Les enseignements de la mort de Roland Jaccard

Roland Jaccard et Gabriel Matzneff (photo empruntée au blog de Roland Jaccard)

La mort de Roland Jaccard enseigne, ou devrait enseigner beaucoup de choses aux hommes de ce temps…

Mais est-ce le cas? Il ne me semble point.

Voilà que, maintenant que Roland s’est suicidé, M. Roger Pol-Droit (un ami de Roland, qui avait été son collègue au Monde) cite, justement dans le Monde, le blog de Roland Jaccard. Depuis combien d’années Le Monde n’avait-il plus cité « l’affreux » Roland Jaccard? Or voilà, il a suffi que Roland se suicide pour que l’on ait la preuve que le blog de Roland Jaccard était connu au Monde. Voire que son blog était suivi.

Cet article, qui est un bel article, se trouve ici: https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2021/09/21/mort-de-l-essayiste-et-chroniqueur-roland-jaccard_6095500_3382.html

Roland Jaccard, (éternel) enfant

On a aussi le cas de plusieurs autres personnages, dégageant pour certains d’entre eux un délicat parfum de brillantine à défaut d’être vraiment brillants et qui, oublieux de leurs brouilles passées avec Roland, évoquent son décès.

A signaler un très bel article de Jérôme Leroy, dans Causeur. Et puis un autre de Tahar Ben Jelloun, dans Le Point.

Et puis, on trouve sur Internet un article où des gens se réjouissent ouvertement du suicide de Roland Jaccard, et le traitent de « pédocriminel » (sic). Chose des plus amusantes car, si l’on comprend bien, Roland Jaccard (jamais condamné à rien) serait un « pédocriminel » pour avoir fréquenté jadis Gabriel Matzneff qui, pas davantage, n’a à ce jour été condamné à rien. Cet article, sur Internet, se rend coupable d’outrage à un mort (Roland Jaccard) mais aussi d’incitation au suicide puisque l’auteur de l’article en question exprime l’espoir que Gabriel Matzneff se suicide prochainement: https://www.lelibrepenseur.org/roland-jaccard-lami-intime-de-gabriel-matzneff-sest-suicide/

Roland Jaccard https://leblogderolandjaccard.com/2021/01/04/ce-4-1-2021/

Enfin, on notera pour la toute petite histoire que tous les journaux, depuis « Le Monde » jusqu’au site du magazine « Eléments », en passant par Causeur et Tahar Ben Jelloun, passent tous sous silence que Roland Jaccard avait préfacé en 2017 un de mes livres (C’est David Hamilton qu’on assassine), m’avait consacré de 2016 à 2021 une vingtaine de vidéos (je les possède toutes), sans parler d’une dizaine d’articles sur son blog et sur d’autres sites, et enfin deux articles dans la presse française (le journal mensuel Le service littéraire).

Comme, pour ma part, j’avais fait de Roland Jaccard le personnage principal de mon roman Mon coeur sur l’échiquier (2020), et que par ailleurs nous avions échangé entre 2016 et 2021 environ trois mille courriels (que j’ai conservés) sans parler de dizaines de lettres manuscrites (ou de livres dédicacés), on voudra bien admettre qu’il y avait entre nous une certaine proximité, voire une proximité certaine.

Or, miracle des miracles, voilà quelque chose qu’avec une unanimité des plus touchantes, aussi bien Le Monde que le site du magazine Eléments (et à leur suite tous les journaux français, suisses, italiens qui ont parlé du suicide de Roland) se gardent de signaler. Bizarre, bizarre, comme disait le grand Louis Jouvet…

« Ma petite bande de jeunes filles en fleurs », 2020: la couverture

Et pourtant, en 2020, Roland Jaccard a co-signé avec moi le livre Ma petite bande de jeunes filles en fleurs (ouvrage édité par les Editions des Petits Bonheurs). Il se trouve que Roland, dans ce texte (où il me citait, ici encore) annonçait son suicide de 2021. Mais voilà un détail qui a dû échapper à la sagacité de M. Tahar Ben Jelloun ou à celle du magazine Eléments.

