Quelques vérités dérangeantes sur le confinement et tout le tralala.

La première remarque que je me faisais, hier, était de songer à quel point il est risible de voir à quel point l’homme – l’être humain – est universellement et intemporellement binaire. Le bien, le mal… la droite, la gauche… le pour, le contre.

La logique du tiers inclus a toujours été l’apanage d’une élite minuscule…

L’actuel chaos autour de la pandémie planétaire proclamée de « coronavirus »  le démontre. Et tous les parleurs de néant causent du « monde d’avant » et du « monde d’après ». Les « philosophes » d’un grand (?) quotidien français, intitulés modestement « penseurs », distillent des tribunes où ils exposent des truismes abyssaux, fruits de leurs réflexions, du genre: « L’eau chaude est plus chaude que l’eau froide ».

Il est évident que tous les effets que produit le confinement ne sont nullement délétères. On pourrait donner l’exemple des quelques progrès que semblent réaliser la nature ou des espèces animales afin de regagner quelques espaces menacés par l’anthropocentrisme abject de ces dernières décennies.

Je suis ravi, à titre personnel, d’entrer dans un monde où je serai débarrassé – par exemple – des millions de touristes qui, depuis quelques dizaines d’années, venaient empuantir mon paysage tant visuel qu’auditif, voire olfactif, en embouteillant les autoroutes, en surchargeant les aéroports ou encore en s’allongeant par milliers ou millions sur les plages en y exhibant leurs aisselles odoriférantes ou leurs formes – généralement assez peu praxitéliennes – tartinées d’huiles solaires. Je n’ai jamais compris le sens et l’utilité de ce tourisme de masse et, d’ailleurs, de tout ce qui est massifié. C’est pourquoi j’ai aimé la mer surtout l’hiver, et les plages désertes. Ou me promener dans les grandes villes du monde, de Madrid à Belgrade, de Rome à Venise, de Cracovie à Berlin, mais la nuit. Quand il y avait le moins de monde possible dans les rues.

La distanciation sociale n’a donc pas que des défauts. Je n’ai jamais aimé la promiscuité. Le problème n’est pas tant que les villes du monde soient vides. C’est que je sois privé – moi – de m’y promener à ma guise.

Le monde d’avant était répugnant, par maints aspects. Ne pas revenir à ce monde-là ne pourrait être qu’une excellente chose. La seule véritable crainte, qui est surtout une certitude, est que le prochain – celui qu’ils annoncent, celui qu’ils ont prévu, celui qu’ils espèrent – soit encore pire. J’en parle dans mon prochain petit livre, Encore une gorgée de soleil.

La deuxième chose que j’ai pensée m’a fait sourire. Je me suis souvenu des manifestations des gilets jaunes. Force est de constater, à moins d’être un âne, que ces masses de gilets jaunes – et je ne suis pourtant certes pas un adepte de Macron – manifestaient parce que l’essence était trop chère. Ils voulaient faire vroum vroum dans la p’tite bagnole sans payer l’essence trop cher. Il y a des revendications populaires qui, dans leur infinie médiocrité,  en disent autant si pas davantage sur l’état d’un pays que les discours de ses politiciens.

Que l’on cesse de faire vroum vroum, c’est là quelque chose que je suggérais au tout début des années… 1970. Ce rouler carrosse de la plébécule me semblait vain et émétique. Pas seulement pour des raisons de pollution (étant un véritable écologiste, je n’ai jamais frayé avec les écolos). Et je n’ai pas changé d’avis.

Non, le monde du confinement – sans tourisme, sans vroum vroum et sans attroupements – n’a pas que du mauvais.

Comme le dit Roland Jaccard aujourd’hui sur son blog, que l’humanité coure à sa perte est logique. Voire réjouissant, par plus d’un aspect.

Les téléologistes d’aujourd’hui sont loin de se tromper sur tous les points. Disons qu’eux et moi, nous n’avons pas la même téléologie. Le monde d’après, à mes yeux, sera exactement aussi ignoble que celui d’avant. Ce ne sera qu’un changement de degré, pas de nature.

Les gens qui manifestaient pour avoir le droit de faire vroum vroum dans les p’tites bagnoles n’avaient pas, n’ont pas et n’auront jamais la même idée que moi de la liberté. D’ailleurs, sur tout, moi non plus je ne veux « échanger » des idées avec personne. Je garde les miennes.

On n’a pas connaissance de manifestations ayant défendu David Hamilton ou Gabriel Matzneff, pour ne prendre que ces deux exemples.  Et j’ai envie d’ajouter : heureusement. Il n’y a que des médiocres et des imbéciles pour vouloir être suivis par des masses.

Qui pense que la liberté se résumerait à faire vroum vroum dans la p’tite bagnole est un parfait esclave. Ma mission sur terre n’est pas de changer les esclaves en hommes libres.

Une autre chose que personne n’a dite: la fermeture des « lieux de culture », à cause du confinement, est une excellente chose. Toute cette sous-culture, toute cette culture de merde fait rendre. Le confinement et les couvre-feu évitent au moins ces miasmes écoeurants de nullité et de pédanterie.

La culture, on l’a assassinée avec David Hamilton ou quand Gabriel Matzneff a été victime d’une chasse aux sorcières ignoble. Pas quand on ferme des cinémas et des théâtres où l’on ne projette plus, depuis longtemps, et où l’on ne représente plus depuis tout aussi longtemps que de la merde.

Monde d’avant ou d’après, les esclaves resteront des esclaves. Esclaves spéculaires des baratins du conformisme, ou des baratins du complotisme.

Les gens libres ont toujours été rares. J’en ai rencontré trois ou quatre, dans toute ma vie. Je m’estime infiniment heureux.

 

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Un commentaire pour Quelques vérités dérangeantes sur le confinement et tout le tralala.

  1. Alfred dit :

    Très belle synthèse du « Tralala » en forme de testament que je pourrai afficher au dessus de mon lit, sans perdre de vue heureusement que le dualisme Occidental lié au temps linéaire associé à l’idée de progrès ne concerne qu’une moitié de la planète avec ses individus binaires qu’on ne trouve pas en Inde ni chez les Chinois à cause de leur représentation cyclique du temps qui les en empêche. Ce n’est pas pour rien qu’ils forment « l’empire du milieu » où le virus ne fait pas long feu. On sait maintenant qu’en cas de prochaine pandémie gravissime décimant les trois quart de la planète ne survivront que Olivier, quelques Allemand toujours plus fins que les autres, l’histoire l’a démontré, et un assez large stock suffisant de Chinois pour recoloniser les carrefours Occidentaux transformés en cimetière à gilets jaunes. On se souviendra des ces derniers entre autre parce que de leur vivant, ils ne souffraient pas trop non plus comme Olivier de la fermeture des « lieux de culture », qui ne chagrinaient que ceux qui en faisaient commerce. Comme quoi, quand on cherche on peut toujours trouver des motifs de réconciliation aussi infimes et inutiles mais surtout sans espoir soient-ils. L’individualité binaire du gilet jaune obnubilé par l’idée de progrès, du à sa représentation linéaire du temps, associé à son incapacité à respecter correctement les gestes barrières, aura eu raison de lui.

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