Pygmalionisé ou galatisé, quel est le sort le plus enviable?

Encore un excellent article de Roland Jaccard, où il évoque Jacques Lecarme et la critique littéraire : https://leblogderolandjaccard.com/2021/04/19/jacques-lecarme-et-le-bal-des-maudits/

« Il n’est pas sûr non plus que j’aie lu intégralement les livres que j’ai recensés ou ceux que j’ai édités. « Les bons critiques, ajoute-t-il, sont ceux qui dégainent le plus vite, en limitant au minimum le temps de la lecture à quelques prélèvements homéopathiques. » (Roland Jaccard).

C’est une évidence, je disais à peu près la même chose il y a trente ans, dans un de mes livres. Je me suis beaucoup amusé, dans les années 1980, quand je publiais des articles de critique littéraire un peu partout dans une quinzaine de journaux français, à rencontrer des écrivains (?) dont j’avais recensé les livres, ou à recevoir des lettres de remerciements de leur part. La plupart m’invitaient au restaurant Le Voltaire, à Paris. Bien aimables! Ils me disaient que j’étais la personne qui les avait mieux compris. J’espérais pour eux que ce fût faux, d’autant que je n’avais jamais ouvert leurs oeuvres, connaissant le nom de leurs nègres littéraires.

Roland Jaccard cite aussi Jacques Lecarme au sujet de Matzneff : « J’ai donc lu et étudié l’œuvre matznévienne, poursuit Lecarme. Il n’y a là aucune valeur intellectuelle ou stylistique, rien qu’une posture d’arrogance et une parade de prédateur de petites filles. Il est peut-être beau, mais il est très con. Il ne suffit pas de faire la sortie des lycées pour devenir un écrivain. Montherlant qui fut son maître et protecteur avait un immense talent, Matzneff ne lui a emprunté que des tics d’imposteur. » (Roland Jaccard)

Difficile de dire que Lecarme ait complètement tort… C’est d’ailleurs à peu près ce que je disais en 2020 dans mon roman Mon coeur sur l’échiquier (dont Roland Jaccard est un personnage).

Matzneff a écrit de belles choses, et puis (beaucoup) d’autres où il n’a plus fait que se copier, s’imiter et se répéter. On peut avoir de la sympathie pour Mazneff, comme c’est mon cas, on peut estimer qu’il a été victime d’un lynchage ignoble et ignominieux. On peut se ficher comme de sa première chemise des accusations portées contre lui lors de son lynchage médiatique. Il n’en reste pas moins qu’un avis serein sur son oeuvre conduit toute personne de goût et de culture à partager pas complètement, mais largement, les propos de Lecarme ici rapportés par Jaccard.

Toujours dans l’article de Roland Jaccard : « Ce qui a troublé Jacques Lecarme, c’est comment mon amour pour L. m’a conduit à un retournement du mythe de Pygmalion, comment j’ai été selon lui pygmalionisé et dépassé par ma création. L’ai-je vraiment été que je m’en féliciterai. J’ai cru à son génie précoce, mais j’avoue avoir un peu de peine à la lire maintenant qu’elle est devenue une femme de lettres. » (Roland Jaccard).

Ici aussi, accord total. Rien de plus épouvantable que les gendelettres. Espèce dont Roland Jaccard ne fait pas partie.

Et bien entendu, c’est souvent voire toujours la lolita qui « pygmalionise » Pygmalion. Il faudrait dire que la lolita « galatise » Pygmalion, nullement l’inverse. D’ailleurs, dès Pygmalion et Galatée, celle-ci parvient à se faire épouser, preuve évidente que la victime était ce pauvre Pygmalion.

Sauf, naturellement, dans la vulgate des rayons de la sous-« littérature » (hihihi) féministe probablement toujours disponible même sous confinement (c’est un « bien essentiel », je suppose, de la « culture » à Macron) sur les rayons des supermarchés.

Cet article a été publié dans David Hamilton. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Pygmalionisé ou galatisé, quel est le sort le plus enviable?

  1. Alfred dit :

    La critique de M. Lecarme sur Matzneff n’est pas très objective. Une de ses étudiantes lui a préféré l’écrivain maudit, raison pour laquelle il a lu son oeuvre, pour tenter d’apaiser son ressentiment d’ancien inspecteur général de l’éducation nationale (selon des sources à vérifier), autrement dit un chef des flics de la pensée, condamné à visiter les filles dans les lycées sans y toucher plutôt qu’à les attendre à la sortie comme le vilain monsieur qu’il traite de « con », langage assez peu universitaire, qui trahit son amertume.
    On ne peut pas tout avoir dans la vie, il faut choisir entre sa carrière avec ses médailles, ou rester hors système, et pouvoir se taper toutes les nymphettes de la terre (avant qu’elles ne terminent ménopausées dans les bras d’universitaires), comme l’ont fait Matzneff et Olivier. Roland Jaccard a judicieusement choisi la voie du milieu, ce qui lui vaut également les réticences de M. Lecarme, encore lui. On préfère ne pas imaginer ce qu’il pense d’Olivier, il serait probablement à court de vocabulaire.

    J'aime

  2. Naturellement, la critique de Lecarme est susceptible qu’on la critique à son tour. A mon avis elle est cependant en partie, je dis bien en partie, fondée. Ensuite, qu’il y ait eu une nymphette entre lui et Matzneff, je n’en sais rien, je préfère me limiter à l’aspect littéraire. Mais cela ne change rien au fait que sa critique est, selon moi, raisonnable. Personnellement, je ne crois pas utile d’aller visionner toutes les images (s’il en reste) des caméras de télésurveillance de tous les lycées parisiens des années 1980. On ne peut pourtant pas nier, et c’est cela qui est ennuyeux, qu’il existe chez Matzneff une certaine propension au procédé, à la répétition, au « fonds de commerce » de ce thème de la lycéenne. Tous les écrivains se répètent, c’est certain. Les livres et romans d’un romancier sont toujours plus ou moins inégaux, mais… Reste que l’opinion de Lecarme est d’autant plus intéressante que c’est Jaccard qui lui donne un écho… En tout cas, on peut penser vraiment qu’au fond, Vanessa Springora a rendu un grand service à Matzneff. On a reparlé de lui. Il est devenu un maudit, ce qui est mieux que d’être un banal petit bourgeois. Voilà enfin l’occasion d’être – ou pas – Don Juan. « Pentiti »… (Repens-toi)… Qui sait si Matzneff se « repentira » (au sens de l’opéra de Mozart / Lorenzo Da Ponte), lors de son hypothétique passage devant des juges…

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s