Cathédrale de Nantes: par immense bonheur, le bénévole bienveillant hébergé depuis cinq ans, servant d’autel extrêmement aimable, courtois, à l’écoute et d’une gentillesse infinie, a été mis hors de cause, en l’état

« L’homme » (sans nom mais dont on connaît au moins l’âge, 39 ans), qui avait été placé en garde à vue, a été remis en liberté dimanche soir. Ouf.

Le procureur de la République qui, lui, a un nom, M. Pierre Sennès en personne, a confirmé à l’AFP la remise en liberté de ce « bénévole travaillant dans le diocèse », «sans aucune poursuite». Ouf.

Les enquêteurs avaient souhaité entendre ce monsieur (« Il s’agit d’un bénévole du diocèse, un réfugié rwandais de 39 ans installé à Nantes depuis plusieurs années », à en croire La Dépêche) sur les conditions de fermeture de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, effectuée par ses soins vendredi soir.

«Toute interprétation qui pourrait impliquer cette personne dans la commission des faits est prématurée et hâtive», avait prévenu le procureur. Naturellement. Ouf.

Dimanche en début d’après-midi, son avocat, qui a un nom aussi (il s’appelle Me Quentin Chabert) avait déclaré – devant les marches du commissariat de Nantes : «il n’y a aucun élément qui rattache directement mon client à l’incendie dans la cathédrale». Ouf.

Ce réfugié installé à Nantes depuis plusieurs années est servant de messe. J’ignore comment il gagne sa vie, depuis cinq ans qu’il est (selon la presse, donc) hébergé par le diocèse, mais voilà un homme qui doit avoir le feu sacré de la religion puisque, non content de servir la messe (les vocations se font rares, m’est avis), il est aussi chargé de fermer les portes. Voilà quelqu’un qui a plus d’une corde à son arc. Une ressource précieuse, c’est clair, pour le diocèse.

Je persévère par ailleurs à signaler au diocèse de Nantes que j’offre ma pleine et entière collaboration pour faire le servant d’autel moi aussi et fermer les portes une fois par semaine de la cathédrale, si ledit diocèse a la bonté (je n’ai aucun doute à ce sujet, merci d’avance M’sieur) de m’héberger pendant cinq ans ou davantage à votre bon coeur. Devenir le collègue d’un tel homme serait pour moi un honneur insigne.

L’organiste de la cathédrale, et lui aussi a un nom, Michel Bourcier, a expliqué à l’AFP «apprécier beaucoup cet homme extrêmement aimable, courtois, à l’écoute et d’une gentillesse infinie», ajoutant «être tombé des nues» en apprenant son interpellation. On espère qu’il ne s’est pas fait mal en tombant d’une pareille hauteur.

A mon avis, il ne reste plus qu’à ce que quelqu’un écrive un roman sur ce bénévole rwandais de 39 ans, étudie l’histoire de son enfance, lui consacre des livres, des films, des téléfilms. Ne pourrait-on pas, aussi, l’inviter à la télé? Une p’tite réception à l’Elysée, peut-être?

Finira-t-on par apprendre les généralités de cet homme qui a risqué l’iniquité d’une erreur judiciaire? En quittant après trente heures d’interrogatoire les locaux de l’antenne de police judiciaire, l’anonyme bénévole servant d’autel « était extrêmement fatigué, passablement secoué et interrogatif sur ce qui s’est passé », a commenté son avocat, Me Quentin Chabert.

Il y a du post-traumatique dans l’air. Car non seulement le bénévole bienveillant a été extrêmement fatigué et passablement secoué (comment ne pas admirer, au passage, l’art de cet avocat dans l’emploi des adverbes?) mais – selon Le Monde – « l’annonce de son interpellation et de son placement en garde à vue avait surpris ceux qui le fréquentent au quotidien à la cathédrale ».

Ce « bon gars, bienveillant », comme le définit à son tour le recteur de la cathédrale, ce bénévole bienveillant, « catholique pratiquant » (dixit la presse), fait  partie des sept personnes « chargées de la sécurité de la cathédrale », selon le père Champenois.

Quel est leur rôle? Le père Champenois, cité par Le Monde: « L’un d’eux passe tous les matins pour ouvrir la cathédrale et un autre vient fermer le soir, à 19 heures en été. Ce dernier doit éteindre les veilleuses, pour des questions de sécurité, vérifier les confessionnaux et fermer les portes avec un jeu de clés qu’il dépose ensuite dans la sacristie avant de sortir par le jardin de la Psalette, derrière la cathédrale, dont l’accès est surveillé par un organisme de sécurité. »

Un homme ouvre le matin, un homme ferme le soir. Est-ce là ce qu’on appelle, euh… euh… euh…  brûler la chandelle par les deux bouts? Et entre les deux, dans la journée, qui surveille? Et puis, combien de doubles des clés existent-ils? Par exemple, vendredi soir, Michel Bourcier déclare avoir joué sur l’orgue, vers 21 heures. Avec quelles clés entrait-il? Celles de son ami bénévole bienveillant? Ou d’autres? Combien de doubles de clés de cette cathédrale se promènent-ils?

Suggérera-t-on humblement au père Champenois, une fois que la cathédrale aura (peut-être) été reconstruite (qui sait quand?) de s’adresser pour la « sécurité » à des professionnels que l’Eglise (à quoi servent les offrandes des paroissiens?) ou l’Etat pourraient même payer? Cela éviterait le travail au noir et les économies de… de… euh…  bouts de chandelle?

Parce que visiblement, avoir confié la sécurité à des bénévoles n’a pas donné tous les excellents résultats que l’on aurait pu espérer. Et par malheur, être de bons gars bienveillants ne suffit pas toujours.

Enfin, l’essentiel est que le bénévole bienveillant servant d’autel rwandais de 39 ans ait été innocenté. Ouf.

Accessoirement, on proposerait à l’immense presse française de parler d’autre chose que du bienveillant bénévole (en tout cas, s’il n’est ni crucial ni indispensable de s’intéresser à son intéressante personne), vu que – rappelons-le – de précieuses grandes orgues fabriquées en 1619 ont été irrémédiablement détruites par un incendie qui a laissé trois départs de feu. Pour un incendie accidentel, trois départs de feu, cela semble beaucoup. D’autant plus que je ne crois pas – par bonheur –  qu’il faille ici invoquer la  Genèse (19:24-25) : « Alors l’Éternel fit pleuvoir du ciel sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu, de par l’Éternel. »

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