandale », toujours selon la presse, les ventes des livres de Matzneff iraient mieux, sur les sites de vente. Ainsi « L’Amante de l’Arsenal » (Gallimard), le dernier volume en date de son journal intime sorti en novembre 2019, se classerait au 3485e rang (imaginez un peu!) des « meilleures ventes de livres » sur le site d’Amazon.

La presse est terrorisée: « Si cette tendance se poursuit, Gabriel Matzneff va mieux vendre le 15e volume de son journal que le 14e volume, qui avait péniblement atteint les 1000 exemplaires vendus ».

On voit la dangerosité (je plaisante) d’un auteur qui vend ses livres à moins de mille exemplaires et dont un ouvrage se situe au 3485e rang des « meilleures ventes de livres » sur le site d’Amazon. Ventes entre particuliers et qui, par conséquent, ne rapportent rien à l’auteur.

Le livre « Les moins de seize ans », introuvable, se classerait même depuis quelques jours parmi les trois cents ouvrages numériques les plus vendus dans la boutique Kindle d’Amazon France. Résultat? Ecoutez bien…

Amazon a décidé de le retirer de son site.
« Il s’agit d’une initiative d’Amazon de le retirer du site », aurait déclaré la direction. Il y a ici de l’extraordinaire. Nous vivons donc désormais dans une société où une entreprise comme Amazon prend unilatéralement le droit de retirer un livre qui n’est… pas interdit à la vente! Bref, une société où Amazon se substitue à toute éventuelle décision de justice.

Le livre « Les moins de seize ans » (première édition publiée en 1974 chez Fayard, dans une collection alors dirigée par Jacques Chancel), je l’ai souvent dit, ne me convainc pas quand il parle de petits garçons. Je le répète.

Ce qui me convainc encore moins, c’est l’interdiction de livres, y compris des livres dont je ne partage pas tout ou partie de ce qui y est dit.

Comment Amazon (ou des entreprises de ce genre) peuvent-elles interdire des livres, c’est-à-dire interdire à leurs propres clients, à des citoyens de pays démocratiques de mettre en vente des ouvrages qui n’ont jamais été visés par une interdiction de la part de la justice?

Matzneff est – sous les yeux de tous – la cible d’une campagne de presse, Matzneff est désigné comme « prédateur » ou « ogre » par Vanessa Springora et ces termes sont repris par pratiquement toute la presse unanime, Matzneff est privé d’aide publique, Matzneff ne collabore plus au Point, une enquête a été ouverte contre lui au-delà des délais de prescription, ses livres (qui ne se vendaient déjà plus depuis longtemps) sont interdits même sur les sites de vente par correspondance entre particuliers (comme Amazon), sa photo et pour ainsi dire son adresse sont dans tous les journaux (il ne manque qu’à y ajouter le sinistre mot « Wanted »), la Ville de Paris va peut-être contester son logement, on va peut-être lui retirer ses décorations, ou pourquoi pas ses prix littéraires (et, en tout cas, il y a ou il y aura des demandes en ce sens).

La question est: est-ce la justice qui rend encore la justice, en France?

Ou alors est-ce que ce sont des livres qui disent le droit? Des livres (parfois présentés comme « romans ») où l’on entend la version d’une accusatrice, version qui semble considérée comme « vérité révélée » et dogme intangible.

David Hamilton, à 83 ans, a mal fini.

Et que se passerait-il si, un jour ou l’autre, des « justiciers » décidaient de s’en prendre à un vieillard?

Cet article a été publié dans David Hamilton. Ajoutez ce permalien à vos favoris.