Une très belle trilogie d’articles de Roland Jaccard

Il est des écrivains qui s’approchent de l’heure du bilan, à supposer qu’ils n’aient pas senti la nécessité d’écrire leur testament (ce fut mon cas) dès leur plus tendre enfance.

Roland Jaccard

Roland Jaccard vient de publier trois beaux articles. L’un, « au cas où la littérature survivrait ailleurs que dans les catacombes« , au sujet de l’un de ses amis mort tout récemment – Raphaël Sorin – « un signe de ralliement pour les esprits libres« . M’est avis, personnellement, que la littérature ne survivra pas même dans les catacombes, mais passons.

https://leblogderolandjaccard.com/2021/05/16/raphael-sorin-linoubliable/

L’autre article évoque un autre de ses amis, Frédéric Schiffter, « assez lucide pour savoir que nous sommes tous amenés à devoir renoncer tôt ou tard aux rares plaisirs que l’existence nous accorde pour mieux nous duper« . Roland Jaccard ajoute cette phrase, à laquelle je suis très sensible: « Quand l’univers sera éteint, disait Kierkegaard, la musique continuera à faire « le bruit de l’être ». » C’est ce que l’on ne peut guère manquer de songer et de ressentir en écoutant des pianistes comme Horowitz, Rubinstein, Haskil ou Richter.

C’est ici : https://leblogderolandjaccard.com/2021/05/19/schiffter-le-pessimiste-chic/

Le troisième article de cette trilogie évoque Jean-Pierre Georges: « Comme chacun de nous, plutôt que de boire en un instant la ciguë, il passe sa vie à la siroter. Il est vrai, comme il se plaît à le répéter, qu’il n’est pas aisé de quitter une vie dans laquelle on n’est jamais parvenu à entrer ».

Et c’est ici : https://leblogderolandjaccard.com/2021/05/21/jean-pierre-georges-poete-de-la-lassitude/

De la sorte, l’auteur de L’exil intérieur nous dit ou nous rappelle que, malgré l’optimisme contemporain (optimisme, ce mot qui forme une rime si riche avec le mot imbécillité), la vie n’a d’autre utilité – pour ceux, du moins, qui sont capables d’en saisir l’occasion – que de nous pousser à penser la mort. Parlant de trois amis, un ancien vivant et deux futurs morts, Roland Jaccard parle de lui et il parle de nous. Et voilà pourquoi Roland est un écrivain, un vrai, pas un faiseur. Roland se traite parfois de « nihiliste de salon ». Il a complètement raison, mais c’est parce que le salon jaccardien a la vastitude et la puissance de la littérature – la bonne.

J’ajoute que tout ceci me touche beaucoup, non seulement parce que Roland est un ami, non seulement parce que nous parlons parfois de tout ceci ; mais aussi parce que, tandis que j’attends la parution (il faudra encore, je le crains, plusieurs semaines) de mon prochain livre (un récit bref) Les enfants des aprems, j’ai même trouvé le thème et le titre d’un roman, cette fois, que je ne pense écrire – si jamais je l’écris – qu’en 2022, pour des raisons que je sais. Or, il est absolument rarissime que je trouve un titre de roman avant de l’avoir écrit. Je crois même que cela n’est jamais arrivé… Qui sait – à l’heure où moi aussi, je vais dresser le bilan – de quoi ce sera le signe?

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