Et pourtant, c’est bien dans Ma petite bande de jeunes filles en fleurs que Roland Jaccard, tout récemment en tout cas, avait annoncé son suicide en toutes lettres: https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2020/11/02/le-suicide-apres-lete-un-inedit-de-roland-jaccard-dans-ma-petite-bande-de-jeunes-filles-en-fleurs/

Je me souviens de nombre de conversations que j’ai eues en compagnie de Roland, et de l’ironie qu’il déployait par exemple à l’égard d’un pseudo-philosophe parisien et parisianiste (actuellement encore en vie). J’avais parlé de ce pseudo-philosophe et des propos critiques de Roland Jaccard à son égard dans mon roman Mon coeur sur l’échiquier.

Mon coeur sur l’échiquier (roman), 2020, Editions des Petits Bonheurs

On pourrait suggérer à tant de brillants journalistes, philosophes à brillantine et auteurs de notices nécrologiques (car, selon mes informations, à défaut de savoir écrire, ils savent sans doute lire, j’entends par là déchiffrer les signes typographiques qui constituent l’alphabet) de se procurer et de lire, par exemple, « Mon coeur sur l’échiquier » et « Ma petite bande de jeunes filles en fleurs« …

« Mon coeur sur l’échiquier », roman dont Roland avait ensuite dressé une recension élogieuse sur son blog https://leblogderolandjaccard.com/2020/05/30/le-billet-du-vaurien-olivier-mathieu-met-son-coeur-a-nu/

Roland Jaccard et Olivier Mathieu, Paris, février 2020

Quelques autres textes à lire : https://leblogderolandjaccard.com/2018/11/12/olivier-mathieu-dit-merci-a-toutes-les-filles/

Ou : https://leblogderolandjaccard.com/2020/10/07/olivier-mathieu-et-ses-amours-denfance/

Ou: https://leblogderolandjaccard.com/2020/02/03/comment-la-societe-fabrique-des-parias-gabriel-matzneff-et-olivier-mathieu/

Ou enfin : https://leblogderolandjaccard.com/2021/02/28/a-onze-kilometres-de-gourville/

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6 commentaires pour Les enseignements de la mort de Roland Jaccard

  1. Monsieur,

    Vous me visez dans ce billet en évoquant ma fâcherie avec Roland. Nous nous étions réconciliés depuis belle lurette. Un jour de 2017, il m’envoya ce mail: « Il fait un temps radieux sur Paris. J’ai pensé que c’était un jour idéal pour mettre fin à une brouille ». Dans la minute qui suivit, je lui téléphonai. Et, la minute d’après, nous avions tout oublié. Nous nous revoyions chaque fois que j’allais à Paris. La pandémie rendit nos rencontres difficiles, mais nous nous téléphonions souvent et bavardions des heures comme des pipelettes. Roland me parlait de votre obsession d’Hamilton, de votre dèche, de votre esseulement. Il avait une affection mêlée de pitié pour vous.

    Lundi matin, le 20, j’ai reçu à 7h30 un mail envoyé de son portable: « Je m’en vais! Prends le relais! ». Le titre du mail est « Big sleep ». Je n’ai découvert ce mot qu’à mon réveil, vers 8h. J’avais compris. J’ai alerté Marie, qui ne savait rien. Personne n’aurait rien su si Roland ne m’avait prévenu. Je suis le seul à qui il a pensé avant de s’en aller. Ça vous emmerde sans doute mais c’est comme ça.
    Concernant Matzneff. Je suis sûr que Roland a voulu lui donner, en se suicidant, une leçon.

    Si vous persistez à écrire des contre-vérités sur mon amitié avec Roland, soyez assuré que, si je vous croise, je vous casserai la gueule.

