La beauté, quelle horreur, plus jamais ça!

Il est toujours très frappant de constater qu’en général, les gens renient (dans les rares cas où ils ont fait autre chose que rien) ce qu’ils ont fait de mieux dans leur vie. On peut en dire autant des grandes époques de l’Histoire. Si une époque, ou un individu, produit quelque chose d’intéressant, on peut être quasiment certain que ce quelque chose sera l’objet d’un reniement.

Prenons un exemple. Sue Lyon, après avoir joué dans le film Lolita de Stanley Kubrick, film qui correspondait atrocement mal au livre de Nabokov, continua à poser pour les couvertures des magazines. Pour y déclarer… qu’elle reniait Lolita. Et si ce n’était elle, c’était madame sa mère.

Today du 28 juillet 1962

Mais si le magazine « Today » du 28 juillet 1962 acceptait aisément de faire poser en couverture Sue Lyon (non, ce ne devait pas être une publicité pour un tricot) et de publier toujours sur la couverture une photo (celle avec le cerceau et l’acteur parfaitement improbable choisi par Kubrick pour incarner Humbert Humbert), c’était pour y faire parler la mère de l’actrice. Mère qui – après avoir fait jouer sa fille dans des tonnes de films dès le berceau – était soudain prise par de vertueux remords.

La mère (voir photo) s’apercevait soudain qu’avoir fait tourner sa fille dans « Lolita » devait être quelque chose de comparable au mal absolu

Par ailleurs, je me suis demandé si Roland Jaccard avait lu cet article paru dans la presse suisse (premier mars 1965), où Sue Lyon (toujours posant sur la couverture du magazine) y expliquait que « Lolita, plus jamais! »

Premier mars 1965, un magazine suisse
Lolita, plus jamais ça (Nie wieder Lolita)..

« Pour un peuple qui a renié ses dieux, les témoignages du génie et de la piété des ancêtres sont des remords visibles dont la présence importune » écrivait Ménard dans son Rêve païen, en 1876. On pourrait en dire autant de la beauté des jeunes filles.

Pour l’Homme et pour l’Histoire, le souvenir de tout ce qui fut grand, ou pas trop petit, et généralement très bref – on pourrait même peut-être dire que les plus grands empires ont duré le temps d’une enfance – est appelé à être renié. Lolita, sa maman ou sa grand-maman à la rescousse, se renie presque toujours, dès lors qu’elle a passé l’âge.

Ce pourrait être drôle si ce n’était simplement grotesque, pathétique et vomitif, comme tout ce qui est parfaitement, essentiellement, fondamentalement humain.

Comme les papillons ont davantage de tragique, à la fin, que les lolitas, qui n’en ont un que tellement éphémère. Et d’ailleurs, tant mieux…

C’est ce qu’exprimait Montherlant en écrivant : « Maintenant je vous prie de vous retirer. Voilà une heure que vous tournaillez autour de moi, comme un papillon autour de la flamme. Toutes les femmes, je l’ai remarqué, tournent avec obstination autour de ce qui doit les brûler » (Montherlant, La Reine morte, 1942).

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