Roland Jaccard, hommage d’un paria

Le visage de l’Empereur Geta (en bas, à gauche) effacé dans cette représentation de la famille de Settimio Severo.

Damnatio memoria

« Ces hommes fondent des hospices pour des éperviers, des serpens, des rats; et ils ont en horreur leurs semblables! Ils se purifient avec la fiente et l’urine de la vache; et ils se croient souillés du contact d’un homme! Ils portent un rézeau sur la bouche, de peur d’avaler, dans une mouche, une âme en souffrance; et ils laissent mourir de faim un paria! »

Extrait des « Ruines, ou Méditation sur les révolutions des Empires » de Constantin-François de Chassebœuf, dit Volney (3 février 1757 – 25 avril 1820).

*

Roland Jaccard s’est suicidé il y a bientôt un an: https://deces.matchid.io/id/vTf8ByxWalKp

Il l’avait annoncé, quelques mois auparavant, dans le livre « Ma petite bande de jeunes filles » (contenant des textes de quatre auteurs).

Roland Jaccard m’avait cité, ainsi que mon livre Le portrait de Dawn Dunlap, dans un de ses articles consacrés à David Hamilton dans Causeur d’Elisabeth Lévy.

Roland Jaccard avait préfacé mon livre C’est David Hamilton qu’on assassine, m’avait consacré une vingtaine de vidéos (toutes publiées, à l’époque, sur You Tube), un très grand nombre d’articles sur son blog, trois ou quatre articles sur un blog suisse, et deux articles dans la presse écrite (Le service littéraire).

Ajoutons à cela une vingtaine de lettres manuscrites, des centaines de courriels (plus ou moins au rythme de dix courriels par jour pendant quatre ans), des milliers de messages sur WhatsApp. En février 2020, j’avais aussi passé une semaine à Paris, hébergé chez quelqu’un qu’il connaissait, et nous avions passé trois belles soirées dans les restaurants que Roland aimait à fréquenter.

J’avais assi fait de Roland Jaccard – de son vivant, pas après sa mort – le personnage de mon roman Mon coeur sur l’échiquier, roman qu’il avait lu et recensé sur son blog.

Considérant que rien n’obligeait évidemment Roland Jaccard à dire du bien de moi et de mes livres sur You Tube sur son blog et dans la presse, sans même parler des menus sous qu’il avait la gentillesse de verser chaque mois dans mon escarcelle, je me suis énormément amusé, depuis sa mort, en constatant qu’à ma connaissance, aucun hommage à Roland Jaccard n’a daigné citer mon imprononçable nom; que toutes les autres personnes de son entourage se sont empressées de cesser de m’écrire (si ce n’est quelques amusantes insultes); et que sur la page de l’article Wikipédia sur Roland, la simple mention de sa préface à mon livre C’est David Hamilton qu’on assassine a prudemment disparu.

J’en ai donc conclu être un paria, du nom de ces individus qui, en Inde, n’appartenaient à aucune caste, et étaient donc considérés comme un être impur dont le contact serait une souillure.

Les vrais conformistes ne m’aiment pas; les faux rebelles non plus. Rien de nouveau sous le soleil.

Roland aurait bien ri.

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2 commentaires pour Roland Jaccard, hommage d’un paria

  1. alfreddalban dit :

    « Cahiers » 1957-1972, Cioran, édition Gallimard 1997, extrait 11 juin 1969, page 740.
    « Sans l’orgueil de l’échec la vie serait à peine tolérable. C’est la clef de la sagesse, pour ceux qui ne sont pas sages…..il n’y a pas de défaite plus grave que le succès, l’approbation, le consentement, d’où qu’il vienne, même des solitaires. Je ne connais pas d’humiliation pire que celle d’être reconnu. Plutôt au fond d’un égout que sur un piédestal ». Fin de citation
    On peut dire que vous avez frôlé le pire jusqu’à présent, Cioran n’a pas eu cette chance, le pauvre est édité dans la pléiade, il est clair qu’on a voulu le punir pour son arrogance.
    Vous n’êtes pas à l’abri d’une pareille déchéance, le statut de paria n’est pas aussi facile à préserver, certains rats vous attendent peut-être au virage pour vous mettre en lumière le moment venu aux côtés des écrits Matznéviens ressuscités dans la collection des infréquentables vendue jusque dans les hypermarchés. Plus que jamais vous devez rester vigilant, mais je crains qu’il ne soit trop tard. Depuis votre égout, c’est plus fort que vous, vous avez laissé passer à la lumière trop de traces qui ont diffusé un peu partout. Seul un tir nucléaire bien placé de Vladimir pourrait vous sauver et nous en même temps.

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  2. Je reconnais votre style, « Alfred Alban ». Je suis d’accord avec ce commentaire de vous.

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