    Frédéric Schiffter

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  2. Monsieur,
    Vous me dites que vous vous sentez visé par je ne sais quoi. C’est, vous en conviendrez, un problème qui vous regarde au premier plan. Hier j’ai échangé des courriels avec deux amis écrivains de Roland, avec lesquels il a été brouillé puis s’est réconcilié. Ils m’ont félicité pour mon billet et ne s’y sentent évidemment visés en rien.
    Le philosophe dont je parle dans ce billet de blog, au demeurant, n’est pas vous.
    Le fait que je sois « obsédé » par David Hamilton me semble anecdotique. Roland l’était aussi, il consacrait à Hamilton des articles et des vidéos depuis de très nombreuses années. Est-ce le fait que je m’intéresse à l’oeuvre et à la personne de David Hamilton qui me vaut, à lui seul, l’honneur de recevoir un commentaire aussi brillant provenant d’un philosophe tel que vous? J’en suis comblé.
    Vous avez reçu un courriel (un mail, dites-vous) de Roland le 20 septembre. Moi, quelques jours auparavant, j’ai eu deux lettres manuscrites. L’une adressée à l’un de mes amis universitaires, dans laquelle Roland demandait des nouvelles de moi. L’autre, directement à moi. Mais je n’ai pas entendu dire qu’un concours serait organisé entre ceux qui ont eu un courriel (un mail, pour employer votre vocabulaire), une lettre, voire rien du tout.
    Je ne pense pas, pour ma part, que Roland se soit suicidé pour enseigner quoi que ce soit à Gabriel Matzneff. Mais je vous laisse, naturellement, libre de votre opinion.
    Je finis en m’étonnant que vous acheviez votre commentaire par des menaces publiques de cassage de gueule, ce qui ne me semble ni très légal – d’une part – ni très aimable – de l’autre – (David Hamilton recevait de telles menaces, et Roland aussi), mais a au moins l’avantage de me rappeler l’atmosphère des bacs à sable de ma lointaine enfance dans la banlieue parisienne dans les années 1970, si loin des salons philosophiques comme il faut.
    O.M.

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  3. Monsieur,

    Vous faites le malin.
    Vous n’avez pas le courage de me débiner nommément dans votre billet. Vous saluez cette brêle stalinienne de Leroy et ce misérable Roger Pol-Mouillé — lequel a toujours jalousé l’art de vivre de RJ, son style, son travail d’éditeur. Vous ne dites pas un mot de mon hommage qui n’est ni un article filandreux farci de clichés — Roland tenait Leroy pour, dixit, un « gentil couillon » —, ni une « nécro » de commande bâclée par un plumitif du Monde — gazette que Roland vomissait. J’ai écrit un simple adieu, sincère, la gorge étranglée, où j’exprime mon admiration pour mon ami de vingt ans et mon éditeur.
    Je ne sais pourquoi vous m’avez pris en grippe. Vous ne me connaissez pas. Je ne fréquente pas les salons. Je passe le plus clair de mon temps sur les plages de Biarritz. À Paris, une ou deux fois par an, je ne voyais que Pajak, Rosset, Sampson, jadis Polac. C’était l’époque de l’Imbécile, des après-midi au Flore, des dîners chez Yushi ou au petit Tibério. Des fins de soirée, parfois, rue Oudinot.
    Si, un jour, je vous envoie une beigne, ce n’est pas parce que vous êtes un artiste maudit — j’ignore si vous avez du talent — mais un type sans tact qui méprise une amitié.

    FS

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  4. Monsieur,
    ce blog n’a pas vocation à recevoir ultérieurement vos commentaires, dont le contenu est vraiment douteux.
    Je vous répète que je fais allusion dans mon billet à quelqu’un que Roland et moi connaissions (et que je connaissais depuis les années 1980). Ce qui ressort de la lecture de mon roman « Mon coeur sur l’échiquier », que Roland avait lu (dès les bonnes feuilles, que je lui avais envoyées par courriel), roman que R.J. avait par ailleurs recensé sur son blog.
    Ce que vous pensez de Leroy ou de Roger Pol-Droit vous appartient, je n’ai d’ailleurs pas à les défendre. Pour ce que je sais, Roland les aimait beaucoup. J’ai toujours pensé que je devais laisser mes amis apprécier, ou pas, d’autres personnes (que je ne connaissais pas personnellement).
    Dois-je comprendre que vous seriez le seul lecteur potentiel des arcanes jaccardiens?
    Je ne vous ai pas pris en grippe, et pas davantage en Covid 19. Je ne vous connais pas. Je crois vous avoir envoyé une fois un de mes livres, à votre adresse que m’avait donnée Roland. C’est tout.
    Vous continuez à m’envoyer des menaces de « beignes ». Est-ce que vous filez des beignes à tous ceux dont vous ignorez s’ils ont plus de talent que vous? Voilà qui ne sera pas une sinécure, je le crains. Et, chose amusante, vous continuez à m’accuser de vous avoir pris en grippe.
    J’avoue qu’il m’échappe complètement en quoi je mépriserais une amitié. Je n’ai certainement jamais méprisé mon amitié avec Roland Jaccard. Qui, je vous le rappelle par devoir de mémoire, était abonné depuis 2016 au blog « En défense de David Hamilton » sur lequel il a laissé des dizaines de commentaires, a préfacé un de mes livres (« C’est David Hamilton qu’on assassine »), en a co-signé un autre avec moi (« Ma petite bande de jeunes filles en fleurs »), m’a consacré deux articles dans le « Service littéraire » ( https://www.servicelitteraire.fr/produit/numero-116-avril-2018-papier/), une dizaine sur son blog, sans parler de quelques autres articles sur d’autres blogs littéraires, pour finir par une dizaine voire une vingtaine de vidéos sur You Tube. Et dont j’ai fait le personnage de mon roman « Mon coeur sur l’échiquier ». Ajoutons trois mille courriels en quatre ans.
    Exemple d’article sur d’autres blogs que le blog de Roland Jaccard : https://bonpourlatete.com/chroniques/olivier-mathieu-se-souvient-de-david-hamilton
    O.M.
    Puis-je, pour finir, aimablement vous suggérer de cesser de vous rendre coupable, à deux reprises déjà aujourd’hui, de menaces publiques de coups et blessures à mon égard?

    A lire aussi, le cas échéant : https://bonpourlatete.com/chroniques/olivier-mathieu-dit-merci-a-toutes-les-filles
    Article paru dans « Causeur », où Roland Jaccard évoquait mon livre « le portrait de Dawn Dunlap » : http://www.roland-jaccard.com/2018/02/02/david-hamilton-flament-glose/
    Ou encore ceci, que je conseille: https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2020/08/30/souvenirs-du-monde-litteraire-parisien-depuis-le-temps-ou-je-lisais-roland-jaccard-dans-le-monde-jusqua-aujourdhui/

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  5. Alfred dit :

    Alors que Roland Jaccard a enfin gagné son ticket d’entrée au paradis où il va pouvoir continuer à se la couler douce (aussi bien que dans la salle d’attente qu’il tardait à quitter), les vivants continuent de s’écharper de plus belle en évoquant sa mémoire. Un hommage aussi original qu’inattendu qui ne l’aurait cependant pas trop surpris, et probablement réjoui.
    La fin tragique de Cioran avait laissé un goût très amer. Roland Jaccard par son passage à l’acte nous montre que l’idée de suicide, des plus consolantes, toute littéraire qu’elle soit, peut devenir concrète, contrairement à ce que se plaisaient à penser les ricaneurs qui sont remis à leur place pour l’éternité.

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  6. Bonsoir, « Alfred ». Personnellement, je tenterai de ne pas m’écharper avec qui que ce soit, au moins à ce sujet. Pour ce qui est de certains commentaires (je ne les publie pas tous), je suis certes surpris de me voir reprocher, par l’un ou l’autre quidam, de m’en prendre à lui (alors que ce n’est pas le cas) puis de me voir menacé de recevoir des beignes et autres cassages de gueule.
    En ce qui concerne Roland, il a préfacé un de mes livres, nous en avons cosigné un (« Ma petite bande de jeunes filles en fleurs » et des féministes en causent beaucoup sur Twitter en ce moment : elles trouvent ce titre scandaleux, alors que c’est une évidente allusion à Marcel Proust, écrivain que Roland et moi aimions beaucoup), il était abonné à mon blog depuis le premier jour, il m’a consacré des dizaines d’articles mais cela n’est pas le plus important. Je crois pouvoir dire que nous avions une vraie amitié. Elle n’est d’ailleurs pas morte avec son départ.

    Ps J’ignore si vous possédez les livres « C’est David Hamilton qu’on assassine » (avec une préface de Roland Jaccard) et « Ma petite bande de jeunes filles en fleurs ». Je vous les conseille. Tout comme je vous conseille « Mon coeur sur l’échiquier » dont il est un personnage. Je crois me souvenir que vous les possédiez. Mais je peux me tromper…

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